La récente affaire Sidney Amiel, du nom de l’ex-ténor du barreau de Chartres, condamné en juin dernier par la cour d’assises des Yvelines à 10 ans de réclusion criminelle pour viol et agressions sexuelles d’anciennes collaboratrices et salariées de son cabinet, a mis en lumière- de la façon la plus crûe et la plus extrême – la réalité difficile des conditions de travail des avocats.

Importantes plages horaires de travail, diktats de la facturation et du « time-sheet », disponibilité de tous les instants, harcèlement moral et sexuel : exercer en tant qu’avocat peut devenir une véritable souffrance. Néanmoins, la plupart d’entre eux passent sous silence leurs conditions de travail, noyant souvent leur mal-être dans la consommation excessive d’alcool et de drogues. Dans une proportion bien supérieure à celle de la moyenne de la population, d’après une étude réalisée en 2016 aux États-Unis par la Hazelden Betty Ford Foundation et l’American Bar Association attestant que 85 % des 12.825 avocats interrogés ont consommé de l’alcool dans l’année précédente contre 65 % de la population et que 21 % considèrent en être dépendants. L’usage de sédatifs par 16 % des 3.419 répondants et de marijuana par 10,2 % d’entre eux confirme le malaise.

En France, le sujet reste tabou au sein de la profession. Aucune étude officielle n’a été établie à ce sujet. Pour un certain nombre de ces professionnels du droit, la souffrance au travail fait partie de l’apprentissage du métier. Pourtant, la forte demande d’un équilibre entre vie professionnelle et vie privée n’échappe pas à l’avocature. Faire carrière oui, mais plus à n’importe quelles conditions.

Dénoncer pour se reconstruire

Les témoignages, généralement anonymes mais tous plus édifiants les uns que les autres, allant de la simple question « ai-je le droit de prendre des congés payés ? » à de véritables cas de harcèlements, ne manquent pas. Face à ces situations, certains avocats se tournent d’abord vers leur Ordre, puis la cour d’appel et la Cour de cassation pour faire reconnaître leurs droits. La cour d’appel de Nancy, dans un arrêt du 29 avril 2016, a ainsi condamné un cabinet à verser 8.000 euros de dommages et intérêts à une avocate pour harcèlement moral. De son côté, le Défenseur des droits, saisi de dossiers de rupture de contrat de collaboration après un congé maternité, s’est récemment exprimé sur ces questions de discrimination demandant à l’Ordre des avocats de Paris d’être particulièrement vigilant. Néanmoins, de tels exemples sont encore trop peu nombreux. Mais d’aucuns jugent sous-estimé le pourcentage d’avocats laissant la robe pour intégrer l’entreprise. A elle seule, l’Association française des juristes d’entreprise (AFJE) porte à 19 % la proportion de ses membres juristes et titulaires du certificat d’aptitude à la profession d’avocat (CAPA).

La souffrance au travail ne concerne pas uniquement les avocats collaborateurs. Est passée sous silence celle des associés et des salariés. Pour ces derniers, le risque ne pas retrouver de poste dans ce microcosme en cas de poursuites – voire de condamnation – aux prud’hommes les obligent bien souvent à ne pas dénoncer de tels actes. Les avocats associés victimes de burn-out existent aussi : 28 % de ceux sondés, aux États-Unis, par la Hazelden Betty Ford Foundation expliquent lutter contre une dépression plus ou moins sévère. Dans un marché du droit de plus en plus concurrentiel, l’avocat se doit d’être hyper connecté, à la disposition constante de son client et toujours de plus en plus en quête d’une solution rapide à moindre coût. La pression est donc constante.

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Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé