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sam., 23/12/2017

L’Observatoire de la souffrance au travail des anesthésistes s’ouvre à l’ensemble des PH

Créé en 2009 par des anesthésistes-réanimateurs, dont feu Max-André Doppia , sous l’égide du syndicat SNPHAR-E, l’Observatoire de la souffrance au travail (OSAT) s’est dans un premier temps uniquement consacré aux anesthésistes réanimateurs. Repris par l’intersyndicale Action praticien hôpital (APH), il s’ouvre désormais à l’ensemble des praticiens hospitaliers.

Premier bilan des anesthésistes en souffrance : cotation de la souffrance de 8 sur 10

Depuis huit ans que OSAT fonctionne pour les médecins réanimateurs, un premier bilan peut être tiré. Quelque 200 appels ont été reçus, issu à 62% des centres hospitaliers non universitaires, contre 38% provenant des CHU. Majoritairement, les appels proviennent de femmes médecins, à 60%. Leur âge moyen est de 50,4 ans. « La cotation moyenne de la souffrance s’élève à 8 sur une échelle verbale de 10 ». Principalement, les médecins en souffrance évoquent des situations de « mépris, dévalorisation, déconsidération, placard et isolement, menaces, injures ». Le harcèlement, qu’il provienne de collègues, de chefs de service, de membres de directions hospitalières, de personnel non médical, est déclaré dans 67% des cas. Dans un tiers des cas, cette souffrance morale s’accompagne de symptômes physiques : digestifs, cardio-vasculaires, musculo-squelettiques. Dans 18% des cas, les déclarants font appel à des antidépresseurs, et un arrêt de travail supérieur à deux semaines est présent dans 24% des cas. Deux tentatives de suicides ont été recensées.

Conflit avec la hiérarchie en première ligne

Les causes des souffrances les plus souvent citées sont la surcharge de travail, le fardeau émotionnel, la désorganisation du service, le dialogue impossible avec la hiérarchie, une absence de reconnaissance… Quoi qu’il en soit, selon l’OSAT, 90% des causes de la souffrance ont pour point commun des conflits avec la hiérarchie, médicale ou administrative. OSAT souligne également que cette souffrance au travail a un coût socio-économique, ne fût-ce qu’en considérant les prises en charge médicales et les arrêts de travail. « La souffrance au travail est croissante, quotidienne dans les équipes. Il ne se passe pas un jour sans que l’un de nos collègues nous en fasse part. Il est particulièrement nécessaire de mettre en place des outils de prévention qui ne soient pas des gadgets de qualité de vie au travail », insiste Nicole Smolski, présidente d’honneur d’APH. L’intersyndicale APH a également rappelé qu’elle milite pour la présence des syndicats de praticiens hospitaliers au sein des Comités hygiène sécurité et conditions de travail (CHSCT). Une vieille revendication passée de date, à l’heure où les Ordonnances Macron viennent tout simplement de supprimer cette instance de dialogue…

Lire la suite sur le site Medscape

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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lun., 31/07/2017

De l’esthétique du travail à l’hôpital. Il peut paraître

De l’esthétique du travail à l’hôpital.

Il peut paraître aujourd’hui superfétatoire, voire insultant d’associer l’idée d’esthétique avec le monde d’un travail comme le nôtre, tandis que les préoccupations de tous ceux qui se trouvent sous le joug de la productivité, de la rentabilité, c’est de retrouver des horaires compatibles avec leur vie personnelle et leur santé, et un salaire en accord avec la qualité et la durée de leur formation professionnelle. Les conditions d’exercice déstructurées, les tâches univoques en travail posté, leur parcellisation au prétexte de l’efficience, l’absence de temps et d’espace pour des contacts de qualité avec les patients, les collègues et les personnels de direction, n’amènent-ils pas certains d’entre nous, les plus désespérés, à penser qu’ils font un « sale métier » Et pour paraphraser Georges Darien, risquer de se trouver l’excuse de le faire « salement »… Et c’est bien là que tous les responsables des dérives de l’idéologie néo-libérale devraient prendre conscience du caractère contre-productif des implications de pareilles conditions de travail.

