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mar., 26/09/2017

Pourquoi et comment s’intéresser à la santé et au travail des anesthésistes ?

L’anesthésie-réanimation : un risque spécifique pour les praticiens ou pourquoi et comment s’intéresser à la santé et au travail des anesthésistes ?

Par le Dr Max-André Doppia.

En France, depuis quelques années, alors que l’âge moyen a augmenté dans notre profession, un sentiment de malaise est de plus en plus perceptible chez les médecins anesthésistes-réanimateurs. Sans qu’ils soient objectivement atteints d’une affection, ni même simplement qu’ils la ressentent, un plus grand nombre d’entre eux expriment néanmoins, au travers de plaintes variées, des difficultés à vivre leurs conditions d’exercice. Certains conçoivent alors discrètement une reconversion vers une activité qu’ils espèrent moins stressante. Il n’est plus rare d’apprendre par la rumeur ou la confidence qu’un collègue suit un traitement cardiotrope, psychotrope, ou bien qu’il est placé en arrêt de travail pour maladie invalidante. Ailleurs, on fait état plus ouvertement qu’auparavant de conduites addictives. Quand ça n’est pas une disparition brutale qui afflige un service.

La revue de la littérature parue sur le sujet “morbidité” en rapport avec le stress du métier conduit à constater que, jusqu’à présent, peu d’articles ont été publiés dans la littérature française, comparativement aux pays anglo-saxons.
L’analyse des situations de travail et de leurs répercussions sur l’efficience professionnelle, la qualité et la sécurité des soins, mais aussi la vie personnelle des praticiens, s’y est opérée de manière plus systématique. L’aboutissement de
ces recherches a été la mise en œuvre de programmes de prévention institutionnalisés, y compris pour les étudiants. Peut-être nous faudra-t-il aussi bientôt admettre culturellement l’établissement de programmes d’aide aux médecins en France, comme cela existe dans d’autres pays modernes, et notamment au Canada [1]. Mais également apprendre à reconsidérer notre organisation au travail et toutes ses implications. En France, la profession commence à s’interroger sur les troubles addictifs et brise ainsi un tabou culturel [2].

Télécharger l’intégralité de l’article.

Les textes du Dr. Doppia sont accessible sur le site du JEPU (Journées d’Enseignement Post Universitaire)

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[1] Programme d’Aide Aux Médecins du Québec. Site Web : www.pamq.org
[2] Bonnet F. – Ann. Fr. Anesth. Réanim., 2000 ; 19 : 668-674.

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mar., 12/09/2017

[Vidéo] Les contours du comité social et économique dressés par le projet d’ordonnance

Un comité social et économique, qui pourra comprendre par accord la compétence de négociation, va fusionner CE, DP et CHSCT. Ce comité devra financer 20% du coût de plusieurs expertises et pourra utiliser son reliquat de budget de fonctionnement annuel pour ses activités sociales et culturelles.

La commission santé, sécurité et conditions de travail ne s’imposera, sauf accord contraire, qu’à partir d’un effectif de 300 salariés. Le nombre de mandats successifs sera limité à trois.

La deuxième des cinq ordonnances présentées hier par le gouvernement (voir le texte complet en pièce jointe) concerne les institutions représentatives du personnel (IRP). Ses 87 pages organisent leur complète refonte puisque délégués du personnel, CHSCT et CE sont fondus, à partir de 50 salariés, dans un comité social et économique. Ce comité, qui aura la personnalité civile et pourra donc agir en justice, devra désigner son secrétaire et son trésorier et déterminer les modalités de son fonctionnement dans un règlement intérieur. Il n’est pas ici question de désigner un secrétaire adjoint, comme c’est le cas pour la DUP. Ajoutons que l’employeur pourra se faire accompagner de 3 personnes, contre 2 actuellement.

Au minimum 16 heures par mois

Le nombre de représentants de cette nouvelle instance et leur crédit d’heures ne seront définis qu’ultérieurement par décret, ce texte réglementaire devant aussi préciser les conditions de mutualisation des crédits d’heure. L’ordonnance se borne à préciser que ce crédit d’heures ne pourra être inférieur à 10 heures par mois dans les entreprises de moins de 50 salariés et à 16 heures par mois dans les autres, ce qui correspond au plancher existant dans la loi Rebsamen pour le regroupement par accord des CE, CHSCT et DP. Hier, les responsables syndicaux disaient ignorer les seuils envisagés pour le nombre de représentants et leur temps de délégation, certains, comme Laurent Berger (CFDT) ou Philippe Martinez (CGT), s’inquiétant des moyens dont disposeront les représentants du personnel pour mener à bien leur mission, ce qui recouvre aussi la question du financement des expertises (lire ci-dessous). Philippe Louis (CFTC) se félicite quant à lui des futures possibilités de mutualisation, comme il le dit ci-dessous :

Les délégués du comité économique et social seront élus pour 4 ans mais ils ne pourront pas accomplir plus de 3 mandats successifs, sauf pour les entreprises de moins de 50 salariés. Il n’est pas prévu que les entreprises puissent déroger à cette instance commune pour conserver, même par accord, des instances séparées, ce qui a fait dire hier à François Hommeril (CFE-CGC) qu’il s’agissait d’une « fusion forcée » (voir notre interview vidéo). En revanche, un accord d’entreprise ou de branche étendu pourra doter l’instance d’une prérogative de négociation : cette instance prendra alors le nom de « conseil d’entreprise ». Dans ce cas, l’instance aura un droit de veto au sujet de la formation, l’accord pouvant prévoir d’autres avis conformes comme l’égalité professionnelle.

Une commission santé-sécurité-conditions de travail à partir de 300 salariés

Le comité social et économique comportera des comités d’établissement ainsi qu’un comité central dans les entreprises comportant au moins deux établissements. Un accord pourra définir le nombre et le périmètre des établissements distincts ainsi que le nombre et les modalités des commissions santé, sécurité et conditions de travail, qui se substituent à l’actuel CHSCT. A défaut d’accord, cette commission santé-sécurité-conditions de travail s’imposera à partir d’un effectif de 300 salariés (sauf en-deçà pour les sites nucléaires ou sensibles type Seveso), que ce soit pour l’entreprise ou l’établissement, sachant qu’en deçà de ce effectif, la délégation du personnel restera saisie de ces questions même sans commission ad hoc. Les membres de la commission seront désignés par délibération du conseil social et économique.

Lire la suite et consulter les autres vidéos sur le site Actuel CE

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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ven., 28/07/2017

L’enquête « Conditions de travail » auprès des employeurs : résultats détaillés

En 2013, l’enquête Conditions de travail comporte pour la première fois un volet « employeurs » en complément du volet «actifs occupés», dont la réalisation a été décidée en application des recommandations du rapport du Collège d’expertise sur le suivi statistique des risques psychosociaux au travail (Mesurer les facteurs psychosociaux de risque pour les maîtriser, 2011).

Ce rapport recommandait la réalisation d’une enquête couplée salariés – employeurs : « sous réserve d’éviter toute charge statistique inutile et d’adapter le questionnement des TPE et des employeurs publics, une enquête auprès des entreprises doit être réalisée en complément de celle auprès des salariés », afin de « confronter le point de vue des représentants des entreprises et celui des salariés pour mieux mettre en évidence les contraintes pesant sur les entreprises, les marges de décision dont elles disposent et les conséquences de ces contraintes et de ces décisions ».

Les recommandations du Collège d’expertise ont été mises en œuvre à partir de l’enquête Conditions de travail de 2013. Des actifs constituant un échantillon représentatif pour la France entière ont été interrogés chez eux en face à face par les enquêteurs Insee sur les horaires et l’organisation du temps de travail, l’organisation et les rythmes de travail, les risques, les pénibilités et leur prévention, les contraintes psychosociales, les relations avec le public, la violence au travail.

