sam., 09/12/2017

[LIVRE] Clinique du travail et évolutions du droit

Comment, par ses investigations, le clinicien peut-il éclairer la démarche du juriste ? Comment le droit peut-il conforter l’action de la clinique du travail en faveur de l’émancipation du sujet ?

Dans le cadre d’un séminaire interdisciplinaire inédit, des cliniciens du travail, des juristes, des avocats, des magistrats, des sociologues, des philosophes et des économistes ont réfléchi collectivement aux évolutions qui ont accompagné les transformations du travail et des organisations du travail depuis les trois dernières décennies. Cet ouvrage met en lumière les multiples enjeux théoriques et pratiques qui ont été au cœur des discussions collectives de cette recherche. De la centralité anthropologique du travail à l’office du juge, de l’enquête à l’action judiciaire, de la réparation à la prévention, les auteurs de ce livre ont cherché à articuler les savoirs et expériences en vue de promouvoir une forme de justice sociale qui se fonde à partir du travail humain.

 

Sommaire

Clinique du travail et évolutions du droitINTRODUCTION, par Nicolas Chaignot Delage

PREMIÈRE PARTIE : Centralité anthropologique du travail, droit de la protection de la santé au travail et transformations de l’économie

  • Chapitre I – Clinique du travail et évolution du droit, par Christophe Dejours
  • Chapitre II – Pratique du juge et interprétation des normes : Regards historique et contemporain sur la construction du droit de la santé au travail, par Pierre-Yves Verkindt
  • Chapitre III – Transformations de l’économie et métamorphoses de travail : quels enjeux pour la clinique et le droit ?, par Christian du Tertre

DEUXIÈME PARTIE : Suicides au travail, harcèlement moral, surcharge de travail et obligation de sécurité à la charge de l’employeur

  • Chapitre IV – Étude de cas : Affaire Madame S. et expertise judiciaire, par Christophe Dejours
  • Chapitre V – L’obligation de sécurité : construction, réception et portée, par Loïc Lerouge
  • Chapitre VI –
    • A. Regards croisés sur la construction de l’obligation de sécurité de l’employeur en matière de santé à l’épreuve des suicides au travail : Retour sur le cas Technocentre Renault, par Marie-Ange Moreau et Rachel Saada
    • B. Le médecin du travail, la clinique du travail et l’évolution du droit, par Lina Barouhiel

TROISIÈME PARTIE : De l’enquête en psychodynamique du travail à l’action judiciaire : quelle articulation du rôle des acteurs pour la justice sociale ?

  • Chapitre VII – De l’analyse psychodynamique du travail à sa prise en compte par le droit : Approches croisées du rôle des acteurs dans la préservation de la santé des travailleurs, par Valérie Ganem et Emmanuelle Lafuma
  • Chapitre VIII – À propos de l’office du juge sur la question du rapport entre travail et santé mentale, par Hervé Gosselin
  • Chapitre IX – Interprétation des faits et exercice des droits garantis par la législation du travail : quelques réflexions sur le droit de la preuve et sur la causalité, par Hélène Tessier

QUATRIÈME PARTIE : De la réparation à la prévention, de l’individu à l’organisation du travail : les progrès du droit face à sa déréglementation politique

  • Chapitre X
    • A. Regards sur des évolutions du droit, par Jean-Pierre Laborde
    • B. De la subordination du corps physique à l’émancipation de la personne humaine : l’avenir du droit du travail ?, par Nicolas Chaignot Delage
  • Chapitre XI
    • A. Reconnaître et réparer les troubles psychosociaux : un défi juridique à l’épreuve du réel, par Aurélie Bruère
    • B. À propos des enjeux subjectifs de la réparation, par Isabelle Gernet
  • Chapitre XII
    • A. Droit du travail et nouvelles normativités : réflexions à partir de l’École de Bruxelles, par Benoît Kanabus
    • B. À propos d’organisations du travail et d’évolutions du droit du travail, par Michel Miné VARIA – Travail et corpspropriation de Michel Henry à Christophe Dejours, par Benoit Kanabus

CONCLUSION, par Nicolas Chaignot Delage

Clinique du travail et évolutions du droit, sous la direction de Nicolas Chaignot Delage, Christophe Dejours, Paris, PUF, 2017, 612 pages

  • Nicolas Chaignot Delage est chercheur en philosophie et en sociologie, docteur en sciences politiques et sociales de l’Institut universitaire européen de Florence. Sa thèse, Esclavages et modernités : la servitude volontaire comme problématique du capitalisme contemporain, a reçu le prix Le Monde de la recherche universitaire et a été publiée aux Presses Universitaires de France en 2012.
  • Christophe Dejours est psychiatre et psychanalyste, professeur titulaire de la chaire Psychanalyse-santé-travail au Conservatoire national des arts et métiers, directeur de recherche à l’université Paris Descartes.