Il n’est pas question ici de faire le panégyrique de la supposée « noblesse » d’un métier qui s’exercerait jusqu’à l’épuisement au nom du don de soi; ou d’éluder les tâches pénibles d’annonce de mauvaises nouvelles, de contention de patients agités, de décision d’arrêt de soins, de se coltiner les patients souillés ou malodorants, de pratiquer des gestes invasifs pénibles. Voire accréditer des interventions dont le bien-fondé peut sembler discutable. Il n’est pas question non plus d’accréditer en se rengorgeant l’admiration béate (ou flagorneuse) du béotien: Quel beau métier vous faites Docteur ! Quel dévouement, mademoiselle l’infirmière, monsieur l’aide-soignant !
Un sale boulot renverrait plutôt dans mon propos à un défaut de reconnaissance sociale, un travail disqualifié, certes indispensable, mais dans un périmètre réduit de compétence technique, reproductible à l’infini selon un protocole immuable, et effectué par des agents interchangeables et anonymes.

Aux deux extrémités d’une échelle de l’esthétique au travail, deux positions sont symétriques : d’un côté, la dimension « noble » (le care) de l’activité de soignant ne justifie pas le don de soi désintéressé et la disponibilité sans limite ; de l’autre le cynisme le plus achevé d’un soignant ne se satisfait jamais complètement d’un boulot « salement » fait, serait-ce en contre partie d’un gros paquet d’argent ou de congés à rallonge. D’un côté l’exploitation éhontée au nom de la « noblesse » ; de l’autre l’exposition à une image dégradée de son identité tant à ses propres yeux qu’à ceux des patients et du personnel administratif. Dans les deux cas, cette tension entre travail bien ou mal fait, entre reconnaissance ou mépris, se traduit inévitablement par une souffrance au travail forcément préjudiciable à celui-ci.

La posture à adopter se situe au-delà des droits et des obligations de chacun au sein d’un établissement, d’un service, d’une unité : c’est l’occupation consciente du domaine des responsabilités dans les pratiques professionnelles, et ce dans la vie de tous les jours. Il n’y a pas de mètre étalon pour mesurer au quotidien ces responsabilités. Elles se doivent d’être assumées par le soignant sans échappatoire, et reconnues autour de lui sans dénégation. Ce domaine de responsabilité dépasse les frontières strictes des référentiels métiers et autres limites de compétence. Il dépasse les périmètres mesurables, quantifiables, évaluables. C’est à ce prix, inestimable, que le travail bien fait semblera beau à chacun.

Richard Torrielli

Richard Torrielli, auteur du roman L’Anesthésiste,
a longtemps exercé la profession de médecin anesthésiste à Bordeaux

L’ANESTHÉSISTE, Richard Torrielli

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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dim., 07/05/2017

Le suicide d’une infirmière au Havre reconnu comme « accident de service »

Emmanuelle Lebrun, 44 ans, infirmière en néonatalogie avait mis fin à ses jours le 24 juin 2016 à son domicile.

Emmanuelle Lebrun, 44 ans, infirmière en néonatalogie, en couple et mère de deux enfants, avait mis fin à ses jours le 24 juin 2016 à son domicile. Elle avait laissé une lettre expliquant qu’elle subissait un important stress professionnel et qu’elle avait « le sentiment d’avoir fait quelque chose de grave », a indiqué Agnès Goussin-Mauger, déléguée CGT.

La CGT et SUD, via le CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), avaient demandé une enquête administrative menée par une commission paritaire qui a classé le décès de l’infirmière en accident du travail, selon la déléguée syndicale.

La direction du GHH a confirmé, dans un communiqué, « avoir suivi l’avis de la commission de réforme qui impute le suicide de Mme Emmanuelle Lebrun à un accident de service ». « Le travail de fond entrepris par la commission paritaire a permis de démontrer le lien direct et unique entre le suicide d’Emmanuelle et ses conditions de travail », a estimé la déléguée CGT.