Le volet Employeurs a été réalisé auprès d’un échantillon national incluant les DOMs. L’unité économique enquêtée est l’établissement. Le champ de l’enquête concerne l’ensemble des établissements, qu’ils appartiennent au secteur marchand, non marchand ou à la fonction publique.

Les principaux thèmes abordés sont le positionnement économique et les relations de l’entreprise avec son environnement, les dispositifs managériaux d’organisation du travail, les pratiques de prévention des risques, la gestion des ressources humaines et la représentation des salariés.

Synthèse.Stat’ n° 23 – L’enquête « Conditions de travail » auprès des employeurs : résultats détaillés

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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ven., 07/07/2017

Sur quelle compagnie allez-vous voyager cet été ?

Si vous choisissez celle dont les hôtesses ont les sourires les plus radieux, profitez-en pour lire un ouvrage-culte enfin traduit en Français –“Le Prix des sentiments”– consacré à la question : qu’est-ce que ça coûte un sourire ?

Lorsque, à la fin des années 70, la sociologue américaine Arlie Russell Hochschild enquête sur les hôtesses de l’air, elle note qu’on paye surtout les hôtesses pour «avoir l’air heureuse». Y compris lorsque des passagers les appellent «poupée», «chérie», «Miss» ou se permettent d’être grossiers. Arlie Hochschild se rappelle un chapitre du Capital, dans lequel Karl Marx évoque la situation d’un enfant de 7 ans forcé de travailler 16 heures par jour sans s’arrêter : sa mère doit le nourrir alors que l’enfant continue d’actionner la machine. «Marx se demandait combien d’heures par jour il était juste d’utiliser un être humain comme instrument.» Cent dix sept ans plus tard, une jeune femme de 20 ans s’assoit avec cent vingt apprenties hôtesses de l’air dans l’auditorium du Centre de formation du personnel navigant de la compagnie Delta Airlines et note avec application : «Important de sourire.»

«Souriez. Souriez pour de vrai»

La sociologue, assise à côté d’elle, griffonne dans son cahier : «travail émotionnel», pressentant que ce travail-là est tout aussi nocif, voire pire, que l’accablante routine des ouvriers. «L’enfant du XIXe siècle, maltraité dans son usine anglaise de papier peint, et l’hôtesse de l’air américaine du XXe siècle, correctement payée, ont quelque chose en commun : pour survivre à leur travail, ils doivent se détacher mentalement d’eux-mêmes – l’ouvrier de son propre corps et du travail physique, l’hôtesse de l’air de ses propres sentiments et du travail émotionnel. Marx, et beaucoup d’autres, nous ont raconté l’histoire de l’ouvrier ; c’est celle de l’hôtesse qui m’intéresse, car je souhaite mettre en évidence et faire reconnaître les coûts associés à son travail. Et je veux que cette reconnaissance découle de la démonstration préalable de ce qui peut arriver à chacun d’entre nous lorsque nous sommes séparés de nos sentiments.»

Emotional labor : le succès d’une expression

Lorsqu’elle invente la notion de «travail émotionnel», jamais la sociologue n’aurait imaginé qu’elle en trouverait, trente ans plus tard, 559 000 mentions sur Internet… Cette expression fait d’elle une des pionnières des études sur les émotions. L’ouvrage qu’elle consacre aux hôtesses, publié en 1983 sous le titre The Managed Heart (Le management du cœur), maintenant traduit sous le titre Le Prix du sentiment, lui vaut une immense reconnaissance : ainsi qu’elle contribue à démontrer, il n’est pas forcément bon de forcer des gens à simuler le bonheur dans le cadre du travail. Cette mise en garde qu’elle lance en 1983, et qui préfigure les études sur le burn out, s’appuie en grande partie sur une idée développée par Charles Wright Mills, qui «en 1951, diagnostiquait le développement d’un “marché de la personnalité” dans le secteur tertiaire tout à fait susceptible, comme la répétitivité du travail à la chaîne, de “perdre” le travailleur» : ainsi que l’explique Julien Bernard dans La Concurrence des sentiments (qui retrace magistralement l’histoire des recherches en matière d’émotion), la standardisation des attitudes des vendeurs peuvent, à termes, affecter leur vie psychique.

