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jeu., 07/12/2017

Cafés Citoyens Santé Travail : le programme du 1er semestre 2018

Les Cafés Citoyens Santé et Travail continuent en 2018.

Vous avez été nombreuses et nombreux à venir assister aux premières conférences-débats donnés par les membres du réseau Souffrance & Travail depuis septembre 2017.

En 2018, ces rencontres continuent autour de sujets tout aussi percutants et proches des préoccupations des citoyennes et citoyens qui connaissent à leur travail des situations de souffrances.

  • Mardi 16 janvier 2018 : “Le silence des hommes derrière le bruit des machines.”
    Avec Jean Auroux, ancien ministre du Travail.
  • Mercredi 7 février 2018 : “Que dire sur le harcèlement moral en 2017 ?”
    Avec Marie-France Hirigoyen, médecin psychiatre, psychanalyste, spécialiste du harcèlement moral, qui revient pour la seconde fois évoquer ce sujet.
  • Mardi 13 février 2018 : “Les sources de la souffrance au travail à l’heure de la révolution managériale.”
    Avec Vincent de Gaulejac, professeur émérite à l’université Paris 7-Denis Diderot, président du Réseau international de sociologie clinique (RISC).
  • Jeudi 15 mars 2018 : “Le burn-out des soignants – La souffrance dans le milieu hospitalier.”
    Avec Richard Torrielli, de l’OSAT-APH, l’Observatoire de la Souffrance au Travail (OSAT)-Action Praticiens Hôpital (APH).
  • Mardi 10 avril 2018 : “Santé au travail : les “crimes” industriels.”
    Avec Jean-Paul Teissonnière, avocat, et Annie Thébaud-Mony, sociologue.
  • Mercredi 23 mai 2018 : “La souffrance au travail dans la fonction publique : quelles particularités ?”
    Avec Benoît Arvis, avocat spécialiste de la fonction publique.
  • Mardi 26 juin 2018 : “Devenir un salarié averti pour ne plus souffrir au travail.”
    Avec Marie Pezé, psychologue, fondatrice du réseau “Souffrance & Travail” (association Diffusion et Connaissance du Travail Humain-DCTH).


Informations pratiques et conditions d’entrée :

  • Lieu : café/restaurant Le Balbuzard, 54, rue rené Boulanger, 75010 Paris, métro République.
  • Heure : de 20h à 21h30.
  • Participation : 10 € (consommation non comprise) à verser le soir de la conférence.
  • Inscription obligatoire à l’adresse : cafe.sante.travail@gmail.com

Un cycle de conférences-débats organisé par l’association Cafés Théma

Association Cafés Théma

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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lun., 11/09/2017

Le syndicalisme d’entreprise analysé au prisme de l’amiante

Responsable de la CFDT métallurgie de Normandie, Cécile Maire a conduit un travail de recherche sur l’histoire syndicale du combat contre les dangers de l’amiante dans l’industrie de Condé-sur-Noireau (Calvados). Elle en a tiré un livre passionnant sur le drame de l’amiante mais aussi sur le syndicalisme en entreprise, ses enjeux et ses risques.

Ingénieur, Cécile Maire a été déléguée syndicale chez NXP à Caen (ex Philips semi-conducteurs), entreprise dans laquelle elle a connu de multiples restructurations et qu’elle a quittée depuis pour devenir responsable régionale de la CFDT métallurgie de Normandie. C’est parce qu’elle voulait « approfondir la réflexion sur les actions syndicales et les controverses qui les accompagnent généralement » et se former sur le plan théorique avant d’embrasser une carrière syndicale comme permanente que cette jeune femme a mené en 2011 et 2012 une enquête de terrain sur l’histoire du combat mené par les syndicats, notamment CFDT et CGT, contre les dangers de l’amiante dans l’industrie de Condé-sur-Noireau (Calvados).

Ce travail a donné lieu à un mémoire dans le cadre d’un master à l’Institut des sciences sociales du travail (Université Paris 1), qui a été repris sous la forme d’un livre : « Vivre et mourir de l’amiante, une histoire syndicale en Normandie » (*). C’est un livre remarquable qui restitue sur la durée un combat syndical très dur, où la maladie et la mort sont omniprésentes, avec les figures qui ont incarné ce combat, dans un milieu rural plutôt habitué à la modération. On y lit des témoignages édifiants sur le déni des dangers de l’amiante.