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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ven., 24/11/2017

[Livre] « Syndicalisme et santé au travail »

À l’heure où se multiplient les témoignages de salariés en souffrance et s’accumulent les études faisant état d’une dégradation des conditions de travail, les organisations syndicales sont plus que jamais attendues sur le terrain de la prévention des risques professionnels.

Comment s’emparent-elles de ce sujet, longtemps resté dans l’ombre des revendications sur l’emploi et la rémunération ? Dans quelle mesure parviennent-elles à s’extraire des raisonnements hygiénistes et individualisants qui rendent les salariés responsables des maux dont ils souffrent ? En quoi sont-elles amenées à renouveler leurs pratiques ou, au contraire, à réinvestir des questions déjà posées dans les années 60-70, au moment où certaines d’entre elles critiquaient le taylorisme, militaient pour le droit d’expression des salariés et luttaient contre les cadences infernales ? En somme, quelles revendications portent-elles aujourd’hui sur le travail, son organisation et ses finalités ?

Cet ouvrage réunit des contributions d’universitaires, de syndicalistes et d’experts CHSCT traitant de ces questions. Il s’adresse aussi bien aux chercheurs en sciences sociales qu’aux acteurs de la prévention des risques professionnels – syndicalistes, formateurs, ergonomes, médecins, inspecteurs du travail, etc. – souhaitant s’emparer de cette thématique pour redynamiser le conflit social et penser de nouvelles voies d’émancipation des travailleurs.

Lucie Goussard et Guillaume Tiffon sont sociologues, maîtres de conférence à l’université d’Évry-Paris-Saclay et chercheurs au Centre Pierre Naville.

Avec les contributions de : Yves Baunay, Éric Beynel, Paul Bouffartigue, Emilie Counil, Jean-Pierre Durand, Sabine Fortino, Tony Fraquelli, Stéphanie Gallioz, Lucie Goussard, Sonia Granaux, Emmanuel Henry, Danièle Linhart, Marc Loriol, Emmanuel Martin, Christophe Massot, Arnaud Mias, Jean-François Naton, Nicolas Spire, Tessa Tcham, Annie Thébaud Mony, Laurence Théry, Guillaume Tiffon, Laurent Vogel.

Syndicalisme et santé au travail, sous la direction de Lucie Goussard, Guillaume Tiffon, Éditions Du Croquant – 2017 – 15 €.

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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lun., 06/11/2017

«Je suis une usine» et «Remplacer l’humain», ou le perfectionnement de l’esclavage

Deux livres publiés à quelques mois d’intervalle, que je lis en même temps. L’un d’eux fut écrit il y a plus de quarante ans, manuscrit abandonné, oublié au fond d’un tiroir, comme on dit, l’autre est l’essai récent d’un penseur critique américain du numérique, l’auteur de «Internet rend-il bête» ?

« La menace a prise sur les hommes.
La peur des hommes fait tourner les machines 1

Deux livres publiés à quelques mois d’intervalle, que je lis en même temps. L’un d’eux fut écrit il y a plus de quarante ans, manuscrit abandonné, oublié au fond d’un tiroir, comme on dit, l’autre est l’essai récent d’un penseur critique américain du numérique, l’auteur de Internet rend-il bête ?

Yves Le Manach publiait en 1973 Bye bye turbin aux éditions Champ libre, il fleurait le grincement de dents avisé et bientôt l’humeur situationniste. Sud aviation, où il travaillait, fut un haut lieu de la dissidence ouvrière de ces années-là. En cette même période, sur son temps volé à la boîte, il écrivait les pages de Je suis une usine, exhumé aujourd’hui par les éditions Lunatique.
C’est l’usine qui parle, elle a plusieurs voix, une usine comme on aurait pu penser qu’il n’en existerait plus quelques décennies après, or ce n’est pas tout à fait vrai, la preuve, ce texte n’a pas pris une ride, il est étonnamment actuel, ne serait-ce que parce qu’il est écrit dans une langue encore accrocheuse d’idées et de rage, une langue d’avant la novlangue lénifiante et terrible d’un XXIe siècle qui cherche vainement son souffle à travers les vertus managériales ou les abcès du big data.

Est-ce toujours, au demeurant, ce monde de la production de biens et de flux, une histoire de virilité qui s’expriment, camouflée en robotisation ? On peut se le demander. Comme le note Yves Le Manach, selon son expérience, « il n’y a pas de femmes chez les paras. Dans les usines non plus. »

Un besoin de vivre pourtant, en dépit de la contrainte. De rêver. De désirer.

« Il est si fort l’ennui, il est si pesant, que même le désir, le besoin, l’éjaculation ne parviennent à le faire oublier. On n’échappe pas à cet ennui-là, même en allant se masturber (2). »

Et l’usine fourmille d’ouvriers qui finalement ne rêvent, même si c’est inavouable, que de devenir chômeur pour avoir le temps de vivre, d’être objectivement inutile. De ne plus se sentir le surveillant de son propre salariat.

« Ceux qui ne connaissent des machines que la perceuse Black & Decker du bricoleur, le clitoris de leur voiture de sport, le moulin à café et le rasoir électrique, ceux qui ne connaissent que les instruments ménagers qui transforment leur épouse en coléoptère bourdonnant et en technicienne d’intérieur, ceux enfin qui ne connaissent de la technologie que le bras de leur chaîne hi-fi, les boutons du flipper ou les touches juke-box, ne peuvent peut-être pas comprendre ma haine pour les machines.

Je ne suis qu’un complément vulgaire de cette machine qui m’a annexé. Je ne suis que son prolongement humain et servile. J’ai envie de pisser !

Je suis seul avec la machine, il n’y a pas de chefs derrière moi. Rien que la machine. Pourtant, je ne peux m’arrêter. Si je m’arrête, cela se verra sur le papier de l’enregistreur. La machine m’espionne, me surveille avec tous ses instruments braqués sur moi. Il faudrait que je puisse me lever pour aller pisser. Il faudrait au moins que je puisse allumer une cigarette. Je ne suis plus seulement l’esclave des rapports sociaux, je suis l’esclave direct de la technique (3). »

Il est si fort, l’ennui, que croire en des changements est au-dessus des forces des ouvriers soumis à leur destin, quelle que soit la chanson inventée par les fils de bourgeois en lutte. Il ne reste que l’observation méticuleuse de sa propre servitude, et surtout l’imaginaire pour vaincre la soumission. C’est un texte sombre et gris que ce journal qui, sous des dehors excentriques, n’est en rien inventé ; un journal intérieur autant qu’un descriptif de la condition prolétaire.

« Nous sommes impuissants à lutter contre les machines qui travaillent à notre place et qui silencieusement nous empoisonnent. Tous ces mécanismes hideux, qui tendent leurs tentacules d’acier, de plastique et de béton à travers les sous-sols et le ciel de la ville, sont au service du pouvoir. Un pouvoir de moins en moins palpable, mais de plus en oppressant, un pouvoir auquel il est devenu impossible de donner un nom, de mettre un visage. Qui, le matin à l’aube, été comme hiver, appuie sur les boutons et pousse les manettes ? Qui dirige les métros aveugles ? Qui rassemble les informations et commande à la monstrueuse machine jusqu’au sommet des montagnes et au cœur des déserts ? Qui tire profit des bénéfices de la production ? (4) ».

* * *

Nicholas Carr, essayiste américain tire quatre décennies plus tard un bilan qui ne jure en rien sur les réflexions d’Yves Le Manach. Du temps que les machines était une extension des membres humains, la décision revenait encore en partie à la cervelle du travailleur, l’automatisation a mis a mal cette prérogative. À travers de nombreux exemple, l’auteur montre que l’autonomie des utilisateurs a diminué avec le perfectionnement des machines. Le pilotage automatique, dont l’invention remonte à 1912, est resté mécanique jusqu’à l’informatisation de ces appareillages – c’est en fait l’Airbus A320 qui inaugura ce type de dispositif, au grand dam des pilotes qui voyaient leur statut perdre en prestige mais surtout leur capacité à ressentir l’avion s’estomper. Des accidents récents entraînant des dizaines de victimes ont été le fait de mauvais réflexes des pilotes après une défaillance des sondes et des ordinateurs. Là où un pilote aguerri à l’ancienne aurait pu réagir normalement il a été montré, boîte noire à l’appui, que les pilotes desdits avions ont manœuvré « à l’aveugle ». Et comme l’écrivait le Der Spiegel dans un article de 2009 consacré à la sécurité aérienne : « les pilotes d’avions équipés de commandes de vol électronique sont constamment soumis à de nouveaux aléas qu’aucun ingénieur n’avait anticipés (5). »

Autre exemple, l’arrivée du GPS dans le nord du Canada, chez les Inuits, pour pratique qu’il a pu paraître, est la cause de nombreux drames. La capacité acquise par initiation ancestrale des autochtones à se déplacer dans ces régions si vastes et sans repères évidents, en fonction des vents, des formations neigeuses en constante évolution, et autres facteurs propres à ces contrées, ne se transmet plus comme avant. Dès qu’un appareil tombe en panne, ce qui n’est pas sans arriver, l’homme est perdu ; en l’occurrence, il se perd et meurt de froid.

Les scientifiques s’étant penché sur ces questions évoquent désormais un paradoxe de l’automatisation. « Bon nombre de chercheurs soulignent que les systèmes automatisés ont souvent tendance à entraîner la détérioration des conditions de travail, et non l’inverse (6). »

Lire la suite sur le site de Médiapart

————

1 : Yves Le Manach, Je suis une usine, éditions Lunatique, 2017, p. 56.
2 : Ibid., p. 152.
3 : Ibid., p. 52.
4 : Ibid., p. 50.
5 : Cité in Nicholas Carr, Remplacer l’humain, éditions L’Échappée, p. 161.
6 : Nicholas Carr, Remplacer l’humain, éditions L’Échappée, p.97.

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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dim., 29/10/2017

Le discours managérial et ses effets : une approche clinique

Par Ken Fukuhara, socio-anthropologue associé au Laboratoire de Changement Social et Politique de l’Université Paris Diderot.

L’ouvrage explore le discours managérial, c’est-à-dire l’ensemble des « pratiques discursives (écrites, orales et non verbales) […] adressées à des sujets [et qui] visent à les conduire dans les actions collectives » au travail. Pour l’auteur, l’enjeu consiste à mettre en lumière tant l’emprise que ce discours exerce que les processus de résistance pour y faire face. (…)

Article paru dans Gérer et comprendre, n° 129, sept. 2017, pp. 69-71

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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jeu., 26/10/2017

De l’élitisme à l’épuisement

Pour son enquête sur l’investissement et le surinvestissement dans les quatre grands cabinets d’audit et de conseil anglo-saxons, Sébastien Stenger s’est fait recruter comme stagiaire pendant trois mois dans un des Big Four.

Livre. Le 20 août 2013, Moritz Erhardt est retrouvé inanimé dans sa douche, foudroyé par une crise d’épilepsie après avoir passé trois nuits blanches au travail. Le décès du jeune Allemand de 21 ans, stagiaire chez Bank of America Merrill Lynch pour l’été, met en lumière les rythmes de travail dans les grandes banques d’affaires, le stress, le manque de sommeil, la pratique du magic roundabout : le salarié rentre chez lui en taxi tard dans la nuit, se douche, se change, puis reprend le même taxi pour repartir au travail.

A la suite du choc provoqué par ce décès, la banque propose aux stagiaires de terminer plus tôt leur travail. D’après le Financial Times, ceux-ci décident de travailler jusqu’au dernier jour, dans l’espoir de décrocher le poste très compétitif d’analyste à plein temps proposé à la moitié d’entre eux. Surprenant ? Pas vraiment. Malgré une vie privée quasi inexistante et une compétition harassante, ces métiers continuent d’attirer les jeunes diplômés. En 2014, la banque Morgan Stanley aurait reçu pas moins de 90 000 candidatures pour un stage d’été de summer analyst, pour 1 000 places proposées.

Les banques d’affaires représentent le paroxysme du rapport au travail de l’élite des affaires. Dans son ouvrage Au cœur des cabinets d’audit et de conseil, l’enseignant chercheur à l’ISG et à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne Sébastien Stenger enquête sur l’investissement et le surinvestissement dans les quatre grands cabinets d’audit et de conseil anglo-saxons surnommés les « Big Four » (Deloitte, EY, KPMG et PricewaterhouseCoopers). Les carrières y sont sélectives et compétitives, la culture encourage les salariés à repousser leurs limites.

« Des moments de vie indigènes, cocasses »

Mais, en dépit des horaires à rallonge, de la compétition et du stress, les Big Four restent très attractifs auprès des jeunes diplômés. Pourquoi ?

Lire la suite (pour abonnés) sur le site du Monde >>>

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lun., 02/10/2017

« Tako Tsubo »: le stress au travail peut littéralement vous briser le cœur.

Dans « Tako Tsubo, un chagrin de travail », la journaliste Danièle Laufer enquête sur cette étrange pathologie. Quand le stress au travail finit par user le cœur à bas bruit et provoquer un chagrin qui conduirait ses victimes aux urgences.

Des millions de personnes souffrent du stress dans le monde du travail. Comme Danièle Laufer, auteure du livre Le Tako Tsubo, un chagrin de travail, qui s’est retrouvée en soins intensifs de cardiologie, victime d’un Tako Tsubo (« piège à poulpe » en japonais).

En prenant comme point de départ une scène personnelle (un vif accrochage avec une collègue), cette journaliste spécialisée des questions de psychologie et de société mène l’enquête. On y découvre les contours d’une maladie aussi spectaculaire que méconnue, qualifiée de « syndrome du cœur brisé ».

Petites violences de la vie de bureau et de certains modes de management, absence de reconnaissance, perte de sens, conflits de valeurs, conditions de travail inadaptées, absurdité des procédures… Ces souffrances semblent difficiles à partager, tant le simple fait d’avoir un travail est considéré de nos jours comme un privilège.Le Tako Tsubo, un chagrin de travail

Qu’est-ce qui vous est arrivé ?

Danièle Laufer – J’ai passé neuf ans dans une rédaction dans laquelle j’ai passé mon temps à me battre. J’ai été reclassée, j’ai fait face à des gens qui ne comprenaient pas très bien ce que je faisais là, comme si j’étais une sorte d’outsider qui débarquait. Petit à petit, j’ai réussi à faire ma place. Je suis très impliquée dans ce que je fais, mon travail me tient à cœur. J’ai eu plusieurs coups de sang et un jour, une de mes collègues de bureau m’a hurlé dessus. Sur le moment, je n’ai pas compris ce qu’il s’était passé. J’étais à la fois pétrifiée et sidérée.

Cela s’est traduit par un “Tako Tsubo”. De quoi s’agit-il et quels en sont les symptômes ?

La journée de l’incident, dans l’après-midi, j’ai eu de la fièvre. Le lendemain, j’avais un déplacement prévu à Albi mais je n’étais pas au mieux de ma forme. La nuit, j’ai ressenti une douleur dans la poitrine et dans le bras gauche. J’ai d’abord minimisé, je ne me suis pas écoutée. J’ai fait ma conférence et je suis rentrée à Paris. Mais le soir-même, j’ai commencé à ressentir les symptômes d’un accident cardio-vasculaire (AVC). J’ai appelé les urgences mais ça allait mieux à leur arrivée, j’arrivais à parler de nouveau. Je leur ai raconté ce qu’il s’était passé la veille et ils m’ont conseillé d’aller à l’hôpital. On m’a diagnostiqué un infarctus.

Que vous dites-vous à ce moment-là ?

Que j’allais mourir. Une cardiologue est arrivée quelques heures après et m’a dit que ce n’était pas un infarctus, mais un Tako Tsubo. Je n’en avais jamais entendu parler ; ça se présente comme un infarctus sauf qu’il n’y a pas de caillot dans les artères. C’est le cœur qui se déforme, puis ça rentre dans l’ordre 48 heures après. Et on vous dit que c’est bon, vous pouvez rentrer chez vous, qu’il n’y a pas de traitement.

Peut-on dire qu’un Tako Tsubo est au cœur ce qu’un burn-out ou un bore-out est au cerveau ?

Un des cardiologues que j’ai interviewés pour le livre m’a confié que c’était comme un « burn-out cardiaque » en effet. Il y a un véritable largage d’hormones et le cœur se déforme pour résister à ce stress immense. On ne sait pas grand-chose de ce Tako Tsubo. Il est sûrement provoqué par le stress. On imagine qu’il est très largement sous-diagnostiqué car on ne l’a identifié que depuis les années 1990. D’après mon hypothèse, soit les gens en meurent mais on pose le diagnostic de crise cardiaque, soit ils repartent chez eux, et tout rendre dans l’ordre.

Lire la suite sur le site Lesinrocks.com

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mar., 26/09/2017

[Livre] Le burn-out pour les nuls

Toutes les stratégies efficaces à mettre en place pour prévenir ou se sortir d’un burn-­out

En France, près de 2 salariés sur 10 sont victimes du burn-­out, également appelé syndrome d’épuisement professionnel.

