jeu., 16/02/2017

Guide 2017 de prévention et de traitement des situations de violences et de harcèlement dans la fonction publique

Les violences et le harcèlement sont des réalités dans la sphère professionnelle, tant dans le secteur privé que dans la fonction publique.

Différentes enquêtes statistiques permettent d’apprécier l’ampleur et les formes que prennent les violences et le harcèlement, ainsi que les publics qui en sont plus particulièrement victimes.

Ainsi, l’enquête « Surveillance médicale des expositions aux risques professionnels » (SUMER, réalisée en 2010)(1) révèle que 22 % des salariés déclarent être confrontés systématiquement à un ou plusieurs comportements hostiles dans le cadre du travail, en particulier de la part du collectif de travail (collègues ou hiérarchie). Les fonctionnaires se déclarent plus souvent touchés que la moyenne des salariés (24 %).

À la suite de l’accord du 20 novembre 2009 sur la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique, l’accord sur la prévention des risques psychosociaux dans la fonction publique, signé le 22 octobre 2013, a réaffirmé l’importance des enquêtes statistiques sur les risques professionnels, les conditions de travail et les risques psychosociaux.

Ainsi, l’enquête « Conditions de travail – édition 2013 » offre des résultats détaillés sur les conditions de travail et les risques psychosociaux dans la fonction publique, notamment par famille de métiers (2).

Elle montre que la fonction publique est plus souvent exposée aux « exigences émotionnelles » que le secteur privé. 43 % des agents de la fonction publique vivent des situations de tension dans leurs rapports avec le public ; près de 5% déclarent avoir été victimes, au cours des douze derniers mois, d’une agression physique ou sexuelle de la part du public. C’est particulièrement le cas dans les familles de métiers « Justice » (76 %) et « Action sociale » (67 %). De par la nature de leurs métiers, les agents publics doivent souvent calmer les gens (72 %) ou côtoyer des personnes en détresse (67 %). Les familles les plus exposées sont celles des « Soins », de « l’Action sociale », de la « Justice » et de la « Sécurité, défense ».
Les agents de la fonction publique hospitalière, les femmes, les agents de catégorie C ont également un risque plus élevé d’avoir un travail émotionnellement exigeant.

Les agents de ces familles sont également plus souvent victimes d’agressions verbales de la part du public. C’est le cas de plus de 40 % des agents des familles « Sécurité, défense », « Action sociale », « Soins » et « Justice ». Les familles « Finances publiques » et « Éducation, formation, recherche » sont également plus exposées (33 % et 32 %) que la moyenne (29 %). Ainsi, les personnels du ministère de l’Éducation nationale déclarent faire sensiblement plus souvent l’objet de menaces et d’insultes que l’ensemble des salariés. Globalement, les agents de la fonction publique, qui travaillent plus souvent en contact avec le public, sont plus fréquemment victimes d’agressions de la part du public que les salariés du secteur privé.

Identifier les violences dont peuvent être victimes les agents de la fonction publique, les définir et les quantifier revêt ainsi une importance particulière, afin que le collectif de travail – direction, encadrant de proximité, services des ressources humaines, acteurs de la prévention – puisse apporter des solutions adéquates : protection et accompagnement des victimes ; sanctions des auteurs de violences et harcèlement ; adaptation de l’organisation du travail pour réduire le risque de survenance de violences et harcèlement.

C’est pourquoi le présent guide propose, après un rappel des définitions et des sanctions encourues, de préciser le cadre de protection contre les violences et le harcèlement, défini par le statut général de la fonction publique (I). Puis, il offre des éléments afin de prévenir les situations de harcèlement et de violences (II) et d’intervenir lorsque ces situations se réalisent (III). Enfin, le guide présente des retours d’expériences mises en place dans les trois versants de la fonction publique (IV).

 

Guide de prévention et de traitement des situations de violences et de harcèlement dans la fonction publique

Télécharger le Guide 2017 de prévention et de traitement des situations de violences et de harcèlement dans la fonction publique.

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1. «Subir un comportement hostile dans le cadre du travail : plus de 20 des salariés s’estiment concernés », Raphaëlle RIVALIN, Nicolas
SANDRET, DARES, DARES Analyses n° 044, juin 2014.
2. Ce paragraphe et les suivants, ainsi que le tableau en annexe du présent guide sont extraits de : «Les risques psychosociaux dans la
fonction publique» (p. 196, 204, 205), Emma DAVIE, Rapport annuel sur l’état de la fonction publique, DGAFP, décembre 2014.

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mer., 15/02/2017

600 000 signatures pour des conditions de travail décentes

Quatre infirmières publient le « manifeste des 600 000 » pour des conditions de travail décentes.

Ce manifeste a été écrit par 4 infirmières exerçant au quotidien auprès des malades partout en France. Elles sont également blogueuses et observent chaque jour le malaise et le mal être de beaucoup de leurs confrères et consœurs. Ce manifeste est pour eux mais aussi pour tous ceux qui fréquentent, vivent, encouragent, soutiennent chaque jour les infirmiers partout sur le territoire français.