Un des anciens délégués CGT raconte à l’auteur qu’il a soumis les radios des poumons d’un ami ouvrier à son propre médecin généraliste. Ce dernier a rapidement diagnostiqué dans la pseudo-pneumonie un grave mésothéliome. Ce cancer de la plèvre, dû à l’amiante, emportera l’ouvrier, âgé de 42 ans, quelques mois plus tard seulement. De quoi s’interroger sur la médecine du travail de l’époque. Une autre élue, CFDT, témoigne que son incapacité respiratoire (asbestose) reconnue en 1993 aurait dû l’être beaucoup plus tôt : selon le médecin de la sécurité sociale, sa maladie était déjà visible sur ses radios de 1991. Lorsque l’élue interroge le médecin du travail à ce sujet, ce dernier lui répond : « Mais Madame (..), on ne reconnaissait que les cas les plus importants d’asbestose, si on avait reconnu tout le monde, ça aurait mis l’entreprise en jeu ».

Mais ce livre fourmille aussi d’informations sur les positionnements et débats que ces luttes ont suscités : prévention, expertise, réparation, judiciarisation, etc. Cette enquête a été éprouvante, confie Cécile Maire, « car je me suis retrouvée face à des personnes souvent malades, et qui avaient vu disparaître une partie de leurs collègues et amis du fait de l’amiante ».

A l’heure où le gouvernement remet en question l’existence d’un CHSCT autonome mais aussi quatre des facteurs essentiels du compte pénibilité (notre article), « soit un retour en arrière puisque les salariés devront prouver qu’ils sont malades pour faire reconnaître leur exposition à la pénibilité » dénonce Cécile Maire, cette histoire récente montre qu’une politique de prévention des risques professionnels ne va pas de soi. Ni pour l’employeur, ni pour une partie des salariés car l’emploi a semblé longtemps prévaloir à Condé-sur-Noireau sur toute autre considération, fût-ce à coups de primes de risque. Dans les usines de cette petite ville du Calvados, les délégués du personnel, qui brisaient les balais afin que les ouvriers ne soient pas tentés de balayer la poussière d’amiante très dangereuse, se voyaient parfois incompris d’une partie du personnel, voire sanctionnés par la direction, avant que l’aspiration ne soit rendue obligatoire dans les années 80, une obligation pas toujours respectée d’ailleurs.

Ce livre est aussi captivant parce qu’il débouche sur une réflexion de l’auteur, elle-même engagée à la CFDT, sur les conditions d’une action syndicale efficace. Chaque registre (« écouter, fédérer, revendiquer, conquérir », etc.) que doit comporter l’action syndicale comporte ses propres risques, décrypte l’auteur dans deux tableaux éclairants que nous reproduisons en fin d’article.

Lire la suite sur le site de www.actuel-ce.fr

(*) Vivre et mourir de l’amiante, une histoire syndicale en Normandie, 2016, L’Harmattan, 238 pages, 25,50€.

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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jeu., 29/06/2017

SOUVENIR, SOUVENIR…

En 1995, une patiente travaillant dans une banque de la Défense vient me voir en consultation au CASH de Nanterre…

Elle présente des symptômes massifs de stress post traumatique alors qu’elle travaille sur un ordinateur, dans un bureau, dans le milieu bancaire. Elle n’a pas été confrontée à un risque de mort, la sienne ou celle d’un collègue et pourtant tout est là :

  • Cauchemars sur le travail
  • Flashbacks des critiques et altercations au travail
  • État de qui-vive neurovégétatif intense
  • Ruminations incessantes
  • Angoisse intense
  • Évitement phobique massif de la ligne de métro et de RER la conduisant au travail.

Il faut bien sûr faire « cesser et faire sortir », le crédo de Maitre Paul BOUAZIZ, avocat en droit social qui nous conseille à l’époque.

Avant de partir, elle me glisse ce document et me dit : » surtout, ne parlez pas de moi !»

La lecture du guide de management du Dr Peter KRUSE va me laisser pantoise : la science des souris appliquée aux hommes débouche sur des préconisations managériales déconnectées de toute éthique, de toute humanité, au profit d’une organisation du travail qui doit s’adapter à la nouvelle macroéconomie.

21 ans plus tard, je pense avoir tenu ma promesse, je la pense à l’abri et nous mettons donc ce guide en ligne car sur le terrain, les dégâts de ces modèles organisationnels, trop bien appliqués, produisent des pathologies de plus en plus sévères et que la peur préconisée a rongé notre vie sociale.