« Le risque psycho-social est bien réel »

Un communiqué syndical commun ajoute que « cette reconnaissance d’accident apporte une réponse au compagnon et aux enfants d’Emmanuelle, soulage les équipes et démontre que le risque psycho-social est bien réel à l’hôpital ».

Afin de prévenir « un nouveau drame », les syndicats ont demandé l’intervention d’un prestataire extérieur « pour aider l’équipe à reconstruire son projet médico-soignant ». Selon Mme Goussin-Mauger, Emmanuelle Lebrun « avait toujours dit qu’elle redoutait de travailler en réanimation », ce qu’elle était contrainte de faire parfois pour les nécessités du service.

Pendant son temps de travail en réanimation, un bébé a été proche de mourir. « Elle a cru, à tort, avoir commis une faute professionnelle et ne s’en est pas remise. » « Malheureusement, ce qu’elle n’a jamais su, c’est que la petite fille s’en est sortie, juste après son suicide », a raconté, émue, la déléguée CGT.

Le décès de Mme Lebrun avait fait partie d’une vague de suicides l’été dernier, dans le personnel infirmier en France, notamment à Toulouse, à Saint-Calais, près du Mans, et à Reims.

Via le site lemonde.fr

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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ven., 03/02/2017

« Futur médecin, je partage la colère de l’interne de l’AP-HP »

Dorian Cessa, étudiant en cinquième année de médecine à Nancy, raconte combien la dénonciation du manque de lits dans les hôpitaux portée par Sabrina Ali Benali, fait écho à sa vie d’externe, et regrette la polémique sur l’appartenance de cette interne à l’AP-HP.

« Personne ou presque ne parle plus de l’« état de santé » des hôpitaux publics. Pourtant, la situation que Sabrina Ali Benali – devenue en quelques jours l’interne la plus célèbre de France – a dénoncée, le 11 janvier, dans une vidéo vue 11 millions de fois sur Facebook, fait particulièrement écho à la vie de tous les jours dans les couloirs de nos services : de l’absence de lits disponibles au manque de temps à passer au chevet de nos patients, tout fait sens. Plus que cette question que beaucoup ont semblé considérer comme cruciale : Sabrina Ali Benali est-elle bien interne à l’assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), ou non ?

Il y a à peine trois semaines, lors d’un stage en tant qu’externe au sein des urgences pédiatriques d’un hôpital public de Lorraine, un garçon de 14 ans est amené par sa mère pour un syndrome dépressif majeur caractérisé, doublé d’une addiction aux jeux vidéos. Comment oublier sa détresse et ses pleurs lorsque, à peine trente secondes après avoir commencé à lui parler seul à seul, il fond en larmes ? Impossible alors de ne pas trouver écho dans les propos de Sabrina Ali Benali lorsque la seule solution que nous avons trouvée a été de lui faire passer la nuit dans le brouhaha continu des urgences.

Des individus qui continuent de souffrir et d’attendre

Plus de place en pédiatrie. Aucun service de pédopsychiatrie ou de pédiatrie dans les environs ne peut l’accueillir. Alors, nous nous consolons presque en se disant que dans ce même hôpital, du côté des urgences adultes, il y a eu un pic avec plus de douze heures d’attente la semaine dernière. Des urgences saturées, dépassées, et des individus qui continuent de souffrir et d’attendre des soins dans une salle d’attente bondée.

Comment ne pas se souvenir des propos d’un de mes anciens chefs de service s’adressant à ses internes : « Vous voyez cette patiente qui vient d’un autre hôpital pour se faire sonder, il aurait fallu l’admettre chez nous et lui réserver un lit. Sinon, on perd beaucoup d’argent pour le service. » Peu importe qu’elle vienne d’un hôpital situé à seulement deux minutes à pied. Peu importe que le sondage ne dure qu’une demi-heure au maximum. Peu importe le confort de cette patiente atteinte d’un cancer, qui, si nous l’avions écouté, aurait été obligée de changer d’hôpital pour une seule nuit.