« Si tout va bien, je serai bientôt diplômé »

Je suis Paul étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Dans ma famille, nous sommes nombreux à exercer ou à avoir exercé des professions liées aux soins. C’est un peu comme si chacun de nous était tombé dans une potion magique à la naissance. Mon arrière grand-père me parle souvent de la guerre, de sa guerre à lui pour sauver des vies lors du débarquement de Normandie. Ma grand-mère me raconte Mai 68 et les barricades sur lesquelles elles s’est battue pour les droits des femmes et des salaires décents. Ma mère me dit ô combien il était aisé de trouver un poste d’infirmière dans les années 90. Elle me parle de l’amour qu’elle avait pour son métier, des étudiants qu’elle prenait plaisir à encadrer, du temps qu’elle passait avec eux et de sa satisfaction à les voir évoluer.

Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Hélas, je suis conscient de mes lacunes et de la détermination dont il me faudra faire preuve pour les combler. Durant ces 36 mois de formation, J’ai été peu encadré lors de mes stages. Il n’y a personne à incriminer en particulier, seul le manque de temps ou de personnel peuvent être responsables de telles situations. Dans les services qui m’ont accueilli, J’ai souvent eu le sentiment confus de boucher des trous, de colmater des brèches, de plâtrer du mieux que je pouvais et ce, avec un professionnalisme plus qu’hasardeux.

Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Je suis impatient d’entrer dans la vie active mais j’avoue que l’avenir me fait peur. Ces dernières années, les nouveaux infirmiers fraîchement débarqués sur le marché du travail ont eu des difficultés à trouver un emploi. Certains même ont dû se reconvertir ou simplement accepter des postes dans d’autres secteurs d’activités. Depuis quelques temps, le chômage a fait son entrée dans la profession. Pourtant, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer les manques d’effectifs dans les hôpitaux de ce pays. Les soignants ne cessent de crier leur ras-le-bol, leur fatigue, leur impuissance à soigner des patients de plus en plus nombreux. Ils parlent souvent de cette démotivation croissante dont ils sont victimes, qui égratigne chaque jour une peu plus l’amour qu’ils ont pour leurs métiers..

Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je dis NON à la précarité de l’emploi dans un pays où l’on parle de qualité et d’efficience.

Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je dis NON aux diminutions d’effectifs et à la médecine comptable.

Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je veux pouvoir exercer mon futur métier avec passion dans de bonnes conditions.

Je suis Anna, étudiante en soins infirmiers de troisième année et je veux être un professionnel de santé efficace et compétent.

« Je sais qu’à ce rythme, je ne tiendrai pas jusqu’à la retraite »

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. J’y travaille depuis un an, depuis que je suis dans la région. Je viens d’acheter une maison alors, un CDI, c’est toujours mieux lorsque l’on franchit les portes d’une banque. À la clinique, ils me l’ont proposé tout de suite le CDI parce que les infirmières qui veulent rester dans le coin, ça ne court pas les rues. Une petite ville de province dans le centre de la France, où le boulot se fait rare, ça n’attire pas les foules.

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Une clinique rachetée par un fonds de pension parce que c’est comme cela qu’elle survit. Une clinique où soin rime avec rentabilité, où le patient est aussi un client

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Je sais que je ne ferai pas ma carrière ici. Je reste pour le moment faute de mieux mais, bientôt, je partirai vers d’autres horizons, pas forcément plus glorieux mais mieux payés en tout cas.

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et je gagne 1500 euros en travaillant à temps plein avec deux week-ends par mois.

J’ai ma besace pleine d’heures sup’ mais peu sont payées et les récupérer, je n’y pense même pas.

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Souvent, lorsque je suis en repos, le téléphone sonne parce qu’il n’y a personne pour  » tenir » le service et que je dois revenir bosser.

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Le soir, j’ai mal aux jambes à cause de tous ces kilomètres parcourus dans la journée. Le soir, j’ai mal au dos à cause de tous ces corps meurtris que l’on doit manipuler. Le soir, j’ai mal au cœur à cause de toute cette souffrance côtoyée.

Je sais qu’à ce rythme, je ne tiendrai pas jusqu’à la retraite parce qu’à force, ce sera mon corps qui souffrira. Quant à ma tête, elle souffre déjà du manque de reconnaissance, des conditions de travail et du salaire qui ne suit pas. Alors que je ne suis qu’au tout début de ma carrière.

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et j’ai peur. Tous les jours, j’ai peur de me tromper, de commettre l’irréparable parce que soigner dans les conditions actuelles ressemble davantage à du travail à la chaîne. Parce qu’il faut remplir le plus de lits, faire sortir les gens de plus en plus vite pour en accueillir d’autres.

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et je suis inquiète pour mon avenir. Je suis inquiète parce que, de plus en plus souvent, j’en ai marre de ce métier que j’aime pourtant passionnément. Marre de voir mes collègues quitter le navire les uns après les autres parce qu’ils n’en peuvent plus, parce que travailler comme ça ce n’est plus envisageable.

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et je veux continuer à exercer mon métier. Je veux rester infirmière. Je ne veux pas faire autre chose mais je veux faire mon métier dans des conditions acceptables. Je veux pouvoir travailler dans la sérénité, non dans le stress et la rentabilité. Je veux que ma profession soit écoutée, entendue et soutenue;

Lire les autres textes sur le site www.infirmiers.com

A tous les membres du gouvernement :
Nous sommes aujourd’hui environ 600 000 infirmiers en souffrance,
600 000 infirmiers maltraités, 600 000 infirmiers qui n’attendent que votre soutien.

Aux patients, aux familles, à tous ceux qui, un jour ou l’autre, auront besoin d’un infirmier :
Nous avons plus que jamais besoin de vous pour préserver la qualité de nos soins.
Nous avons besoin de vos voix pour nous faire entendre.

A toi qui lis ce manifeste :
Nous avons besoin de ta signature pour enfin être entendus !

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mar., 14/02/2017

Faire reconnaître un suicide ou une tentative de suicide comme accident du travail

Le guide pratique pour les ayants droit relevant du régime général de la sécurité sociale a été mis à jour sur notre site.

Version 3, septembre 2016. Édition modifiée et enrichie à partir du travail initial et de la version 2 rédigée par François Daniellou.

L’un de vos proches s’est suicidé et vous êtes persuadé que ce suicide a une origine professionnelle.Suicides au travail : Faire reconnaître un suicide ou une tentative de suicide comme accident du travail

L’objet de ce guide est de vous aider dans les démarches que vous aurez à faire. Malgré la douleur et les nombreuses tâches qui sont liées à tout décès, il est en effet important que vous réunissiez rapidement les conditions les plus favorables pour faire aboutir votre demande, et vous permettre de déclencher ces démarches quand vous serez prêts à le faire.

Il est suggéré que vous preniez d’abord connaissance de ce document dans son ensemble, sans consulter les notes de bas de page, ni les annexes. Celles-ci vous seront peut-être utiles plus tard, quand vous en serez à chaque étape des démarches.

Vous vous engagez dans un parcours du combattant, qui peut durer plusieurs années, et qui comportera de longues périodes d’attente et des phases d’accélération brutale, pour respecter un délai de recours ou d’appel. A partir de maintenant, conservez et classez soigneusement les originaux
et des copies de tous les documents que vous envoyez ou recevez, et tous les accusés de réception des lettres recommandées.

N’oubliez pas cependant que vous n’êtes pas seuls, et que des professionnels sont également susceptibles de vous aider et de vous conseiller dans le traitement de votre situation.

Le présent guide traite donc pour l’essentiel des démarches à opérer après le suicide d’un proche, dès lors que vous l’estimez lié – totalement ou en partie – à son travail, la « procédure » à suivre et les conseils spécifiques en cas de tentative de suicide étant portés dans une annexe.

Il est conçu comme une information sur vos droits, et pas comme une liste de procédures à mettre obligatoirement en oeuvre si vous ne le souhaitez pas.

Le suicide d’un salarié à cause de son travail est un événement insupportable, qui ne peut jamais être banalisé. Écrire une « procédure » pour permettre aux vivants d’y faire face aurait aussi quelque chose d’insupportable, si cela laissait penser qu’il s’agit d’une circonstance ordinaire de la vie que chacun pourrait avoir à gérer.

Depuis environ 2006, des centaines de familles ont été endeuillées par le suicide d’un de leurs membres, dans des circonstances qui leur faisaient penser que le travail était pour quelque chose dans ce drame. Certaines se sont mobilisées pour faire reconnaître l’origine professionnelle du décès. La gravité de la situation a conduit à la mobilisation de médecins, de psychologues, d’ergonomes, d’inspecteurs du travail, d’avocats, de juristes, de chercheurs, de syndicalistes, d’associations, d’institutions, pour mieux comprendre et prévenir les risques psychosociaux, mais aussi pour faire reconnaître l’origine professionnelle de certains suicides. Cette mobilisation a eu des effets : la presse, l’opinion publique, les organisations professionnelles ont découvert l’ampleur des risques psychosociaux et les mécanismes de leur apparition. Le mur auquel se sont heurtées les premières familles s’est lézardé, la jurisprudence a évolué. La responsabilité de l’employeur qui doit assurer la sécurité physique et mentale des salariés a été précisée.