Nous publions en parallèle la liste des techniques de management pathogènes que nous en avons tiré afin que les travailleurs qui nous lisent apprennent à les identifier, les recenser et à aller consulter les bons acteurs de prévention et de prise en charge.

Marie PEZÉ
Docteur en Psychologie, ancien expert judiciaire

   Techniques de management potentiellement pathogènes

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mer., 03/02/2016

« Le monde en face » : Perdre sa vie à la gagner

Chaque jour, en France, entre 6 et 10 personnes meurent de maladies professionnelles. Malgré le scandale de l’amiante et les progrès de la technologie, plus de deux millions de salariés français continuent d’être régulièrement exposés à des cancérogènes sur leur lieu de travail.

La crise économique que connaît le pays, ces dernières années, n’a fait qu’accentuer cette réalité. Ouvriers précaires, recours à la sous-traitance, pression de l’emploi: beaucoup de travailleurs doivent choisir entre «le salaire d’aujourd’hui» et la «santé de demain». Ce film raconte le combat de ces hommes qui, derrière les portes d’usines et au sein d’associations, dénoncent cette épidémie invisible.

Perdre sa vie à la gagner

 France 5 – Le Monde en face : « perdre sa vie à la gagner », 26 janvier 2016

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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ven., 25/12/2015

Procès Nestlé: plongée dans les pratiques du géant de l’alimentation

Le procès qui se tient à Lausanne jusqu’en juin prochain permet d’effectuer une plongée inédite dans les coulisses de Nestlé.

Le géant de l’alimentation est traîné en justice pour harcèlement moral par Yasmine Motarjemi, ancienne haut responsable de la sécurité alimentaire de 2000 à 2010. Elle avait été entendue le 1er décembre. Mercredi 16 décembre, quatre hauts dirigeants de Nestlé dont le PDG Paul Bulcke ont témoigné. Retour sur cette histoire hors norme.

Il y a tout juste un an, invité au Forum des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme à Genève, Paul Bulcke, le PDG de Nestlé, avait livré un vibrant discours sur les « valeurs » du géant alimentaire qui, disait-il, se résumaient à un seul mot : « le respect de la personne », expliquant alors que « la confiance et la transparence » devaient être « au cœur de l’entreprise ».

Mais ce mercredi 16 décembre, c’est dans un tout autre décor que le grand patron a pris la parole. Il était entendu devant la Chambre patrimoniale cantonale du Tribunal d’arrondissement de Lausanne dans le cadre d’un procès pour harcèlement moral et psychologique intenté contre Nestlé par Yasmine Motarjemi, une ancienne haut responsable de la sécurité alimentaire, employée au siège de Vevey de 2000 à 2009. Une affaire où il n’est question ni de transparence, ni de respect, mais d’accusations très lourdes et documentées sur la manière dont la multinationale a littéralement pourri la vie de son ancienne vice-directrice du département Qualité au siège de Vevey, à mesure qu’elle dénonçait de lourds dysfonctionnements au sein de l’entreprise. Puis l’a finalement licenciée en janvier 2010.

En décembre 2011, elle avait déposé plainte pour harcèlement, bien décidée à travers cette procédure à montrer comment au sein de la multinationale, la « sécurité alimentaire » dont elle était en charge au niveau mondial passait souvent après les impératifs du business et était en bas de l’échelle des préoccupations. En contradiction totale avec les slogans affichés. Il aura fallu attendre plus de quatre ans pour que ce procès s’ouvre, dans un semi-huis clos, puisque Nestlé a obtenu que seuls les journalistes puissent y assister.

Lire la suite sur Médiapart

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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mar., 10/11/2015

Volkswagen : des salariés détaillent le mécanisme de la tricherie au CO2

Plusieurs salariés de Volkswagen ont reconnu avoir manipulé des données sur les émissions de dioxyde de carbone (CO2) de voitures du groupe, rapporte l’édition de dimanche 8 novembre du quotidien Bild.

Certains employés ont précisé notamment avoir augmenté la pression des pneus et mélangé du diesel à de l’huile de moteur pour réduire la consommation de carburant lors des tests, à partir de 2013 et jusqu’au printemps de cette année.

Selon Bild, un technicien des services de recherche et développement au siège de Volkswagen, à Wolfsburg, a rompu le silence à la fin d’octobre et a révélé à ses supérieurs la manipulation des données sur les émissions de CO2. Le groupe envisagerait de suspendre certains salariés dans le cadre de ce dossier, mais celui qui a révélé la tromperie ne serait pas sanctionné.

Réclamations en Allemagne
Depuis les premières révélations sur le scandale des moteurs truqués, Volkswagen a encouragé ses salariés à coopérer à l’enquête interne en cours et leur promet qu’ils ne seront ni licenciés ni poursuivis en justice.

Mardi, Volkswagen a avoué avoir sous-estimé la consommation de carburant et les émissions de CO2 de modèles dont environ 800 000 exemplaires au total ont été vendus en Europe. Le groupe a précisé par la suite qu’il s’engageait à prendre à sa charge les éventuelles conséquences fiscales dont pourraient avoir à souffrir les propriétaires de ces véhicules.

Des analystes financiers estiment que la facture totale de ces affaires pour le constructeur, en incluant les amendes, les procédures judiciaires et le coût des rappels, pourrait atteindre 35 milliards d’euros. En Bourse, la valeur du groupe a fondu de 40 % depuis la mi-septembre pour tomber à 54 milliards d’euros.

Lire la suite sur le site du Monde ainsi que les autres articles sur ce sujet.

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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mer., 14/10/2015

Violence des pauvres, violence des maîtres (1912)

Lors du Congrès national socialiste, en février 1912, Jaurès revient une fois de plus sur la question des violences commises par des ouvriers, par des grévistes. Pour les condamner… mais en prenant bien soin de pointer la manière dont ces violences sont utilisées par ceux qui les ont provoquées.

Jean Jaurès :

» C’est dans cet esprit, c’est avec ces leçons de notre histoire, de nos combats, que je demande à tous nos militants de juger et d’interpréter les batailles plus récentes.
Ah ! je sais, on parle des violences qui se commettent dans les grèves, des conseils de violence qui sont parfois donnés.
Je le déclare une fois de plus, je le dis bien souvent et je le répète : ce sont des choses que je m’aime pas, d’abord parce qu’elles risquent de compromettre par une apparence superficielle de barbarie, la beauté des promesses de civilisation que le prolétariat porte en lui, et puis parce que la violence des gestes, la destruction partielle ou totale des machines, des fils, des lignes, des rails, ou bien la violence des gestes ou des paroles contre les personnes, tout cela c’est l’effet et le signe d’une organisation insuffisante.

Plus l’organisation ouvrière est forte, plus sont nombreux les militants groupés dans les syndicats, plus est faible chez le militant, chez le syndiqué, chez le gréviste, la tentation de recourir à ces moyens de violences sommaires.

Mais, prenez-y garde, citoyens, et ne soyons pas dupes des procédés de polémique de la bourgeoisie. [...]
Un de ses procédés classiques, c’est lorsqu’un mot a cessé de faire peur, d’en susciter un autre… Nous étions des « socialistes ». Pendant une génération, la bourgeoisie a cru que, pour épouvanter le pays, il lui suffisait de dénoncer le socialisme. Puis, le pays s’est acclimaté au socialisme et aux socialistes. [Maintenant] c’est le même tour avec le mot «sabotage». Maintenant, c’est le sabotage partout : il n’y a pas une seule de ces violences commises inévitablement dans la classe ouvrière combattant à l’heure des conflits, à l’heure de la crise, à l’heure de la souffrance, il n’y a pas une seule de ces violences qui ne soit affublée tragiquement du mot de « sabotage ».

Eh bien, je répète que nous devons intensifier notre effort, l’effort d’organisation ouvrière pour que les ouvriers ne soient plus tentés de se laisser aller à cette routine de violences empiriques, [à ces] accidents de violences en réponse à la violence systématique.

Encore une fois, camarades et amis, je suis d’accord avec vous pour faire un immense effort afin de discipliner ces mouvements, afin de suppléer à la force des inspirations brutales de violence par la puissance de l’organisation. Mais, pas de pharisaïsme : nous n’arriverons jamais à expurger de toute tentation de violence le cœur et le cerveau des ouvriers en lutte. [...]

Mais, si nous devons de tout notre effort corriger, contenir, refouler par la puissance grandissante de la raison et de l’organisation ces échappées d’instinct, de colère et de violence, ah ! du moins, lorsque, malgré tout, la violence éclate, lorsque le cœur de ces hommes s’aigrit et se soulève, ne tournons pas contre eux, mais contre les maîtres qui les ont conduits là, notre indignation et notre colère ! »

Via le site Jaures.eu

 

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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lun., 12/10/2015

M. Clemenceau et les grèves (révolution sociale et violence) – mars 1906

A la suite de la catastrophe de Courrières (catastrophe minière la plus meurtrière d’Europe, avec plus de 1500 morts), les mineurs se mettent en grève. Clemenceau, ministre de l’intérieur, réagit d’abord en allant rencontrer les grévistes, attitude gouvernementale suffisamment exceptionnelle à l’époque pour que Jaurès la salue. Bientôt, néanmoins, et durant toutes les années suivantes, Clemenceau s’appuiera sur l’armée pour réduire dans le sang tous les mouvements ouvriers. En ce 19 mars 1906, la grande crainte de Jaurès, outre le manque d’unité des grévistes, c’est que la violence patronale et politique conduise les mineurs à devenir eux-mêmes violents. Jaurès le sait, pour l’avoir toujours constaté : la violence des ouvriers est systématiquement utilisée comme prétexte pour écraser leurs combats et leurs revendications. Ce qu’il évoque dans son éditorial de l’Humanité du 19 mars 1906, intitulé « M. Clemenceau et les grèves ».

Jean Jaurès :

» Je me hâte d’ajouter qu’il est du devoir comme de l’intérêt des ouvriers eux-mêmes de seconder par la puissance calme de leur action l’effort du ministre vers une pratique nouvelle. Le succès de ces grandes grèves dépend de la force tranquille d’organisation, de la cohésion des prolétaires, de l’ensemble avec lequel ils se meuvent. Les violences individuelles contre les personnes et les biens ne peuvent que compromettre la victoire, et fausser le sens du combat. La révolution sociale ne se propose point de brutaliser les personnes, mais au contraire d’assurer la vie et la dignité de tous, et de ceux-là mêmes qui sont aujourd’hui des privilégiés, sous la loi commune du travail souverain. La révolution sociale ne consiste point à détruire ou à endommager les biens, les usines, les mines, les machines, mais à en transférer la propriété aux travailleurs groupés et affranchis.
Mais pour que les ouvriers puissent maintenir à travers les péripéties de la grève, une ferme méthode d’action réglée, pour qu’ils ne fournissent pas aux réacteurs sociaux le prétexte souhaité de faire intervenir à nouveau l’appareil militaire et d’en accabler la libre et vive action légale de la classe ouvrière, il faut que tous les prolétaires soient étroitement unis dans leur syndicat. Il faut qu’il y ait unité d’organisation prolétarienne, unité de décision, unité de mouvement. Quand donc la grande corporation des mineurs, qui est depuis plusieurs années coupée en deux, réalisera-t-elle son unité économique ? J’ai peur que la suite du mouvement qui vient de se produire ne démontre à tous les mineurs combien il est dangereux d’aller à ces grandes batailles avec deux corps d’armée qui se défient l’un de l’autre, avec deux états-majors syndicaux qui se combattent et s’excluent.
Mais aussi, si M. Clemenceau avait le temps de méditer à ces choses d’avenir, je lui demanderais une fois de plus : Que pensez-vous d’une organisation sociale qui ne laisse aux travailleurs, pour se défendre, d’autre ressource que la grève, c’est-à-dire la suppression volontaire de l’activité et de la richesse ? C’est une méthode barbare, et qui s’imposera tant que le capital et le travail seront séparés, tant que les grands moyens de production ne seront pas la propriété commune des travailleurs eux-mêmes et de la nation. C’est là l’ordre de problèmes où il faudra bien entrer maintenant. »

Via le site Jaures.eu qui propose de nombreux autres discours de Jean Jaurès

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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sam., 10/10/2015

Violence patronale, violence ouvrière

Discours de Jean Jaurès et joute oratoire Jaurès-Clemenceau en juin 1906 à la Chambre des députés. Georges Clemenceau est alors Ministre de l’Intérieur, Jean Jaurès est député du Tarn et siège dans le groupe des « Socialistes unifiés ».

Jean Jaurès :

J’estime que l’action légale peut être aujourd’hui plus puissante, plus efficace que l’action convulsive. Nous voulons demander à la classe ouvrière de s’organiser légalement pour échapper à toute tentative et à toute possibilité de violence ; mais, Monsieur le Ministre de l’Intérieur, nous ne sommes pas, nous ne pouvons pas être les dupes de l’hypocrisie sociale des classes dirigeantes. [...]
Ce qu’elles entendent par le maintien de l’ordre…, ce qu’elles entendent par la répression de la violence, c’est la répression de tous les écarts, de tous les excès de la force ouvrière ; c’est aussi, sous prétexte d’en réprimer les écarts, de réprimer la force ouvrière elle-même et laisser le champ libre à la seule violence patronale.
Ah ! Messieurs, quand on fait le bilan des grèves, quand on fait le bilan des conflits sociaux on oublie étrangement l’opposition de sens qui est dans les mêmes mots pour la classe patronale et pour la classe ouvrière. Ah ! les conditions de la lutte sont terriblement difficiles pour les ouvriers?! La violence, pour eux, c’est chose visible…

Georges Clemenceau :

Fressenneville (1) se voit, ce n’est pas un écart de langage, cela?!

