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mer., 13/12/2017

Souffrance au travail : lancement d’un observatoire pour aider les praticiens hospitaliers

L’objectif est de mieux repérer et aider les professionnels touchés, soumis notamment à des pressions managériales de plus en plus fortes.

Face à la « dégradation des conditions de travail » à l’hôpital, l’organisation Action praticiens hôpital (APH), qui regroupe une dizaine de syndicats, a lancé, jeudi 7 décembre, son observatoire de la souffrance au travail. L’objectif est de mieux repérer et aider les professionnels touchés.

A travers un questionnaire détaillé accessible en ligne, l’organisation veut définir les raisons du mal-être ressenti par certains praticiens (médecins, dentistes, pharmaciens) et dresser une « cartographie régionale et nationale de situations » jugées « indésirables et évitables ».

Les « pressions managériales » de plus en plus fortes

« Certaines disciplines sont particulièrement touchées », a expliqué Jacques Trévidic, président d’APH, citant les « urgentistes, les anesthésistes, les biologistes » ou les « psychiatres ». Sans compter les « chirurgiens qui, aux yeux des directions, ne sont pas assez rentables », a abondé Nicole Smolski, la présidente d’honneur. « Dans certains établissements, on n’est plus loin de ce qui se passe à Lidl ou Amazon », a-t-elle raillé.

En cause, la « tarification à l’activité », un mode de financement des hôpitaux controversé, que veut revoir le gouvernement, mais aussi les « pressions managériales » de plus en plus fortes de « l’hôpital entreprise », ou encore les restructurations liées aux groupements hospitaliers de territoire.

L’outil développé par APH s’appuie sur l’observatoire déjà mis en place à la fin de 2009 par le syndicat d’anesthésistes SNPHAR-E, mais il vise un public plus large, APH étant constitué de deux intersyndicales (Avenir Hospitalier et CPH) regroupant 14 syndicats et organisations. Selon les données récoltées entre 2010 et 2015 (200 appels), « 90 % des causes de la souffrance déclarée ont pour point commun des conflits avec la hiérarchie, médicale ou administrative », la surcharge de travail étant une cause « fréquente mais pas systématique ».

Via le site du Monde

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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sam., 04/11/2017

L’hôpital français : une usine (presque) comme les autres

Plusieurs études récentes ont mis en lumière le mal-être du personnel hospitalier français. Un mal-être que l’on ressent chez quasiment tous les professionnels concernés et qui s’explique essentiellement par deux motifs : un management déshumanisant et l’impossibilité de fournir des soins corrects aux patients.

Les méthodes de management à l’anglo-saxonne font l’objet de nombreux débats : stress, humiliations, résultats pas forcément au rendez-vous… Des objectifs exigeants en termes de résultats et de productivité, ainsi qu’une pression accrue sur le personnel peuvent s’avérer contre-productif économiquement et désastreux socialement, comme on l’a vu chez France Telecom.

Une chose est sûre, elles ne sont pas adaptées à l’hôpital public !!!

Imposer ces méthodes productivistes aux services publics est souvent considéré comme une hérésie (l’utilité publique ne peut se quantifier comme le CA d’une entreprise) aux conséquences lourdes tant pour les salariés (La Poste) que pour la qualité des services.

Une chose est sûre, elles ne sont pas adaptées à l’hôpital public !!!

Le personnel hospitalier subit une pression incroyable, qui a été accentuée par la loi sur les 35 heures et a explosé avec les coupes budgétaires des dernières années : les effectifs sont tout simplement insuffisants pour le nombre de patients à traiter. Sans parler du matériel…

En conséquence, on se retrouve avec un personnel hospitalier pressé comme un citron, tant au niveau des heures de travail, que de l’intensité. Par exemple, la nuit, aucun service d’hôpital, en France, ne tourne aujourd’hui avec le nombre légal minimum d’employés ! L’État impose d’un côté des normes strictes pour assurer des soins minimums et il retire de l’autre côté les moyens aux hôpitaux de respecter ces normes…

Comme pour tous les autres professionnels, la première conséquence de cette situation est l’état de santé psychologique des soignants. Stress, dépressions, démotivation, sentiment d’humiliation, d’être déconsidéré, inutiles… les travailleurs de l’hôpital vont aussi mal que leurs patients. Et la situation continue d’empirer au rythme des réformes de lutte contre le déficit.