La souffrance du vendeur de baskets

«Dans leur travail, les “cols blancs” sont tenus d’adopter une attitude particulière : un “masque commercial, une attitude stéréotypée d’accueil et de remerciement”, qui commande d’être “gentil”, “aimable”, “souriant”. Cette attitude est normalisée, c’est-à-dire codifiée, elle correspond à un “rite impersonnel” […] Surtout, elle ne doit pas refléter l’opinion personnelle des vendeurs.» Tenus de mentir, tout en affichant le masque de la plus parfaite sincérité, les vendeurs peuvent rapidement sombrer dans la déprime «à cause de l’impression permanente de “jouer la comédie”, de “ne pas être soi”.» On pourrait bien sûr objecter que cette comédie constitue notre quotidien : après tout, ne sommes-nous pas tenus, tous les jours d’afficher bonne humeur en amour, au travail, en famille ? Sourire, paraître dynamique : c’est notre lot à tous. Nos revenus en dépendent souvent. Sur ce point, Arlie Russell Hochschild admet qu’il faut faire la part des choses. Maîtriser se sentiments n’est effectivement pas nouveau, dit-elle…

Lire la suite sur le site de Libération

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mer., 07/06/2017

Des salariés en peine de reconnaissance

Le désengagement des salariés au travail s’accentue depuis 2009, souligne une étude du groupe mutualiste Malakoff Médéric. Une baisse du sentiment d’autonomie est notamment en cause.

Un salarié sur cinq estime « faire de la présence pour faire de la présence » au travail. Ce sentiment est encore plus fréquent chez les moins de 30 ans ; il concerne 25 % d’entre d’eux. Ces résultats proviennent d’une étude annuelle sur la santé et le bien-être des salariés au travail, que le groupe paritaire de protection sociale Malakoff Médéric a menée en 2016, pour la huitième année consécutive, auprès de 3 500 salariés du secteur privé. Le désengagement des salariés est notamment à mettre en rapport avec un sentiment d’autonomie dans le travail « qui décroît » pour tous, une perte de sens ou encore un problème de reconnaissance. Quatre salariés sur dix souffrent d’un manque de reconnaissance de la part de leur hiérarchie et 55 % ont l’impression d’être ou de pouvoir être contrôlés à tout moment (4 % de plus qu’en 2012). Seulement 29 % rapportent « savoir exactement ce que l’on attend d’eux », contre 34 % en 2012. Et ils ne sont que 22 % à déclarer pouvoir prendre des décisions, alors qu’ils étaient 34 % en 2009.

Transformation numérique et restructurations

Ces constats interviennent dans un monde du travail en plein bouleversement, avec la transformation numérique, des changements dans l’organisation du travail et des restructurations. Cinquante-cinq pour cent des salariés ont ainsi vécu au moins une restructuration ou une réorganisation dans l’année.

Dans ce contexte, ils sont aussi confrontés à la difficile conciliation entre vie professionnelle et vie privée. Ainsi, 36 % d’entre eux disent avoir du mal à harmoniser engagements professionnels et vie personnelle ou familiale. Vingt-quatre pour cent de l’échantillon interrogé déclare travailler de plus en plus souvent à la maison, en dehors des heures de travail, et 48 % des cadres ne peuvent s’empêcher de consulter leurs e-mails professionnels en dehors du travail. « Les salariés attendent de leur entreprise qu’elle mette en place des solutions pour les aider », relève l’étude de Malakoff Médéric.

Concernant les outils informatiques et les logiciels qu’ils utilisent dans leur quotidien professionnel, 77 % des salariés estiment en avoir une bonne maîtrise. Néanmoins, 22 % disent leur crainte d’être bientôt dépassés par les changements technologiques.

Le rythme de travail inquiète également les salariés, avec 42 % qui considèrent qu’il s’accélère et 46 % qui pensent ne pas pouvoir travailler au même rythme dans dix ans.

