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dim., 19/11/2017

Peut-on croire les palmarès des entreprises où il fait bon travailler ?

Dans le classement 2017 des entreprises où il fait bon travailler, Décathlon obtient le premier prix. Trop fière, l’entreprise en a même fait un clip. C’est une société privée Great place to work, qui a fait ce classement.

Première surprise, pour y figurer, les entreprises doivent payer. Décathlon a commencé par régler 20 000 euros à Great Place to work. Ensuite ce questionnaire est envoyé à tous les salariés. On leur demande si l’ambiance est conviviale ou encore si le travail est rémunéré à sa juste valeur.

Mais quelle est la valeur de ce sondage ?

Seuls, 40% des salariés ont répondu. Dans une note interne que nous nous sommes procurée. Decahtlon avoue que ce taux de réponse pour un sondage, n’est pas assez significatif : “De 30 à 60%, les résultats ne sont pas une vitrine parfaite de la réalité ». Pour finir, l’entreprise constitue, elle-même, un dossier sur ses bonnes pratiques. C’est un tiers de la note !

Pourquoi Decathlon a-t-elle besoin de figurer dans ce palmarès ?

Selon Sebastien Chauvin, syndicaliste à la CFDT, c’est « pour se donner une bonne image. Decathlon fait ça pour aussi compenser les départs liés au turn over. Il est de 20 à 30% en fonction de la catégorie employé ou cadre. Comment on voudrait quitter la première entreprise où il fait bon travailler ? ». Contactée, Decathlon reconnaît que l’enquête n’est pas parfaite, mais trouve les résultats encourageants.

Deuxième sur le podium : McDonald’s. Le bien-être au travail, chez Mcdo ? Depuis un an, ce n’est pas vraiment ce qui fait la une de l’actualité. Nous avons recensé 13 Mcdo où des salariés se sont mis en grève pour dénoncer leurs conditions de travail. Il y a quelques jours, c’était à Paris. Parmi les manifestants, une responsable des ressources humaines, qui souhaite rester anonyme : “Travailler à temps partiel, pour moins d’un smic, c’est très compliqué. Il faut savoir que nos salariés vivent avec 700 ou 800 euros par mois.”

Alors comment McDonald’s a-t-elle obtenu la deuxième place de ce classement ? Qui a répondu à ce questionnaire ? Mcdo n’a pas envoyé le questionnaire à ses 70 000 salariés, mais seulement à 2000, sélectionnés de façon aléatoire. C’est écrit dans un document interne que nous nous sommes procuré.

Même l’entreprise qui réalise l’enquête avoue que ce n’est pas la meilleure méthode : “Notre recommandation, c’est d’interroger tout le monde (…) comme ça vous avez une vision beaucoup plus complète”, confie un responsable de la presse de Great Place to Work.

McDonalds affirme ne pas être surpris par sa deuxième place au classement. Quant aux grèves sur les conditions de travail, nous aussi, nous avons envoyé un questionnaire à Mcdo. Pas de réponse, on reste sur notre faim !

Via France Info – L’Oeil du 20 heures

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mer., 12/04/2017

Le diktat du bonheur au travail

Parce qu’un salarié heureux est un salarié performant, nombre d’entreprises, puisant dans la psychologie et les techniques managériales, se lancent dans la quête du bien-être de leurs collaborateurs. Une injonction au bonheur, infantilisante, qui dépossède les travailleurs de leurs savoirs.

 

Dans son livre Le Meilleur des Mondes, publié en 1932, Aldous Huxley décrit une société soi-disant parfaite, où «tout le monde est heureux à présent» (1). A regarder dans les librairies les rayons entiers de livres pour apprendre à être heureux, à écouter les publicitaires qui nous promettent le bonheur dans le Nutella ou dans une nouvelle voiture, qui nous incitent à manger vegan pour voir le monde en rose, on se dit que le monde décrit par Huxley reste d’actualité.
Le bonheur, bien qu’on ne sache pas très bien de quoi il est fait, est devenu un «produit» à rechercher à tout prix, au même titre que la minceur, le succès professionnel et le dernier téléphone cellulaire (2). Santé physique, équilibre mental, vie de couple, finances, on met constamment en avant la nécessité d’avoir toujours une attitude volontaire et «positive». Comme l’écrit Pascal Bruckner, «un nouveau stupéfiant collectif envahit les sociétés occidentales: le culte du bonheur. Soyez heureux! Terrible commandement auquel il est d’autant plus difficile de se soustraire qu’il prétend faire notre bien» (3).

Au travail aussi, il s’agit d’être heureux, et les managers inventent de nombreuses techniques pour assurer le bonheur de leurs collaborateurs. On voit désormais dans certaines grandes entreprises des chief happiness officers – responsables en chef du bonheur (!) – mettre en place les conditions favorables à l’engagement total des salariés dans leur travail en levant tous les obstacles personnels et privés possibles, partant du principe qu’un-e employé-e heureux-se serait bien plus productif-ve.

Du bonheur par le jeu au bonheur par l’amour

Tout le monde a entendu parler des entreprises de la Silicon Valley avec leurs salles de babyfoot et leurs tables de ping-pong. D’autres entreprises leur ont emboîté le pas, en visant par des interruptions ludiques la diminution de la monotonie du travail et l’augmentation de la motivation. Duarte Rolo décrit ces jeux dans des call centers (4) : cela passe par le port d’un déguisement sur le lieu de travail ou par le concours du plus beau bébé – les opérateur-trice-s devant présenter une photo d’eux-mêmes à l’âge de nourrisson. Des «challenges» pour gagner la place de meilleur vendeur sont organisés entre individus et entre équipes. Des minutes de repos» sont octroyées pendant lesquelles le personnel a la possibilité de jouer sur une console vidéo ou de piloter un drone au-dessus de la tête des collègues.