Dans ces conditions, comment prodiguer des soins de qualité ? C’est la seconde conséquence de cette gestion purement économique des hôpitaux : le personnel hospitalier n’a ni le temps, ni les moyens de soigner correctement ses patients. Et comme il s’agit principalement de professionnels ayant une vocation, qui croient en leur métier (au moins au début) et qui tiennent à bien le faire, en aidant au maximum les malades, ils souffrent énormément de ne pouvoir offrir des soins de qualité.

Lire la suite sur le site de Mediapart

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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lun., 02/10/2017

TÉLÉVISION – « Burning Out, dans le ventre de l’hôpital » – Mardi 3 octobre 20h50 – Arte

Au bloc opératoire de l’hôpital Saint-Louis, à Paris, le « burn out » menace à tous les échelons. D’une intervention qui voit fuser les noms d’oiseaux à des réunions de crise où se déversent des doléances concurrentes, le réalisateur Jérôme le Maire a su capter le mal-être général des soignants.

Le réalisateur Jérôme le Maire a passé deux ans au sein de la très réputée unité chirurgicale de l’hôpital Saint-Louis, l’un des grands établissements parisiens. Pendant un an, sans filmer, il s’est familiarisé avec l’ensemble du personnel qui travaille à flux tendu dans les quatorze salles d’opération du bloc, chacune accueillant huit à dix interventions par jour au fil d’une organisation très complexe. Il a ensuite tourné seul, toute une année, au cœur de ce collectif professionnel chevronné, qui tient chaque jour entre ses mains la vie et la mort des patients. D’une intervention qui voit fuser les noms d’oiseaux à des réunions de crise où se déversent des doléances concurrentes, il capte un mal-être général qui, des aides-soignantes aux chirurgiens, « déborde, déborde, déborde », comme le planning que les gestionnaires du service n’ont de cesse de vouloir « optimiser ». Entre deux prises de bec, les protagonistes confient leurs états d’âme ou leurs réflexions et s’accordent à reconnaître, en dépit de leurs différends, une commune origine à la pathologie qui les affecte tous. « Les conditions de travail se sont dégradées mais le travail, lui, ne doit pas se dégrader« . Car même si les patients semblent se réduire à la partie tranchée et recousue de leur anatomie, ces soignants n’oublient jamais la responsabilité extrême qui est la leur. La direction diligente alors un audit sur la qualité de vie au travail, qui se recentre bientôt sur l’analyse des « process » et de leur « efficience »…

Urgence

Cette fascinante tragi-comédie humaine dévoile au profane ce qu’il ne voit jamais d’ordinaire : la souffrance de ceux qui soignent, d’abord, mais aussi la réalité crue d’une salle d’opération, car le réalisateur y est accueilli comme un membre de la famille, devant qui on n’a pas besoin de cacher le linge sale. S’il pointe des causes maintes fois dénoncées par les syndicats – augmentation continue de la charge de travail, gestion technocratique imposée d’en haut, atomisation d’équipes autrefois soudées…–, Jérôme le Maire, en laissant s’exprimer des points de vue contradictoires, met aussi en évidence la complexité du problème. Ce portrait intensément vivant d’un hôpital au bord de la crise de nerfs se veut plus largement la métaphore d’un monde du travail ravagé par la perte de sens et désormais en état d’urgence, selon le livre de Pascal Chabot qui l’a inspiré, « Global burn-out ».

Mardi 3 octobre – 20h50 sur Arte >>>

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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ven., 03/03/2017

Travail et santé, passer de la plainte à l’offensive

Le n° 76 de Pratiques vient de paraître : « Santé et travail, passer de la plainte à l’offensive ».

Conserver sa santé tout en travaillant, prendre du plaisir en exerçant correctement son métier passe par un repositionnement des travailleurs et de tous ceux qui peuvent les aider à passer de la plainte à l’offensive. Alors que la médecine du travail est régulièrement attaquée par les employeurs, comment s’appuyer sur les principes et les lois qui régissent la sécurité au travail, qui garantissent la santé des personnes ?

Pratiques N°76 : Travail et santé, passer de la plainte à l’offensiveLes professionnels du soin sont confrontés à une véritable épidémie de problèmes de santé physiques et psychiques manifestement liés au travail et aux conditions dans lesquelles les travailleurs sont amenés à l’effectuer. Les soignants eux-mêmes rencontrent des difficultés inédites dans leur exercice, contraints par des dispositifs inadaptés qui, en les obligeant à bâcler leur travail, les démotivent, voire les rendent malades. En effet, les injonctions paradoxales ne manquent pas qui empêchent de faire ce qu’elles prescrivent comme, par exemple, écouter la plainte des patients tout en réduisant au maximum le temps que les soignants peuvent leur accorder.

Il apparaît donc comme une urgence, pour les personnes, pour la santé publique, pour la qualité et l’efficience des lieux de soins, pour l’intérêt du travail et pour qu’il bénéficie à la société, de reprendre en main nos destins de travailleurs.

Il est devenu indispensable de réaffirmer les contenus de nos métiers, de défendre les valeurs qui les sous-tendent, de redéfinir la qualité du travail bien fait. Pour cela, il faut revendiquer des conditions d’exercice qui laissent un peu de place à la créativité, qui soient respectueuses de la santé et de l’équilibre des personnes afin qu’elles retrouvent le plaisir d’un travail qui contribue à fonder leur identité de citoyens responsables.

Comment défendre ce qu’il reste de notre Code du travail contre le marché qui ne cesse de vouloir le contraindre pour réduire les droits ? Comment nous appuyer sur nos compétences et le sens de nos missions pour nous défendre du management dépersonnalisant qui prétend redéfinir des tâches qu’il ne connaît pas ? Comment redessiner un monde du travail constructif et revendiquer le rétablissement de conditions qui le permettent ?

Une rencontre-débat autour de ses auteurs aura lieu le vendredi 7 avril 2017. Elle sera suivie d’un moment convivial autour d’un verre et d’une petite restauration.

Pour se procurer ce numéro et assister à la rencontre : http://pratiques.fr

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mer., 15/02/2017

600 000 signatures pour des conditions de travail décentes

Quatre infirmières publient le « manifeste des 600 000 » pour des conditions de travail décentes.

Ce manifeste a été écrit par 4 infirmières exerçant au quotidien auprès des malades partout en France. Elles sont également blogueuses et observent chaque jour le malaise et le mal être de beaucoup de leurs confrères et consœurs. Ce manifeste est pour eux mais aussi pour tous ceux qui fréquentent, vivent, encouragent, soutiennent chaque jour les infirmiers partout sur le territoire français.

« Si tout va bien, je serai bientôt diplômé »

Je suis Paul étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Dans ma famille, nous sommes nombreux à exercer ou à avoir exercé des professions liées aux soins. C’est un peu comme si chacun de nous était tombé dans une potion magique à la naissance. Mon arrière grand-père me parle souvent de la guerre, de sa guerre à lui pour sauver des vies lors du débarquement de Normandie. Ma grand-mère me raconte Mai 68 et les barricades sur lesquelles elles s’est battue pour les droits des femmes et des salaires décents. Ma mère me dit ô combien il était aisé de trouver un poste d’infirmière dans les années 90. Elle me parle de l’amour qu’elle avait pour son métier, des étudiants qu’elle prenait plaisir à encadrer, du temps qu’elle passait avec eux et de sa satisfaction à les voir évoluer.

Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Hélas, je suis conscient de mes lacunes et de la détermination dont il me faudra faire preuve pour les combler. Durant ces 36 mois de formation, J’ai été peu encadré lors de mes stages. Il n’y a personne à incriminer en particulier, seul le manque de temps ou de personnel peuvent être responsables de telles situations. Dans les services qui m’ont accueilli, J’ai souvent eu le sentiment confus de boucher des trous, de colmater des brèches, de plâtrer du mieux que je pouvais et ce, avec un professionnalisme plus qu’hasardeux.

Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Je suis impatient d’entrer dans la vie active mais j’avoue que l’avenir me fait peur. Ces dernières années, les nouveaux infirmiers fraîchement débarqués sur le marché du travail ont eu des difficultés à trouver un emploi. Certains même ont dû se reconvertir ou simplement accepter des postes dans d’autres secteurs d’activités. Depuis quelques temps, le chômage a fait son entrée dans la profession. Pourtant, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer les manques d’effectifs dans les hôpitaux de ce pays. Les soignants ne cessent de crier leur ras-le-bol, leur fatigue, leur impuissance à soigner des patients de plus en plus nombreux. Ils parlent souvent de cette démotivation croissante dont ils sont victimes, qui égratigne chaque jour une peu plus l’amour qu’ils ont pour leurs métiers..

Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je dis NON à la précarité de l’emploi dans un pays où l’on parle de qualité et d’efficience.

Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je dis NON aux diminutions d’effectifs et à la médecine comptable.

Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je veux pouvoir exercer mon futur métier avec passion dans de bonnes conditions.