L’entreprise peut agir pour améliorer la qualité de vie au travail, souligne l’étude. Parmi les leviers les plus efficaces, Malakoff Médéric cite l’ambiance entre collègues, la rémunération, la reconnaissance au travail ou encore la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle.

Via le site force-ouvriere.fr

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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ven., 26/05/2017

La destruction du travail (par Par Jean-Clet Martin, Philosophe)

Le MEDEF, j’en suis convaincu, ne tient pas vraiment à libérer les entreprises du lourd fardeau du chômage. L’insolence de ses représentants suffirait presque à en témoigner…

Non pas qu’on puisse douter de la vigueur des entreprises innovantes, ni des formes d’activité en mesure de révéler des talents. Mais force est de reconnaître que la priorité du MEDEF ne fédère aucune création mais gravite autour de l’argent, la flexibilité, l’augmentation du temps de travail, la diminution des salaires, le recul de l’âge de la retraite, la réforme du code des activités, l’exonération fiscale… Et de telles exigences ne sont jamais assez satisfaisantes pour les nantis, ni assez dures pour ceux qu’on appelle « les perdants » de l’Europe, tous ceux qui en ralentiraient, dit-on, le progrès et la liberté. Des motifs qui devaient pousser d’ailleurs le MEDEF à donner sa pleine confiance à Fillon plutôt qu’à Macron tout en se souvenant des avantages que leur avaient ouverts les lois El Khomri.

La misère et la crainte, de puissants leviers

Ce n’est en tout cas jamais l’emploi que vise la stratégie du MEDEF et on peut le constater : la multiplication des contrats, des aides de l’État, des pactes sur lesquels ont pu compter les grandes entreprises n’ont créé aucune activité et n’ont su freiner le démantèlement des modes de production. Il n’y a en effet aucune reprise sur le plan de l’emploi. Une stagnation qui, malgré tous les cadeaux consentis, montre que c’est tout à fait contre l’intérêt du MEDEF de garantir la stabilité du travail. Son objectif est plutôt dans la promotion du plein chômage. La misère et la crainte sont de puissants leviers qui modifient en profondeur le climat au sein des entreprises et des comités dont la tension et les violences sont désormais palpables. La peur de perdre son activité que fait planer le spectre du licenciement permet aux dirigeants de régner en maîtres absolus sur des personnels amoindris dans leur réactivité. Cette crainte peut peser ainsi sur toutes les décisions et rentabiliser la déchéance. L’angoisse de se retrouver à la rue que connaît celui qui se laisse instrumentaliser donne à l’exercice du pouvoir des formes de cruauté jusqu’alors insoupçonnées. La dégradation des conditions de travail constitue le nerf de la guerre. Plus elles se fragilisent et plus les exigences les plus folles sont tolérées au point d’accepter la flexibilité pour tous, de se soumettre au pouvoir de toutes les petites menaces d’autorité qui rendent la vie impossible et réintroduisent la fragilisation des personnels dans l’espace insécurisé du travail.

Qu’on le veuille ou non, l’insécurité n’est pas dans la rue, l’insécurité se développe au sein des entreprises. Ce n’est pas la terreur des attentats – dont on dénoncera bien sûr les violences insoutenables – qui nous menace le plus directement, mais celle des conditions de travail qui se détériorent insidieusement en modifiant profondément les relations intersubjectives au sein des entreprises. Il s’agit de plus en plus d’une immolation par le travail, d’une destruction de soi affichée, mise en scène de manière parfois dramatique. Une étude de l’agence « Santé Publique France » fait en effet état de l’augmentation alarmante des comportements suicidaires en rapport avec le monde actif. Elle est liée notamment à la question de la dette, celle croissante des ménages, et à l’anticipation d’un licenciement économique de plus en plus probable. L’insécurité est entrée dans le cadre du travail non pas en raison d’un défaut de qualité des outils ou du non-respect des consignes de protection mais en raison des relations de pouvoir qui se développent entre l’ensemble des partenaires sociaux.