Ces pratiques sont encadrées par des animateurs commerciaux, chargés de maintenir l’engagement, la motivation et l’enthousiasme de chacun-e. Difficile de ne pas participer, même si ce n’est pas obligatoire, au risque de se faire ostraciser comme un-e «ingrat-e». Dans un autre contexte, pour se faire embaucher chez Facebook, on vous demande à quel personnage de Star Wars vous vous identifiez, sans que vous sachiez s’il vaut mieux répondre «Dark Vador», «Yoda» ou «Chewbacca».

Sophie de Menthon, chef d’entreprise et présidente du mouvement Ethic (Entreprises de taille humaine indépendantes et de croissance), a lancé ce 23 février une Journée «J’aime ma boîte», pour faire parler cette «majorité silencieuse qui finit par avoir un peu honte de ne pas être en guerre contre l’entreprise, de ne pas se sentir exploitée, de ne pas éprouver la fameuse souffrance au travail, de ne pas fustiger ceux qui ont gagné de l’argent et même hérité». Il faut, dit-elle, introduire de l’affectif dans l’entreprise. Le patron de la chaîne GIFI, distributeur de pacotilles pour la maison et le jardin, déclare, dans un clip publicitaire, sa passion devant l’assemblée du personnel: «C’est l’amour qui rend compte de nos succès, je vous le dis, je vous aime!» Et le chanteur Manolo des Gipsy Kings d’entonner «j’aime ma boîte, ton entreprise sera ta vie».

Mais on n’entre pas dans une entreprise comme dans un couple. Déclarer son amour à son entreprise a quelque chose de malsain. Soit vous y êtes bien, et votre engagement est récompensé par votre salaire, par votre absence relative de déplaisir en vous levant le matin et par une garantie de ne pas vous faire jeter dans le prochain plan de licenciement collectif; soit vous y êtes mal, et simuler l’amour pour votre entreprise tourne à la torture psychologique.

L’entreprise chinoise Foxconn, qui emploie plus de 100 000 ouvrier-ères pour fabriquer tous les composants de nos ordinateurs, tablettes et téléphones, compte parmi les plus cyniques. Chaque matin ses employé-e-s se réunissent pour crier en chœur, en réponse à leur hiérarchie: «we are good, very good, very very good» (5) (Nous sommes bons, très bons, très très bons) avant de rejoindre leur poste dans la chaîne de production, où il est interdit de parler. C’est un véritable univers concentrationnaire, où les filets fixés dans les cages d’escaliers pour empêcher les personnes de se suicider côtoient de grandes affiches proclamant «Cœur à cœur, Foxconn et moi grandissons ensemble; une famille unie au cœur plein d’amour».

Lire la suite, Le bonheur par l’accomplissement de soi, sur le site Lecourrier.ch


  1. Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes, traduction, Pocket, 2013.
  2. La déclaration d’indépendance américaine annonçait déjà cette approche instrumentale du bonheur: «Life, Liberty and the pursuit of Happiness».
  3. Pascal Bruckner, L’Euphorie perpétuelle: Essai sur le devoir de bonheur, Grasset, 2000.
  4. Duarte Rolo, Mentir au travail, PUF, 2015
  5. Yang, J. Chan, Xu Lizhi, La machine est ton seigneur et maître, éd. Agone, 2015.

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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ven., 11/11/2016

« Un métier n’est pas là pour vous emprisonner mais pour vous rendre libre. »

Depuis 30 ans, Daniel s’est construit une vie en accord avec ses valeurs. Son objectif ? Bâtir une vie harmonieuse, sans être prisonnier de son travail et c’est ce qu’il fait à Quily dans le Morbihan.

Daniel Testard est boulanger un peu spécial. Il a choisi de ne travailler que 2 jours par semaine. Pourquoi ? Pour pouvoir mieux profiter de ses autres activités : le jardin, le chant, la méditation… Il fabrique son pain avec l’eau de pluie qu’il récupère… …et il utilise des farines anciennes biologiques que l’on ne trouve pas dans le commerce.

Et comme il fait confiance à sa clientèle personne ne tient la boulangerie ! Ses clients paient directement leur pain en mettant l’argent dans une corbeille.

Ainsi, depuis 30 ans, Daniel s’est construit une vie en accord avec ses valeurs. Son objectif ? Bâtir une vie harmonieuse, sans être prisonnier de son travail et c’est ce qu’il fait à Quily dans le Morbihan.

Il a choisi de partager son idée en écrivant son expérience dans un petit livre à la couverture orange. Sa méthode doit être dupliquée et partagée, dit-il.

Avec son idée, il est possible de retrouver des commerces et de la vie dans les villages. Les habitants sont heureux, et les artisans ne manquent de rien ! À la base de ce projet, beaucoup d’envies : avoir du temps pour sa famille et pour lui-même, produire sa propre nourriture de qualité, avoir des congés en été pour partir avec ses enfants. Mais aussi écrire, jouer de la musique, méditer… Il a donc inventé sa propre solution. Cela correspond bien à son métier d’origine : être boulanger.

Il se met au fourneau 2 jours par semaine. Et il aime ce moment de solitude pendant lequel il donne la vie à ses pâtes, les façonne et les cuit. De ce moment, 700 pains naissent et nourrissent pas moins de 150 familles. Certainement la meilleure façon de participer à la vie de son village.

Regarder les vidéos et lire la suite sur le site www.comment-economiser.fr

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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