Absurde, certainement. Illogique ? Pas quand on connaît le mode de financement des hôpitaux français. Rentabilité, on vous dit. Ce chef de service craint simplement pour le budget de son service et pour son nombre de lits. Il joue selon les règles du jeu. Celles de la « T2A » (la «tarification à l’acte»), qui fait que les moyens financiers des hôpitaux dépendent du volume et du type d’actes réalisés.

Alors, les mots de Sabrina Ali Benali résonnent en chacun de nous, soignants. Le problème n’est pas tant qu’elle soit dans un hôpital de l’AP-HP ou dans un autre. Ce qu’elle décrit, ce qu’elle vit, nous le partageons presque tous en France. Les cernes et l’épuisement des soignants en sont la preuve.

Lire la suite sur le site du Monde Campus

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mer., 18/01/2017

Le fiasco du réaménagement des 35 heures à l’AP-HP se confirme

Passée en force avec le soutien de la CFDT, la réforme du temps de travail entre progressivement en application dans les services depuis début septembre. Les méfaits de cette réorganisation, dénoncée par une majorité de personnels, sont en train de se vérifier.

Le 1er avril dernier, Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), signait l’arrêté fixant les nouvelles organisations de travail au sein de l’institution. Pour la direction, cette réforme « a pour objectifs de maintenir l’emploi au service des malades, d’améliorer la qualité de vie au travail et d’adapter les organisations aux besoins des patients et aux nouveaux modes de prise en charge ». Depuis le 1er septembre, la généralisation de la grande équipe, qui se définit par « l’alternance programmée des horaires continus de matin et d’après-midi », dans un « souci d’équité entre les personnels », se met en place progressivement dans les établissements, avec suppression de jours de congé à la clé. Cette « réorganisation », loin d’améliorer les conditions de travail, la qualité des soins et de concilier vie professionnelle et vie personnelle, crée au contraire des « traumatismes » dans les services, constatent les organisations syndicales Usap-CGT, FO, Unsa et CFE-CGC, qui se sont mobilisées hier, jour du conseil de surveillance de l’AP-HP.

Une méthodologie qui n’améliore pas les conditions de travail

« L’organisation du travail à l’AP-HP est tellement disparate que tous les établissements ne sont pas frappés de la même façon », constate Olivier Cammas, de l’Usap-CGT, notant cependant que les services de gériatrie sont particulièrement déstabilisés. C’est le cas de l’hôpital Joffre-Dupuytren de Draveil (Essonne). « Avant, on avait des équipes fixes, du matin ou de l’après-midi. Désormais, un agent est censé être 15 jours du matin puis 15 jours de l’après-midi, explique Jean-Marc Allouche, secrétaire du syndicat CGT de l’établissement. Du coup, des gens se retrouvent en grosse difficulté, car ils ne peuvent plus conjuguer vie privée et vie professionnelle?; beaucoup ont des difficultés de garde d’enfants… Et en cassant les équipes fixes, les patients, âgés, perdent leurs repères. Cette méthodologie ne va pas améliorer les conditions de travail ni la qualité des soins. »

Lire la suite sur le site de l’Humanité

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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lun., 09/01/2017

Directeurs et directrices d’hôpital. Mieux connaître ces hommes et femmes au service de la santé

Durcir au lieu de transformer

Florent Pennuen a été consultant, spécialiste des questions dialogue social et de conditions de travail. Pendant 15 ans, il a aidé des manageurs et des organisations à mieux comprendre et gérer la transformation des organisations publiques. A ce titre, il est souvent intervenu auprès de directeurs d’hôpital. Il nous livre un regard sans concession sur le contexte hospitalier dans lequel le directeur d’hôpital tente d’exister.

Pouvez-vous nous décrire la nature des relations que vous aviez dans votre ancien métier de consultant avec des DH ?

J’intervenais en général lorsqu’une situation était bloquée, que des équipes ne parvenaient plus à travailler et avancer ensemble. Parfois, le collectif a besoin d’un tiers extérieur pour reprendre son mouvement.