L’augmentation des tentatives de suicide au travail depuis 2014

C’est que l’insécurité de l’emploi est le plus sûr moyen de peser sur la psychologie individuelle et d’atteindre l’individu au cœur de sa défense, au plus profond du sentiment de soi qui conditionne ses tolérances autant que la pertinence de son jugement critique. Les tentatives d’attenter à sa vie sur les lieux d’activité sont en augmentation vertigineuse depuis 2014, sans parler de l’augmentation massive des arrêts de travail qui témoignent de sa dégradation constante. Il s’agit en tout cas d’un signe alarmant, un symptôme du malaise de notre époque qu’on ne saurait passer sous silence. D’après la conclusion du rapport déjà évoqué concernant les taux du suicide devenu professionnel, « cette augmentation pourrait être liée, d’une part, à une plus grande focalisation sur les risques psychosociaux au travail du fait de la médiatisation importante des situations de souffrance au travail ces dernières années et, d’autre part, à une dégradation des conditions de travail, en lien notamment avec la crise économique amorcée en 2008 ». (Évolutions n°36, 2017 p. 6/8)

C’est donc toute la psychologie collective, la psychopathologie du travail qui se modifie sous nos yeux. Et la réforme de son code n’est devenue possible que dans ce contexte de souffrance au travail. Les modifications les plus profondes qui sont aujourd’hui revendiquées pour assainir les entreprises trouvent leur efficace le plus sûr dans cette psychopathologie de la cruauté. L’insécurité constitue l’arme qui fait bouger les lignes de force. Plus les menaces qui pèsent sur les employés sont fortes, plus l’acceptation de nouvelles dispositions, les plus défavorables, sera tolérée. Le chômage sous ce rapport, c’est du pain béni. Sa crainte réduit à néant les défenses de ceux qui travaillent quand n’importe qui peut être remplacé par mille postulants, quand l’accès à une activité passe par une concurrence qui n’est plus seulement déloyale mais qui rend caduque l’idée de qualification de plus en plus négligeable par rapport aux salaires.

La qualification, la formation ne cessent de croître au moment où la courbe du chômage devient galopante. Entre la qualification et l’offre d’emploi, le rapport n’est plus évident au point sans doute d’inquiéter les formations universitaires et jusqu’au pouvoir des élites issues des grandes écoles. Le climat au sein des entreprises ne tient plus de la formation initiale mais de la formation continue, chacun se trouvant en situation instable et devant des changements de statut qui affectent la vision de soi avec l’assurance de pouvoir s’inscrire dans une forme d’identité stabilisée. Concernant cette modification sensible des consciences, l’Europe aujourd’hui nous demande d’accélérer encore la mise en œuvre d’un formatage constant du travail en dénonçant les mentalités des pays du sud et par conséquent l‘insouciance des Français, des Espagnols, des Portugais…

Lire la suite sur le site the-dissident.eu

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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jeu., 04/05/2017

Pratiques N°77, avril 2017 : Tout le contraire !

Nombre d’entre nous ont la conviction que le monde tourne à l’envers, que beaucoup de dispositions dans l’organisation de la société sont contraires au bien-vivre ensemble, à l’équilibre et à la sérénité de la population, et augmentent les inégalités d’accès à l’essentiel.

Pratiques N°77 Tout le contraire !Dans la santé, les mesures d’austérité et l’idéologie qui les accompagne font disparaître une conception du soin qui permette d’accueillir et de soigner les personnes en tenant compte de leurs particularités, de leurs trajectoires et de leurs conditions d’existence.

D’autres injonctions, soutenues par des protocoles et autres dispositifs basés sur une idéologie scientiste du soin, font obstacle à tout ce qui relève de la clinique, de l’accompagnement des personnes souffrantes et de la complexité d’un exercice soignant qui ne peut que s’opposer à la standardisation.

