Déplafonner le nombre de semaines de vacances, c'est le choix radical opéré par des entreprises du secteur digital. Une proposition séduisante qui soulève néanmoins quelques interrogations. Par Thomas LESTAVEL.

L ’an dernier, Agnès a rejoint Indeed (site spécialisé dans la recherche d’emploi sur Internet). Sans ancienneté dans l’entreprise, la jeune femme a posé trois semaines en août et deux à Noël, sans compter les jours qu’elle s’octroie de temps à autre pour s’occuper de sa fille. Elle a beau avoir fait exploser son quota légal de congés payés et de RTT, son employeur n’a pas sourcillé. Et pour cause : chez Indeed, il n’y a pas de limite pour les vacances, pourvu qu’on atteigne ses objectifs. Suivant l’exemple de Netflix, de Glassdoor et de Virgin, le groupe américain a pris cette décision début 2016 et l’a fait appliquer par toutes ses filiales. Au siège texan, les salariés posent en moyenne quinze jours de vacances (quatre de plus que dans les autres firmes américaines).

En France, ils peuvent dépasser le seuil des sept semaines (cinq de congés payés et deux de RTT) même si cela reste rare. «Nous sommes embarqués dans une aventure entrepreneuriale et, à ce titre, nous voulons mettre fin au présentéisme», déclare Arnaud Devigne, le directeur général France d’Indeed. Ce dispositif est également un moyen astucieux d’attirer les candidats dans un secteur, le numérique, où l’on s’arrache les talents.

LES OBJECTIFS D’ABORD.

Pour autant, la notion de vacances illimitées est trompeuse car les prises de congés sont conditionnées à l’accord du N + 1, qui juge si le salarié est ou non en mesure d’atteindre ses objectifs annuels. «Pour que cela fonctionne, il faut que les objectifs aient été négociés de manière claire et réaliste entre l’employé et son supérieur, précise Sébastien Hof, psychologue du travail. Il importe aussi de les redéfinir en cours d’année lorsque surgissent les inévitables imprévus.»

Chez Indeed, on assure qu’il n’y a eu, en deux ans, aucun conflit lié à des congés refusés. De leur côté, les juristes pointent un autre danger : un individu – jaloux, procédurier ou tout simplement opportuniste – pourrait saisir les prud’hommes au motif qu’il a eu moins de vacances qu’un collègue. Un réflexe de l’ancien monde, diront certains. Enfin, l’employeur court le risque qu’un collaborateur démotivé multiplie les demandes de vacances en prétendant être capable d’atteindre ses objectifs annuels. «Je n’ai pas constaté de demandes abusives», rétorque Arnaud Devigne.

ESPRITS LIBRES.

Chez Popchef (site spécialisé dans la livraison de déjeuners), la moyenne des congés pris est de cinq semaines et quatre jours, alors que beaucoup de cadres français bénéficient des sept semaines légales. Au-delà du nombre de jours de vacances, l’intérêt du dispositif est certainement ailleurs : il pousse les managers à être plus souples et compréhensifs sur ce sujet. «Les salariés se sentent alors plus libres de poser un jour ou deux à la dernière minute», explique-t-on chez Popchef. Et François Raynaud de Fitte, le cofondateur de la start-up, de conclure : «Nous avons remplacé la culture des horaires par celle du résultat.»