Réaliser un marathon dans le temps d’un 100 mètres

Ce sont généralement des directeurs d’hôpital qui font alors appel aux consultants. Mais parfois, il y a une commande politique qui complique grandement les choses. C’est typiquement le cas des consultants envoyés par l’ANAP entre 2007 et 2012. Le client du consultant n’est plus l’hôpital lui-même mais un tiers, le financeur, ce qui modifie (pervertit) le rapport entre le directeur et celui payé à venir l’aider. Un autre jeu d’acteurs, donc, mais qui me fait bien connaître les directeurs.

Beaucoup critiquent d’ailleurs le recours aux consultants : inadaptés, inutiles, trop chers. J’aurais tendance à proposer une lecture un peu différente, en regardant le recours massif ces dernières années aux consultants – bien souvent déclenchés par des autorités extérieures – comme un effet collatéral d’une accélération vertigineuse de l’environnement de la sphère publique. Le temps de la transformation s’y est excessivement resserré sous l’effet de plusieurs réformes majeures (RGPP, T2A…), dont n’ont été mesurées ni la portée ni la limite et dont personne n’a conçu le « débrayage ».

Les échéances fixées consistent désormais bien souvent à réaliser un marathon dans le temps d’un 100 mètres.

A l’hôpital, il s’agit de faire comme s’il était possible de balayer d’un revers de main des systèmes organisationnels patiemment construits, systèmes qui, bien qu’effectivement sclérosés, étaient acceptés par le quatuor d’acteurs (la direction générale, les médecins, les organisations syndicales, le pouvoir politique) au mépris parfois de quelques règles de bases tant de management que de gestion publique.

Faire fi du pacte social et d’organisations du travail addictives

Tant de compromis sociaux, de règles écrites et non écrites, avaient été définis en privilégiant les intérêts de quelques acteurs bien plus que du système, le tout fallacieusement présenté comme défendant l’intérêt général dont le sens même s’était éloigné depuis bien longtemps.
Je pense à ce grand hôpital public où le fonctionnement des blocs opératoires associait une sous-utilisation massive des équipements en même temps qu’une organisation du temps et du travail (para et médical) mixant paiement majoré d’heures supplémentaires et absences pour récupération.

Sans dédouaner les acteurs de leurs responsabilités de ces situations explosives, elles ne sont pas le propre du secteur hospitalier puisqu’elles prennent racine dans les jeux d’acteurs présents dans toute organisation.

Les organisations publiques territoriales connaissent elles-aussi ce type de compromis bien délicat à dénouer, avec par exemple le principe du « fini-parti » dans le milieu de la collecte des déchets : chaque équipe d’éboueurs a en charge un quartier et peut quitter le travail quand le quartier est terminé, même trop vite (et mal) fait. Chacun s’est arrangé pendant des décennies d’une telle organisation, où des hommes travaillent 20h payées 35 et déclenchent des heures supplémentaires à compter de la 21e heure. Un compromis qui permet aux politiques de gérer la paix sociale, au directeur général des services de présenter un fonctionnement prétendument moderne, centré sur les résultats, aux organisations syndicales d’être fortes auprès de leurs troupes et aux agents d’obtenir une réparation substantielle en raison de conditions de travail dures.

Durant des décennies de telles situations proposées par les décideurs (politiques et DRH) et acceptées par le corps social (agents et organisations syndicales) ont perduré. Voire résistent encore tant le corps social dans son ensemble s’est imprégné d’attitudes addictives complexes à transformer. Car sortir de la caverne fait mal et induit de détricoter tout un système relationnel.

Durcir et standardiser plutôt que transformer

Et là sous l’effet de démarches successives de « plans de retours à l’équilibre » et de « contrats de performance », il faudrait, en urgence absolue, infléchir radicalement la manière dont le pacte social et le système organisationnel ont été construits à l’Hôpital, sans prendre le temps de déconstruire et comprendre ce qui a été fait avec le temps.

Comme c’est évidemment impossible, illusoire même, les décideurs ont progressivement introduit des cohortes de consultants bardés d’outils, grilles d’analyse, ratios comparatifs, dans la croyance que le salut ne pouvait venir que d’une standardisation, faisant fi de la connaissance des acteurs et de leurs propres capacités à transformer l’organisation. Comme si tout d’un coup nous avions oublié que la clé d’une transformation n’est pas dans le durcissement des conditions et leur tension vers des ratios omnipotents que de prendre langue avec les acteurs pour poser un autre cadre propice à l’acceptabilité et la faisabilité de ces transformations, dans un cadre temporel respectueux des enjeux financiers mais aussi du couple « soignants/malades ».

Lire la suite sur le blog directeurdhopital.com

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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jeu., 08/12/2016

[VIDEO] Burn-out CHU de Toulouse

Pressions managériales, luttes de pouvoir, rivalités exacerbées, solidarités défaites, voila autant d’ingrédients qui poussent au burn-out et qui n’épargnent aucun milieu ni aucune fonction…

Le document s’ouvre sur une interview de Christophe Dejours ; on entre directement dans le vif du sujet. Extraits :

Comme les gens sont entrés dans le service public, [c’était] non seulement pour des valeurs de justice, d’équité entre les différentes personnes, mais également avec de très fortes motivations sur la qualité d’un travail à accomplir, d’un service à rendre… Aujourd’hui, quand vous essayez de travailler bien, y compris à l’hôpital, on dit aux médecins, aux infirmiers,  : « c’est de la sur-qualité. Vous faites de la sur-qualité. Le public, les malades n’ont pas besoin de ça ». Vous avez une direction d’hôpital, une direction du service public qui intervient directement dans la question du soin, alors qu’ils n’ont aucune compétence en matière de soins, aucune compétence pour juger de ce dont une famille a besoin, de ce dont les gens ont besoin en terme de psychiatrie, en terme d’accompagnement, en terme de travail social… On casse les pratiques professionnelles…

La suite : une enquête poignante sur Élisabeth, victime de harcèlement au CHU de Toulouse, et qui a osé se battre !

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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dim., 20/11/2016

[LIVRE] Le management stratégique des cadres hospitaliers en mutation.

Les établissements publics hospitaliers Français sont engagés, depuis 15 ans, dans de profondes mutations et restructurations relatives à leurs modes d’organisation et de fonctionnement.

Cette situation est liée, en particulier, à un contexte politique de fortes rationalisations des activités médico-économiques, avec l’objectif de réduire le déficit structurel des dépenses de santé.

Le management stratégique des cadres hospitaliers en mutationLes responsables médicaux, administratifs et soignants, issus des filières hiérarchiques des directions hospitalières sont au devant de la scène pour participer à la mise en œuvre des réformes, sur ces nouveaux modes de management des services de santé.

L’encadrement intermédiaire, issu de la filière soignante, se retrouve engagé dans de nouvelles responsabilités managériales : quels sont les enjeux stratégiques qu’ils doivent mobiliser ? Cet ouvrage à pour ambition de fournir une analyse sociologique des stratégies mobilisées par l’encadrement intermédiaire pour s’adapter aux enjeux de transformation des organisations actuelles…. Un défis pour l’avenir !!!

L’auteur :

Jean-Luc STANISLAS est clinicien en santé mentale depuis 25 ans et expert manager en milieu hospitalier depuis plus de 15 ans.
Diplômé de l’Université Paris Dauphine en « Économie, Gestion et Management des Établissements de Santé », Il est consultant en leadership et anime des formations auprès des cadres et managers dans les hôpitaux.

Le management stratégique des cadres hospitaliers en mutation, de Jean-Luc Stanislas, Éditions universitaires européennes, 112 pages, 2016.
ISBN-13: 978-3-639-50219-0

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mar., 27/09/2016

Les mauvaises manières des maisons de retraite

Plusieurs salariés dénoncent leurs conditions de travail dans les maisons de retraite médicalisées, publiques ou privées, un manque de moyens chronique et une vraie désinvolture des directions vis-à-vis des alertes lancées tant par le personnel que par les résidents. Mediapart a enquêté sur plusieurs établissements, qui donnent à voir un tableau éprouvant de la fin de vie en France.