Jean Jaurès :

Oui, Monsieur le Ministre, la violence c’est chose grossière…

Georges Clemenceau :

Cependant, elle ne vous frappe pas !

Jean Jaurès :

… palpable, saisissable chez les ouvriers?: un geste de menace, il est vu, il est retenu. Une démarche d’intimidation est saisie, constatée, traînée devant les juges. Le propre de l’action ouvrière, dans ce conflit, lorsqu’elle s’exagère, lorsqu’elle s’exaspère, c’est de procéder, en effet, par la brutalité visible et saisissable des actes. Ah?! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses?! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers?; ils décident que les ouvriers qui continueront la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. Cela ne fait pas de bruit?; c’est le travail meurtrier de la machine qui, dans son engrenage, dans ses laminoirs, dans ses courroies, a pris l’homme palpitant et criant ; la machine ne grince même pas et c’est en silence qu’elle le broie. [...]
La même opposition, elle éclate dans la recherche des responsabilités. De même que l’acte de la violence ouvrière est brutal, il est facile au juge, avec quelques témoins, de le constater, de le frapper, de le punir ; et voilà pourquoi toute la période des grèves s’accompagne automatiquement de condamnations multipliées.
Quand il s’agit de la responsabilité patronale – ah ! laissez-moi dire toute ma pensée, je n’accuse pas les juges, je n’accuse pas les enquêteurs, je n’accuse pas, parce que je n’ai pas pu pénétrer jusqu’au fond du problème, je n’accuse pas ceux qui ont été chargés d’enquêter sur les responsabilités de Courrières (2), et je veux même dire ceci, c’est que quel que soit leur esprit d’équité, même s’ils avaient le courage de convenir que de grands patrons, que les ingénieurs des grands patrons peuvent être exactement comme des délinquants comme les ouvriers traînés par charrettes devant les tribunaux correctionnels, même cations, de subtilités d’évasion qui peuvent dérouter la justice. [...]
Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité.
Vous me disiez, monsieur le ministre, que nous vous accusions d’avoir caché un cadavre ; non, nous ne vous avons pas accusé d’avoir caché un cadavre, mais il y a 1 400 cadavres que la société capitaliste est en train de cacher ! »

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1 – Allusion aux émeutes ouvrières de Fressenville, en Picardie, en avril 1906. Pour en savoir plus, lire « Nouvelle Grève dans le Vimeu à l’usine de M. Riquier. Agitation Révolutionnaires. Manifestations tumultueuses. Maisons saccagées et incendiées », d’après le journal L’Abbevillois du 6 avril 1906. / Une autre version des faits dans l’article La révolte des Riquier.
2 – Référence à la catastrophe minière du 10 mars 1906 à Courrières, dans le Pas-de-Calais, qui provoqua la mort de 1099 mineurs (officiellement) et qui s’ensuivit d’un mouvement social de grande ampleur. C’est à la suite de cette catastrophe que l’on mit en place en France le repos hebdomadaire. Lire le récit de la catastrophe sur le site www.chti.org

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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mer., 09/09/2015

VIDÉO – La mise à mort du travail

Quand le travail est mis au service de l’économie…

Dans un monde où l’économie n’est plus au service de l’homme mais l’homme au service de l’économie, les objectifs de productivité et les méthodes de management poussent les salariés jusqu’au bout de leurs limites. Jamais maladies, accidents du travail, souffrances physiques et psychologiques n’ont atteint un tel niveau.
Des histoires d’hommes et de femmes chez les psychologues ou les médecins du travail, à l’Inspection du Travail ou au conseil des prud’hommes qui nous révèlent combien il est urgent de repenser l’organisation du travail.

Un film de Jean-Robert Viallet
2009 – France – 68 minutes – 3 épisodes – HD

Si vous voulez aider Souffrance & Travail, vous pouvez acheter le DVD « La mise à mort du travail »

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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