Ce sont les fruits de cette mobilisation collective que ce petit document essaie de mettre à votre disposition :

  • vous ne partez pas de rien, d’autres avant vous ont réussi à faire ouvrir des portes qui étaient jusque-là fermées ;
  • vous vous engagez dans un parcours qui sera long et difficile, mais vous ne le faites pas complètement à l’aveugle : beaucoup d’écueils sont maintenant bien connus, beaucoup de savoir-faire ont été construits ;
  • vous vous battez pour vos droits et pour la mémoire de votre proche, mais tout ce que vous gagnerez contribuera aussi à faire avancer la jurisprudence, à débroussailler le chemin pour d’autres familles, et finalement à améliorer la prévention ;
  • ne restez pas seul ou seule : il y a maintenant beaucoup d’interlocuteurs qui peuvent vous aider, dans les consultations « souffrance et travail »3 ou les centres de consultation de pathologie professionnelle, dans les syndicats, les associations de victimes (vous trouverez les adresses des associations validées par le ministère de la justice en cliquant sur le lien suivant : http://www.inavem.org/index.php/component/association), de plus en plus d’avocats, etc. N’oubliez pas, quand vous aurez gagné la reconnaissance de vos droits, de faire le récit du chemin que vous avez suivi, et de diffuser les jugements qui vous ont été favorables, pour que cela serve à d’autres.

Dans sa version électronique, le présent guide contient des liens vers les sites sur lesquels vous pourrez trouver documents ou informations (en faisant un clic gauche avec votre souris sur l’adresse).

Pour lire l’intégralité su rapport, rendez-vous sur la page dédiée de notre site

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1 Guide rédigé à l’origine et dans ses versions 1 et 2 par François Daniellou, ex-professeur d’ergonomie à l’Institut polytechnique de Bordeaux. Le document a été repris et développé pour la version 3 avec son accord par un groupe de travail (haut)-normand sur les RPS réunissant des agents de la CARSAT, de l’inspection du travail, des assistants sociaux du travail, des psychologues du travail, des avocats et des médecins du travail. Il a
bénéficié des remarques de nombreux spécialistes en santé au travail et en droit du travail et de la sécurité sociale. Merci à eux tous.
2 Les démarches concernant les fonctions publiques d’État, territoriale ou hospitalière sont différentes. Un guide équivalent à celui-ci, pour la fonction publique, se trouve à http://asdpro.fr/?page_id=616. Pour organiser les démarches de reconnaissance du suicide d’un fonctionnaire en accident de service, rapprochez-vous d’une association comme la FNATH, http://www.fnath.org/, ou ASD Pro, http://asdpro.fr/ ou l’équipe de
http://www.souffrance-et-travail.com/

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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sam., 11/02/2017

Dans l’intimité des hôtesses de caisse

Par Valérie Couteron, avec le texte de Marie Pezé.

Intéressée par la représentation de l’homme et de la femme au travail, Valérie Couteron s’est attachée en 2005 à un supermarché et à ses «Hôtesses de Caisse». Elle nous livre une série de portraits frontaux ainsi qu’une autre partie intimiste, dans un entre-deux gestuel où les corps se libèrent de la contrainte et de la fonction travail. La plupart des caissières sont en contrat de 30 heures et nombreuses sont celles qui arrivent à cumuler une deuxième activité, bien souvent des ménages.

Le travail occupe la moitié de nos vie d’adultes, sinon beaucoup plus…

Pour le meilleur, quand il nous permet d’enrichir notre savoir, nos capacités manuelles, intellectuelles, de construire notre place dans le monde, d’être reconnu par ceux à qui nous sommes utiles, ceux pour qui nous travaillons, nos clients, nos collègues, notre hiérarchie. Quand il nous permet de nous émanciper socialement, d’être autonome, de vivre nos choix, de nos choix. Quand il nous permet de travailler ensemble, de construire un tissu solidaire…

Pour le pire, quand le travail est invisible, déqualifié ou vide de sens, quand il contraint nos corps, quand il appauvrit notre fonctionnement mental. Quand nous gagnons juste de quoi nous loger ou nous nourrir. Quand nous y apprenons la rivalité, la haine et la peur de l’autre, puisqu’on nous dit qu’il n’y a pas de place pour tout le monde…

Pour le pire, quand il use nos corps. Car le travail porte atteinte aux corps en mouvement. Ces gestes de travail si souvent répétés, abîment les corps. Femmes de ménage, caissières de supermarché, serveuses, ouvrières… regardez les! Elles sont éteintes, usées, abîmées et tristes. Si tristes…

Dans les corps abîmés de ces femmes est déposée leur trajectoire : le métier qu’on n’a pas choisi et que personne ne regarde, les horaires atypiques, le travail à temps partiel, les enfants qu’il faut laisser seuls, le salaire de misère, le travail à flux tendu… Au travail, le corps n’est considéré que comme un réservoir inaltérable d’énergie. L’organisation du travail oppose au corps humain un vigoureux désaveu. Elle le traite comme un moyen, pas comme une origine.

Voir les photos et lire la suite sur le site de Libération

 

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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ven., 10/02/2017

L’absentéisme des fonctionnaires territoriaux en grande partie imputable à la pénibilité

Une étude, réalisée par l’Association des DRH de grandes collectivités, montre une plus forte proportion d’absences dans les métiers physiquement éprouvants.

L’absentéisme des fonctionnaires employés dans des collectivités locales tient en grande partie à des problèmes « d’usure professionnelle » et de « pénibilité ». C’est l’un des principaux enseignements d’une étude diffusée mercredi 1er février par l’Association des DRH des grandes collectivités (ADRHGCT). Les résultats tombent au moment même où la question du nombre d’agents publics alimente les débats de la campagne présidentielle.

Réalisée avec l’aide de l’Institut national des études territoriales (INET), l’enquête en question résulte d’une initiative originale. Elle a tout d’abord cherché à dégager une définition commune de l’absentéisme – ce qui est loin d’être le cas à l’heure actuelle, puisque les employeurs publics ne mesurent pas toujours de la même manière le phénomène. Ensuite, les collectivités ont été invitées à communiquer, sur un portail web développé par une start-up, leurs données afin de permettre des comparaisons. Cent dix-neuf collectivités de toute taille se sont prêtées à l’exercice, représentant un peu plus de 263 000 agents, soit 14 % des fonctionnaires territoriaux.

Activités éprouvantes

Premier constat : le taux d’absentéisme s’avère moins élevé que celui calculé par Sofaxis, un courtier en assurances, dont les études retiennent régulièrement l’attention. L’ADRHGC aboutit à un ratio de 7,85 % pour 2015 – ce qui signifie qu’une collectivité de 100 agents titulaires a été confrontée, cette année-là, à l’absence d’un peu moins de huit de ses agents pour des motifs dits « compressibles » (maladie ordinaire, accident du travail, maladie professionnelle, congés longue durée, etc.). Sofaxis, de son côté, parvenait à un taux de 9,3 % pour 2015, mais en incluant les congés maternité (Le Monde du 1er décembre 2016).

L’étude de l’Association des DRH montre aussi de fortes disparités entre catégories d’employeurs : le taux moyen d’absentéisme est plus élevé dans les centres communaux d’action sociale (10,4 %) et dans les municipalités (8,5 %) que dans les départements et les intercommunalités (6,6 %). Des écarts importants existent, en outre, entre métiers : dans la filière technique (agents d’entretien, magasinier, jardinier, etc.) et dans la filière médico-sociale et sociale (puéricultrice, auxiliaire de soins, éducateur…), les indicateurs sont « dégradés », atteignant respectivement 8,9 % et 9,3 % (contre 5,2 % dans la filière culturelle). Or ces activités, majoritairement exercées par des fonctionnaires d’exécution (catégorie C), sont connues pour être éprouvantes, souligne l’enquête de l’ADRHGC. Et l’absentéisme des agents appartenant à la catégorie C est, lui aussi, plus marqué que celui des cadres de la fonction publique territoriale : 9,3 % dans le premier cas contre 3,7 % dans le second.

Lire la suite sur le site du Monde

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mer., 08/02/2017

Témoignages

Voici les quelques citations de personnes accompagnées :

2014 - 2015

Je n'ai plus peur d'aller au travail, je ne suis plus stressée et surtout je commence à reprendre confiance en moi. Aude

Depuis nos rencontres, les symptômes ont disparu! Agnès

Cela m'a permis de poser les choses. Marie-Christine

Votre accompagnement tout au long de cette année, votre écoute, votre savoir être, et nos échanges m'ont beaucoup apporté et m'ont aidé à dépasser des épreuves, à cheminer... Edith

Je tiens en premier lieu à vous remercier pour le travail et les démarches pris à mon égard et plus particulièrement pour votre écoute professionnelle et respectueux. Précédemment aux consultations réalisées vers vous , je n'osais espérer que quelqu'un puisse me voir avec autant de discernement. Denis

2016

Cela m'a permis d'y voir plus clair dans ma situation et de récupérer confiance en moi Elodie

Vous m'avez posé les bonnes questions au bon moment ! Yannick

Vous avez su rendre cette formation vivante et riche en échanges. Les explications étaient claires et facilement assimilables et nos travailleurs ont pu nous faire une restitution avec un compte rendu très étoffé. Jean-Claude

je vous remercie de l'aide que vous m'avez apportée, elle m'a permise de remonter à la surface et d'avancer, je vais beaucoup mieux, je pense souvent à vos conseils que je mets en pratique. Rachel

Je vous remercie infiniment pour votre soutien pour me reconstruire et retrouver dignité professionnelle. Stéphanie

Je vous remercie pour nos échanges et votre soutien dans la préparation de mon concours Béatrice

2017

Une personne génial et dynamique - bonne ambiance dans le cabinet Marie

Merci encore pour votre écoute et les quelques méthodes de travail que vous m'avez procurer. Cela m'a permis un début d'analyse plus cohérent et constructif. Jean-François

C'est un soulagement d'avoir un mot sur ce qui se passe pour moi au travail, mettre un mot sur un mal c'est un peu... mettre à mal tous les maux! Vous avez tout à fait compris ce que je ressens et vous m'avez aidée à trouver des pistes, des leviers, pour changer la donne. Je vous en suis très reconnaissante. Aline

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Penser l’insoumission avec Henri Laborit

Henri Laborit (1914-1995), médecin, chercheur, philosophe, était convaincu que la diffusion du savoir en neurosciences jouerait un rôle libérateur pour les sociétés.