Début juillet, les familles des résidents de la maison de retraite médicalisée du Val de Brion à Langon ont reçu une lettre très étonnante. Dans un courrier d’une quinzaine de lignes (voir ci-dessous), le directeur de l’établissement les informe qu’« étant donné le déficit budgétaire » dont souffrirait l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), certains soins aux personnes âgées seront réduits. « Certains jours où le personnel sera moins nombreux, les résidents les plus dépendants ne seront pas levés systématiquement et certains, levés au fauteuil, seront laissés en tenue de nuit. » Plus loin, le directeur prend soin de préciser qu’« en cas de difficulté, les temps de toilette seront écourtés ».
maison de retraite médicalisée du Val de Brion à Langon

Ne pas lever de leur lit des personnes âgées, ne pas les habiller, réduire la toilette, voire sacrifier l’entretien des locaux faute de personnel… Comment un EHPAD public, sous la tutelle du centre hospitalier Sud-Gironde, en arrive-t-il à admettre qu’il ne tiendra pas son service minimum, faute de moyens ? « Ce courrier avait été pensé comme préventif, début juillet, pour certains week-ends de l’été en cas d’absentéisme imprévu, et il a sans doute été mal compris », temporise Raphaël Bouchard, directeur de l’hôpital. L’EHPAD du Val de Brion aurait été, en quelque sorte, victime de ses velléités de transparence. « Il est utilisé maintenant par certains comme un moyen de communication, c’est le jeu, c’est normal. Mais pour moi, c’est une simple maladresse de communication et on s’est rendu compte que c’était idiot. » Le directeur de l’hôpital Sud-Gironde assure également qu’un CDD supplémentaire a été recruté en juillet, et trois en août, pour faire face « aux fortes chaleurs », et que, budgétairement, l’établissement « pouvait faire face ». « Nous avons un ratio d’effectif à 0,6, 0,8 équivalent temps plein par lit. On est un peu au-dessus de la moyenne, donc ça se passe plutôt très bien pour nous. »

L’Agence régionale de santé (ARS), qui finance l’enveloppe « santé » des EHPAD, semble avoir pourtant fort peu goûté d’avoir été ainsi associée à une annonce de réduction potentielle des soins minimaux dus aux personnes âgées dépendantes. D’après nos informations, fin juillet, elle a même rappelé à l’ordre par courrier la direction de l’hôpital, arguant qu’en aucun cas le déficit budgétaire d’un établissement ne pouvait justifier une moins bonne prise en charge des résidents. Interrogée sur ces échanges, l’ARS confirme qu’elle a enjoint à l’établissement « de mettre fin sans délai à ces mesures réductrices, inégalitaires et sans respect de la dignité des personnes et d’engager les mesures correctives nécessaires ». Sur l’état même des soins au sein de l’EHPAD, l’ARS rappelle qu’aucun signalement n’a été constaté entre 2013 et 2015. Au titre de 2016, une « plainte a été déposée en juin faisant état de négligence ».

La CGT santé locale n’en démord pas. Ce courrier de l’été signe un véritable « plan de maltraitance ». Et face aux rétractations de la direction, elle crie au « rétropédalage ». « D’une certaine manière, ce courrier est une aubaine pour nous car les faits qui sont décrits dans cette lettre sont très courants, que ce soit dans les établissements publics ou privés, estime Hélène Michault, infirmière et syndicaliste au sein de la CGT santé de Gironde. Seulement, il s’agit de consignes orales, jamais écrites. Là, on a la preuve de ce que l’on avance depuis des années, à savoir que les personnes âgées ne sont pas correctement traitées dans les maisons de retraite. » Mediapart a enquêté sur plusieurs établissements, publics comme privés, qui dysfonctionnent de la sorte, avec, en bout de chaîne, des résidents que l’on néglige. Souvent par manque de temps, de personnel, et parfois également par colère ou lassitude. De tels manquements peuvent avoir des conséquences relativement bénignes, comme des chambres mal nettoyées ou une robe de chambre jamais lavée. Ils peuvent conduire également à ce que des résidents soient hospitalisés, faute d’avoir été correctement soignés sur leur dernier lieu de vie.

Lire la suite, notamment sur l’EHPAD de La Bastide du moulin, sur les hauteurs de Cannes, sur le site de Médiapart

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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