Je suis Anna, étudiante en soins infirmiers de troisième année et je veux être un professionnel de santé efficace et compétent.

« Je sais qu’à ce rythme, je ne tiendrai pas jusqu’à la retraite »

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. J’y travaille depuis un an, depuis que je suis dans la région. Je viens d’acheter une maison alors, un CDI, c’est toujours mieux lorsque l’on franchit les portes d’une banque. À la clinique, ils me l’ont proposé tout de suite le CDI parce que les infirmières qui veulent rester dans le coin, ça ne court pas les rues. Une petite ville de province dans le centre de la France, où le boulot se fait rare, ça n’attire pas les foules.

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Une clinique rachetée par un fonds de pension parce que c’est comme cela qu’elle survit. Une clinique où soin rime avec rentabilité, où le patient est aussi un client

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Je sais que je ne ferai pas ma carrière ici. Je reste pour le moment faute de mieux mais, bientôt, je partirai vers d’autres horizons, pas forcément plus glorieux mais mieux payés en tout cas.

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et je gagne 1500 euros en travaillant à temps plein avec deux week-ends par mois.

J’ai ma besace pleine d’heures sup’ mais peu sont payées et les récupérer, je n’y pense même pas.

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Souvent, lorsque je suis en repos, le téléphone sonne parce qu’il n’y a personne pour  » tenir » le service et que je dois revenir bosser.

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Le soir, j’ai mal aux jambes à cause de tous ces kilomètres parcourus dans la journée. Le soir, j’ai mal au dos à cause de tous ces corps meurtris que l’on doit manipuler. Le soir, j’ai mal au cœur à cause de toute cette souffrance côtoyée.

Je sais qu’à ce rythme, je ne tiendrai pas jusqu’à la retraite parce qu’à force, ce sera mon corps qui souffrira. Quant à ma tête, elle souffre déjà du manque de reconnaissance, des conditions de travail et du salaire qui ne suit pas. Alors que je ne suis qu’au tout début de ma carrière.

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et j’ai peur. Tous les jours, j’ai peur de me tromper, de commettre l’irréparable parce que soigner dans les conditions actuelles ressemble davantage à du travail à la chaîne. Parce qu’il faut remplir le plus de lits, faire sortir les gens de plus en plus vite pour en accueillir d’autres.

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et je suis inquiète pour mon avenir. Je suis inquiète parce que, de plus en plus souvent, j’en ai marre de ce métier que j’aime pourtant passionnément. Marre de voir mes collègues quitter le navire les uns après les autres parce qu’ils n’en peuvent plus, parce que travailler comme ça ce n’est plus envisageable.

Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et je veux continuer à exercer mon métier. Je veux rester infirmière. Je ne veux pas faire autre chose mais je veux faire mon métier dans des conditions acceptables. Je veux pouvoir travailler dans la sérénité, non dans le stress et la rentabilité. Je veux que ma profession soit écoutée, entendue et soutenue;

Lire les autres textes sur le site www.infirmiers.com

A tous les membres du gouvernement :
Nous sommes aujourd’hui environ 600 000 infirmiers en souffrance,
600 000 infirmiers maltraités, 600 000 infirmiers qui n’attendent que votre soutien.

Aux patients, aux familles, à tous ceux qui, un jour ou l’autre, auront besoin d’un infirmier :
Nous avons plus que jamais besoin de vous pour préserver la qualité de nos soins.
Nous avons besoin de vos voix pour nous faire entendre.

A toi qui lis ce manifeste :
Nous avons besoin de ta signature pour enfin être entendus !

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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lun., 13/02/2017

Financement de l’hôpital, la réforme qui n’a pas eu lieu

Malgré les promesses, les socialistes n’ont réformé qu’à la marge, et à la dernière minute, le système de financement de l’hôpital porteur d’effets désastreux sur le personnel et la qualité des soins.

Dernier volet de notre enquête sur la tarification à l’activité.

Le sociologue Frédéric Pierru choisit l’image du « hamster », le professeur André Grimaldi, diabétologue à la Pitié-Salpêtrière à Paris, préfère celle de « l’écureuil » : dans leur cage, les deux courent sans but. De la même manière, parce qu’il est payé à l’activité, l’hôpital poursuit un objectif hors de sa portée, et contre nature : la rentabilité. En 2012, François Hollande s’était pourtant engagé à réformer son financement. Son bilan ne tient qu’à quelques lignes, dans l’article 79 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2017. « Sur ce point, le bilan de Marisol Touraine est nul, parce qu’au fond, les socialistes sont d’accord avec ce système », regrette André Grimaldi.

La tarification à l’activité a hérité d’un sigle barbare, mais passé dans le langage hospitalier courant : la T2A. Qu’ils soient médecins, infirmières, aides soignants, tous vivent au quotidien ses « injonctions contradictoires ». Leurs griefs sont nombreux et sérieux. La T2A contraint les établissements de santé à développer de l’activité dans un budget dédié à l’hôpital toujours plus contraint, donc de sans cesse gagner en productivité, sur le dos de soignants malmenés et épuisés. Elle éprouve l’éthique des médecins en les incitant à industrialiser les soins, à les abréger pour libérer des lits, à penser le développement de leurs services, non pas à partir de besoins médicaux, mais de « business plans » déterminés par le montant des tarifs hospitaliers. Elle privilégie des activités au détriment d’autres, crée des rentes économiques qui entravent les progrès médicaux.

En théorie, le principe de la T2A est assez simple : l’hôpital est payé par l’assurance maladie pour chaque prise en charge d’un malade, en fonction de sa pathologie. En pratique, c’est une usine à gaz. L’administration de la santé a défini des tarifs pour chaque « groupe homogène de malades » (GHM). Il y en a 2 300, déclinés en quatre niveaux de sévérité. Les GHM désignent très précisément une pathologie : il y a un tarif pour une appendicectomie simple, un autre lorsqu’elle est compliquée, un autre lorsqu’elle est pratiquée sur un patient de plus de 70 ans, un autre encore lorsqu’elle est associée à une autre maladie, etc. Dans la vie réelle, cette tuyauterie gestionnaire est truffée d’effets pervers.

La T2A a été mise en place en France en 2004, sur le modèle américain suivi par tous les pays européens. Mais la France est allée le plus loin dans son application, en imposant à ses établissements de santé (à l’exception de la psychiatrie) le « tout T2A » en 2008. Le sociologue Pierre-André Juven a consacré sa thèse aux « coûts et aux tarifs controversés de l’hôpital public ». Il y revient sur sa mise en œuvre, qui procède au départ « d’une volonté, dès les années 1980, d’endiguer l’augmentation des dépenses hospitalières. L’administration a d’abord mis fin au prix de journée, qui incitait les établissements à faire traîner en longueur les hospitalisations ». Elle a opté pour la « dotation globale » : chaque établissement héritait d’une enveloppe budgétaire annuelle avec laquelle il devait composer. « Il y avait de grandes inégalités, car les budgets étaient reconduits d’une année sur l’autre, mais ceux qui avaient leurs entrées au ministère pouvaient négocier des rallonges, explique le sociologue. La T2A était présentée comme un système plus juste. »

Mais en réalité a été mis en place un « quasi-marché, poursuit le sociologue. Ce n’est pas une néo-libéralisation classique, dans le sens du recul de la place de l’État. C’est au contraire une étatisation, mais qui impose au secteur public les principes du marché, à savoir une constante diminution des coûts, une augmentation des marges, et une mise en concurrence des établissements. La T2A a transformé les hôpitaux en entités productivistes, efficientes et compétitives ».

Seulement, la santé n’est pas un marché, en premier lieu parce qu’elle est financée par de l’argent public, forcément limité. Chaque année, les parlementaires votent l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam). Depuis le milieu des années 2000, cet objectif progresse bien moins vite que les besoins de santé, qui ne cessent d’augmenter en raison du progrès technique, des médicaments innovants de plus en plus coûteux, de la progression des maladies chroniques, du vieillissement de la population. En 2017, pour répondre à ces nouveaux besoins, il faudrait augmenter le budget de l’assurance maladie de + 4,3 %. Mais il ne va progresser que de + 2,1 %. Au final, en 2017, l’hôpital doit faire 1,5 milliard d’euros d’économies.

« La contradiction de ces instruments que sont l’Ondam et la T2A est la question des questions, estime Pierre-André Juven. Dans les discours politiques, l’Ondam est là pour sauver la Sécurité sociale. Le respect de l’Ondam est devenu la préoccupation majeure. Mais en même temps, avec la T2A, on dit aux établissements : “Soignez toujours plus !” Donc leurs tarifs baissent sans cesse, c’est infernal. Et au final, l’Ondam est respecté au prix d’un endettement massif des établissements. »

Lire la suite sur le site de Médiapart

 

 

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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