Il s’attacha notamment à décrire les mécanismes psychobiologiques de la dominance et de la soumission, ainsi que les conditions de leur dépassement. Trente ans plus tard, ses conclusions restent criantes de modernité.

Force est de constater que le concept de soumission occupe une place grandissante dans le paysage culturel et social de notre pays. A tel point que son refus est devenu le mot d’ordre d’une force politique mobilisant plusieurs millions de citoyens.

Si l’accès de ces idées au second tour de l’élection présidentielle semble peu probable en l’état actuel des choses, cela ne nous dispense pas de réfléchir à ce que signifient la soumission et son refus. D’une part, la partie n’est encore pas perdue, certaines alliances restant possibles et de nombreux indécis pouvant encore être convaincus. D’autre part, la question de la soumission restera l’ordre du jour tant que la concentration du pouvoir et des capitaux l’emportera contre les biens sociaux, la démocratie et la planète toute entière.

L’exigence de faire mieux et de penser mieux demeure. Si l’on veut que le problème de la soumission prenne toute son envergure, jusqu’à faire partie des préoccupations centrales d’une majorité d’électeurs, il faut donner plus de consistance et d’épaisseur à ce concept qui hante nos consciences depuis le Discours de la servitude volontaire d’Etienne de la Boétie (1548).

Il faut notamment s’affranchir des systèmes abordant la soumission sous un angle exclusivement sociologique ou économique, car ceux-ci définissent des lignes de fractures contre-productives et parfois infondées qui affaiblissent la cause qu’ils cherchent à promouvoir. Pour s’en convaincre, il suffit de constater qu’une proportion non-négligeable de l’élite intellectuelle du pays – souvent d’origine bourgeoise – partage l’analyse des «Insoumis», tandis que la moitié de la classe ouvrière soutient une famille de châtelains millionnaires et autoritaires.

Ce n’est donc pas sur le plan de la sociologie ou de l’économie que le refus de la soumission parviendra à s’universaliser et à redéfinir le système dans lequel nous vivons, mais sur le terrain de la psychologie et – en filigrane – de la biologie.

LA FIGURE DU BIOLOGISTE ENGAGÉ

Chirurgien et neurobiologiste, Henri Laborit compta parmi les scientifiques français les plus célèbres de la seconde moitié du XXe siècle, pour avoir découvert entre autres choses le premier des neuroleptiques (molécules utilisées dans le traitement de la schizophrénie). Mais il fut également un grand théoricien des hiérarchies sociales, de leur origine évolutive à leur instanciation neurobiologique, en passant par leur étude anthropologique ou leur représentation cinématographique (dans Mon Oncle d’Amérique, pour laquelle il obtint la Palme d’Or 1980 aux côtés d’Alain Resnais).

Lire la suite de l’article ainsi que les citations extraites de son ouvrage le plus diffusé : La nouvelle grille (1976)  sur le site de Libération

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mar., 07/02/2017

Souffrance au travail des magistrats – État des lieux, état d’alerte

Malaise dans la Justice, souffrance au travail, insuffisance chronique de magistrats pour répondre à l’ensemble des missions judiciaires, c’est le constat que l’USM fait depuis de nombreuses années.

Dès 2010, l’USM, lors de son congrès à Rennes, a alerté le ministre de la justice sur la situation de collègues épuisés, dont certains avaient mis fin à leurs jours, alors que leurs conditions de travail étaient très dégradées.

Un groupe de travail sur la souffrance au travail a alors été mis en place début 2011 à la demande de l’USM. Il s’est réuni de nombreux mois et a permis d’entamer une réflexion sur cette problématique particulièrement prégnante au sein du Ministère de la Justice, et qui perdure.

Dans le rapport d’activité 2013 de la médecine de prévention, présenté au Comité d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail Ministériel (CHSCT M), le médecin coordonnateur national a relevé que les médecins de prévention ont fait état d’une augmentation des situations de souffrance et de mal-être au travail.

À la suite des entretiens effectués au cours des visites médicales, ils ont en effet signalé :

  • une intensification du travail dans toutes les directions (Services judiciaires, Administration pénitentiaire et Protection judiciaire de la jeunesse) avec une absence de remplacement des personnels en arrêt de maladie, responsable d’un épuisement qui contribue à majorer l’absentéisme,
  • une impression de ne pouvoir faire un travail de qualité avec perte du sens de la mission,
  • un nombre de plus en plus important d’agents déclarant souffrir d’un manque de considération et de reconnaissance des efforts accomplis,
  • l’absence de temps et d’espace pour débattre du travail, le manque de communication.

Les magistrats sont tenaillés entre la volonté de répondre aux demandes légitimes des justiciables et le manque cruel de moyens non seulement matériels mais humains. Cette insuffisance de personnels de justice touche tous les secteurs, magistrats, personnels de greffe, éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse, conseillers d’insertion et de probation….

Il y a actuellement presque 500 postes de magistrats non pourvus par rapport à ceux qui sont localisés, outre les temps partiels et les congés pour maladie. Les effectifs de magistrats connaissent une baisse sans précédent en raison des départs massifs à la retraite des collègues de la génération du « baby boom » qui n’ont pas été anticipés au niveau des recrutements. Au contraire, le nombre de postes offerts aux concours a atteint les niveaux les plus bas de 2008 à 2010.

Pourtant, parallèlement, de nombreuses réformes ont accru la charge de travail des magistrats de l’ordre judiciaire (loi pénitentiaire, réforme des tutelles, hospitalisation sous contrainte, réforme pénale de juillet 2014, etc..), sans que cet alourdissement des missions soit compensé par des créations de postes suffisantes.

La réflexion entamée sur la charge de travail des magistrats ne permet pas d’espérer une évolution positive.

En effet, à la suite de l’affaire dite « de Pornic », avaient été mis en place un groupe de travail chargé d’évaluer la charge de travail des magistrats, ainsi que plusieurs autres groupes de travail plus spécifiques à certaines fonctions (application des peines, justice des mineurs, parquet, instance). Mais, alors que les groupes thématiques ont rendu leurs conclusions en mai 2012, et en dépit des arbitrages déjà opérés et de l’avancement des travaux du groupe sur la charge de travail, la chancellerie a choisi de ne publier aucun rapport et de ne plus en réunir les membres.

Alors qu’elle devrait être en possession de l’évaluation chiffrée des besoins, fonctions par fonctions, la chancellerie n’a communiqué aucune information sur les effectifs nécessaires pour absorber l’ensemble des contentieux et missions dévolus à l’autorité judiciaire, ni recruté à un niveau raisonnable pour répondre à la pénurie criante de magistrats, comme le demande avec insistance l’USM.

Du fait de ce refus d’anticipation, résultant d’un choix politique aux effets catastrophiques, les magistrats sont dans l’incapacité, malgré des sacrifices très importants consentis sur le plan personnel, de répondre, dans un délai raisonnable, à la demande de justice.

Dans ce contexte, confrontée à de véritables appels au secours de collègues subissant une charge de travail insupportable, contraints de sacrifier leur vie personnelle et familiale et soumis à des exigences statistiques inconciliables avec un travail de qualité, l’USM a décidé de poursuivre sa réflexion sur la souffrance au travail des magistrats, à partir de leurs témoignages.

Lire l’intégralité du document sur le site de l’Union syndicale des magistrats

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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dim., 05/02/2017

La HAS [Haute Autorité de santé] planche sur le burn-out

La Haute Autorité de santé (HAS) prépare des recommandations à l’attention des médecins pour la prise en charge thérapeutique et l’accompagnement des personnes atteintes de burn-out.

En excluant la prévention et en intégrant la fragilité psychologique individuelle, la démarche inquiète des médecins du travail.

Le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel, a le vent en poupe. Sa reconnaissance comme maladie professionnelle est l’un des chevaux de bataille de Benoît Hamon, vainqueur dimanche soir de la primaire socialiste. Et, depuis juin 2016, une mission d’information emmenée par le député frondeur Gérard Sebaoun, lui-même ancien médecin du travail, planche sur ce thème à l’Assemblée nationale. Son rapport devrait sortir d’ici la fin du premier trimestre.

Selon nos informations, la Haute Autorité de la santé (HAS) a également été saisie de cette question par un courrier de Marisol Touraine daté du 27 avril 2016. Dans les documents de travail de la HAS auxquels Santé & Travail a eu accès, il est indiqué que la ministre de la Santé a souhaité « l’élaboration de recommandations de bonne pratique à destination des médecins du travail et des médecins généralistes sur le repérage, la prévention et la prise en charge du syndrome d’épuisement professionnel (SEP) ou burn-out, ainsi que sur l’accompagnement des personnes lors de leur retour au travail ». Cette demande s’inscrit dans le troisième plan santé au travail (PST3), lequel prévoit de s’attaquer à la prévention des risques psychosociaux (RPS), notamment à celle du burn-out.

Exit la prévention

Sauf que, d’après les documents que nous nous sommes procurés, la version du projet de « fiche mémo »[1] soumise à des experts de différentes disciplines, à des associations de patients et à des organismes de recherche a d’emblée écarté la prévention. « Ces recommandations se limitent au volet clinique du thème : l’action sur le milieu et l’organisation du travail est exclue du champ de ces recommandations », peut-on lire dans le préambule. Celle-ci est « néanmoins indispensable dans une démarche de prévention primaire, secondaire ou tertiaire du burn-out », affirme l’un des documents de la HAS. Mais elle est renvoyée à un groupe de travail associant l’ensemble des responsables des ministères du Travail et de la Santé et des partenaires qui aborderont cette question dans le cadre du PST3.