La formation des soignants s’inscrit dans ce non-sens et déstabilise gravement ceux qui sont désireux de prendre soin de leurs semblables. C’est à partir de nos regards et expériences de soignants, de citoyens et de chercheurs que ce dossier « Tout le contraire ! » pose la question du sens, relaie les observations, analyses et propositions qui nous semblent mieux adaptées aux besoins des uns et aux compétences des autres, pour en dégager des alternatives concrètes.

À l’heure où nous constatons que le lien social se délite et que de plus en plus de personnes sont isolées, se développe une médecine garagiste qui se décharge de l’accompagnement et des soins aux personnes au profit d’une pratique de l’intervention technique, voire ambulatoire dont le seul intérêt est la productivité. La psychiatrie est sommée de s’aligner sur le même modèle scientiste et de produire des résultats à court terme alors que toute pathologie psychique requiert d’abord du temps et de l’attention de la part des soignants. Les préconisations des autorités tendent à disqualifier des décennies d’innovations sur le terrain.

Toute la richesse des savoirs et des expériences développés pour soigner les personnes atteintes de pathologies psychiques passe à la trappe de choix idéologiques ou partisans, en complet décalage avec les acteurs. Le traitement réservé aux réfugiés ajoute du traumatisme au traumatisme de l’exil.

Les conditions de vie au travail se sont considérablement aggravées, l’activité s’est densifiée alors que le chômage affecte de nombreuses personnes. La violence est de plus en plus présente à tous les échelons de la société, accentuant le sentiment d’inquiétude et d’isolement quand le besoin de créer du lien n’a jamais été aussi important. Nous ne sommes pas dans la nostalgie du passé mais nous n’avons pas envie d’un monde qui nous dépossède de notre humanité. Nous sommes décidés à poursuivre nos efforts de construction d’alternatives tant au niveau de la société que des politiques de santé ainsi que dans notre quotidien de soignants. C’est en jouant sur les marges que nous pouvons encore inventer des systèmes utiles et efficaces afin de continuer à soigner, vivre dignement et résister.

Pratiques, Les cahiers de la médecine utopique, n°77, avril 2017 >>>

 

Une rencontre-débat autour de ses auteurs aura lieu le vendredi 9 juin dans les locaux de Prescrire.
Elle sera  suivie d’un moment convivial autour d’un verre et d’une petite restauration…

Vous pouvez déjà le noter sur vos agendas !

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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lun., 03/04/2017

Quelle influence des conditions de travail sur la consommation de tabac ?

En 2006, 27 % des hommes et 21 % des femmes en emploi fument quotidiennement des cigarettes, des cigares ou la pipe.

Les fumeurs sont plus nombreux parmi les personnes exposées aux contraintes physiques ou aux risques psychosociaux au cours de leur carrière.

Entre 2006 et 2010, la consommation de tabac des hommes augmente quand s’aggravent les contraintes physiques et l’insécurité dans l’emploi. En revanche, un rythme de travail plus soutenu ne conduit pas à fumer plus, et réciproquement un rythme moins soutenu ne conduit pas à fumer moins.

La consommation des femmes augmente quand leur travail devient plus difficile et leur emploi plus menacé. Elle diminue lorsqu’elles sont davantage en contact avec un public, que l’intensité de leur travail est moins forte et qu’elles gagnent en autonomie. En revanche, de façon plus inattendue, elle augmente quand leur travail est reconnu à sa juste valeur et diminue lorsqu’elles doivent davantage faire des choses qu’elles désapprouvent.

Travail, santé, tabagisme

 

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mer., 29/03/2017

« Parlons travail » : les résultats de l’enquête

Du 20 septembre au 31 décembre 2016, plus de 200 000 travailleurs se sont exprimés sur leur rapport au travail grâce à l’enquête Parlons travail.

Jamais en France autant de personnes ne s’étaient exprimées sur cette question. Avec Parlons travail, la CFDT a fait le choix de la proximité pour mieux appréhender le quotidien des travailleurs. L’ampleur de la participation a dépassé ses attentes et fait de Parlons travail un immense succès.