Un choix qui étonne et inquiète plusieurs spécialistes de santé au travail que nous avons consultés. Ainsi, pour l’un d’entre eux, « ce “saucissonnage” n’est pas pertinent, surtout que les recommandations de la HAS s’adressent certes aux généralistes, mais aussi aux médecins du travail, lesquels sont chargés d’une mission exclusivement préventive ».

Pour Philippe Davezies, chercheur en médecine et santé au travail, « la confusion de départ [avant la saisine de la HAS, NDLR], c’est d’avoir fait du burn-out une maladie. Cela fausse tout le raisonnement. Le syndrome d’épuisement professionnel est une manifestation de la souffrance au travail, une spirale dangereuse qui peut déboucher sur des pathologies psychiques classiques, comme la dépression, ou sur des pathologies somatiques chroniques, comme les pathologies cardiaques. Pour éviter de basculer dans la maladie, la voie la plus sûre est d’aider les salariés à penser et à exprimer les conflits de logique non discutés auxquels ils se trouvent confrontés en situation de travail et qu’ils affrontent dans l’isolement ».

Lire la suite sur le site sante-et-travail.fr

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(1) Les fiches mémo de la HAS sont des documents élaborés pour aider les professionnels de santé dans leur pratique.

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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sam., 04/02/2017

D’où vient la psychologisation des rapports sociaux ?

Pour introduire ce numéro de Sociologies Pratiques, nous avons souhaité replacer la question de la psychologisation des rapports sociaux du travail dans une perspective historique en recueillant les points de vue croisés de deux sociologues.

Robert Castel, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, a consacré ses premières recherches à la psychiatrie et à la psychanalyse, dans lesquelles il a particulièrement décrit et analysé la diffusion d’une « nouvelle culture psychologique »[1]. S’intéressant à la « question sociale », il a ensuite analysé dans une perspective généalogique les processus sociohistoriques de constitution de la « société salariale » puis de son effritement à partir des années 1970, et leurs conséquences sur l’intégration sociale et le statut de l’individu?[2].
Il a ainsi été l’un des premiers à saisir le processus de psychologisation des rapports sociaux et à en analyser les significations. L’ensemble de ses travaux nous renseigne sur les conditions d’émergence de l’individu moderne.

Eugène Enriquez, professeur émérite de sociologie à l’Université de Paris VII, a cofondé en 1959 l’arip (Association pour la recherche et l’intervention psychosociologiques), première association de psychosociologues français, qui a contribué à la diffusion de pratiques d’intervention psychosociologique en entreprise. Il a mené une double activité d’intervenant en organisation et d’enseignant-chercheur, qui a donné lieu à une réflexivité sur ces pratiques et leur place dans le champ du conseil?[3], ainsi qu’à une analyse des formes de pouvoir dans les organisations?[4] et plus largement dans la société?[5].
Sa double expérience d’observateur (participant) privilégié du mouvement de diffusion et de transformation de pratiques d’origines psychologiques dans le monde du travail, et d’analyste des rapports sociaux en organisation, l’invite à réfléchir sur le statut de l’individu et du psychologique dans la période contemporaine.

Lire l’article de Castel Robert, Enriquez Eugène, Stevens Hélène, « D’où vient la psychologisation des rapports sociaux ? », Sociologies pratiques, 2/2008 (n° 17), p. 15-27.

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[1] Le psychanalysme, l’ordre psychanalytique et le pouvoir, Maspero, 1973 ; L’ordre psychiatrique, Minuit, 1977 ; La société psychiatrique avancée: le modèle américain (avec F. Castel et A. Lovell), Grasset, 1979 ; La gestion des risques, Minuit, 1981.
[2] Les métamorphoses de la question sociale, une chronique du salariat, Gallimard, 1999 ; Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi (avec C. Haroche), Fayard, 2001.
[3] Par exemple « Interrogation ou paranoïa : enjeu de l’intervention sociopsychologique », Sociologie et sociétés, Montréal, IX, no 2, p. 179-203, 1977 ; ou « L’intervention pour imaginer autrement » (avec R. Sainsaulieu), Éducation permanente, no 113, p. 25-38, 1992.
[4] La formation psychosociale dans les organisations (avec J. Dubost, Gocquelin, Cavozzi), puf, 1971 ; L’organisation en analyse, puf, 1992 ; Les jeux du pouvoir et du désir dans l’entreprise, Desclée de Brouwer, 1997.
[5] De la horde à l’État. Essai de psychanalyse du lien social, Gallimard, 1983 ; La face obscure des démocraties modernes (avec C. Haroche), Erès, 2002.

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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