Cette enquête tient son originalité de son support, le site www.parlonstravail.fr, du mode de questionnement original ainsi que de l’interactivité possible entre l’internaute, les témoignages vidéos et les réponses des autres participants. La CFDT s’est associée à des professionnels du web et de la vidéo, pour mettre en scène ce projet, et à des statisticiens et sociologues pour une coopération scientifique solide.

Les premiers éléments qui se dégagent des résultats de l’enquête confortent la CFDT dans ses positions : la performance des entreprises et des administrations dépend fortement de la qualité de l’engagement des salariés et des agents. Qualité de l’engagement qui trouve son essence dans ce que vivent concrètement les travailleurs dans leur quotidien. La qualité du travail et de la qualité de vie au travail doivent donc être un axe fort du dialogue social dans les entreprises et les administrations.

Ce rapport présente les premiers enseignements de l’enquête.

La première partie (page 5) a été rédigée par les chercheurs en sciences sociales qui ont travaillé sur les résultats de Parlons travail. Leurs travaux, réalisés en un temps record, s’appuient à la fois sur les chiffres de l’enquête et les connaissances actuelles en sociologie du travail.

La seconde partie (page 147) développe l’analyse de la CFDT sur ces premiers résultats. Ceux-ci confortent ses positions ou posent les bases de ses futures réflexions sur lesquelles elle compte bâtir ses prochaines revendications.

La dernière partie (page 155) correspond au manifeste de la CFDT pour le travail. Il a été construit autour des constats dégagés de l’enquête afin de porter un certain nombre de propositions dans le débat précédant l’élection présidentielle.

 

Lire le rapport en ligne sur le site www.cfdt.fr

 

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mar., 14/03/2017

L’enfer des start-up : « J’avais l’impression que tout le monde portait des lunettes roses »

Quand Mathilde Ramadier commence à travailler dans le secteur dynamique des start-up, l’expérience tourne au cauchemar. Dans son dernier livre, elle dénonce un « excès d’optimisme » face à « de nouvelles formes de manipulation ».

Start-ups : Bienvenue dans le nouveau monde, comment j'ai survécu à la coolitude des start-upsSi l’expérience start-up vous tentait, réfléchissez-y à deux fois. Dans un pamphlet, la jeune auteure met en lumière les absurdités de la « startupshère » et du management du bonheur (et plus largement du monde du travail et de notre société toute entière).

Avec sur son CV un BTS graphisme, un master Normal Sup’ de philosophie, et déjà plusieurs expériences professionnelles, Mathilde Ramadier arrive dans la Silicon Allee berlinoise en 2011.

C’est là qu’elle commence à travailler au sein de la start-up The Base [tous les noms ont été modifiés dans le livre, ndlr].

Passée l’excitation des débuts et le « welcome kit » (e-mail de bienvenue plein de smileys et de promesses), la désillusion est rapide.

On imagine les start-up comme « des entreprises « révolutionnaires », financées par des « business angels », dirigées par des « rockstars », et alimentées par des « treasure hunters ». Hou hou ! On redescend sur terre deux minutes ? »

Derrière la mise en scène millimétrée et la success story que l’on nous vend sur Instagram, il y a un monde brutal pour les individus, raconte-t-elle. La révolution (ou plutôt « disruption ») annoncée n’en est pas une.

Le bon vieux modèle de l’exploitation du travail par le capital est toujours là, où le rabaissement des individus est la norme et le sexisme rien de très grave. Les tâches sont abrutissantes, l’urgence est la règle, l’encadrement omniprésent, les sourires artificiels… et les psychanalystes riches !

Par cette description acerbe de la « startupshpère », Mathilde Ramadier nous illustre a fortiori un ultralibéralisme cynique, et une modernité désenchantée. En 2013, elle témoignait déjà chez Rue89. On la retrouve aujourd’hui avec son livre « Bienvenue dans le nouveau monde, comment j’ai survécu à la coolitude des start-ups » (éd. Premier Parallèle, 2017).

Entretien.

Lire la suite sur le site du Nouvel Obs / Rue 89

 

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