Ce phénomène de stress chronique au travail, dont les symptômes sont aussi variés que la démotivation, l’insomnie, l’isolement ou encore la baisse d’estime de soi, peut toucher n’importe qui et toute catégorie professionnelle.Le burn-out pour les nuls - Marie Pezé

Ce livre très complet analyse les raisons du burn-­out et les moyens de le surmonter. Il présente les différentes ressources (psychologiques, légales…) à votre disposition. Il s’adresse aux victimes, mais aussi aux accompagnants et aux acteurs du monde de l’entreprise.

Les nombreux témoignages proposés montrent comment le burn-­out survient et s’installe dans les situations les plus diverses, qu’il est multifactoriel et touche chacun d’entre nous.

Pourtant des solutions pour l’éviter ou en sortir existent.

L’auteure : Marie Pezé est docteur en psychologie, psychanalyste et ancien expert judiciaire auprès de la Cour d’Appel de Versailles. Elle a créé la première consultation « Souffrance et travail » en 1997 et coordonne aujourd’hui le réseau de 130 consultations

Parution en septembre 2017 – 22,95 € – Pour en savoir plus >>>

Le burn-out pour les nuls, de Marie Pezé

 

 

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lun., 11/09/2017

Le syndicalisme d’entreprise analysé au prisme de l’amiante

Responsable de la CFDT métallurgie de Normandie, Cécile Maire a conduit un travail de recherche sur l’histoire syndicale du combat contre les dangers de l’amiante dans l’industrie de Condé-sur-Noireau (Calvados). Elle en a tiré un livre passionnant sur le drame de l’amiante mais aussi sur le syndicalisme en entreprise, ses enjeux et ses risques.

Ingénieur, Cécile Maire a été déléguée syndicale chez NXP à Caen (ex Philips semi-conducteurs), entreprise dans laquelle elle a connu de multiples restructurations et qu’elle a quittée depuis pour devenir responsable régionale de la CFDT métallurgie de Normandie. C’est parce qu’elle voulait « approfondir la réflexion sur les actions syndicales et les controverses qui les accompagnent généralement » et se former sur le plan théorique avant d’embrasser une carrière syndicale comme permanente que cette jeune femme a mené en 2011 et 2012 une enquête de terrain sur l’histoire du combat mené par les syndicats, notamment CFDT et CGT, contre les dangers de l’amiante dans l’industrie de Condé-sur-Noireau (Calvados).

Ce travail a donné lieu à un mémoire dans le cadre d’un master à l’Institut des sciences sociales du travail (Université Paris 1), qui a été repris sous la forme d’un livre : « Vivre et mourir de l’amiante, une histoire syndicale en Normandie » (*). C’est un livre remarquable qui restitue sur la durée un combat syndical très dur, où la maladie et la mort sont omniprésentes, avec les figures qui ont incarné ce combat, dans un milieu rural plutôt habitué à la modération. On y lit des témoignages édifiants sur le déni des dangers de l’amiante.

Un des anciens délégués CGT raconte à l’auteur qu’il a soumis les radios des poumons d’un ami ouvrier à son propre médecin généraliste. Ce dernier a rapidement diagnostiqué dans la pseudo-pneumonie un grave mésothéliome. Ce cancer de la plèvre, dû à l’amiante, emportera l’ouvrier, âgé de 42 ans, quelques mois plus tard seulement. De quoi s’interroger sur la médecine du travail de l’époque. Une autre élue, CFDT, témoigne que son incapacité respiratoire (asbestose) reconnue en 1993 aurait dû l’être beaucoup plus tôt : selon le médecin de la sécurité sociale, sa maladie était déjà visible sur ses radios de 1991. Lorsque l’élue interroge le médecin du travail à ce sujet, ce dernier lui répond : « Mais Madame (..), on ne reconnaissait que les cas les plus importants d’asbestose, si on avait reconnu tout le monde, ça aurait mis l’entreprise en jeu ».

Mais ce livre fourmille aussi d’informations sur les positionnements et débats que ces luttes ont suscités : prévention, expertise, réparation, judiciarisation, etc. Cette enquête a été éprouvante, confie Cécile Maire, « car je me suis retrouvée face à des personnes souvent malades, et qui avaient vu disparaître une partie de leurs collègues et amis du fait de l’amiante ».

A l’heure où le gouvernement remet en question l’existence d’un CHSCT autonome mais aussi quatre des facteurs essentiels du compte pénibilité (notre article), « soit un retour en arrière puisque les salariés devront prouver qu’ils sont malades pour faire reconnaître leur exposition à la pénibilité » dénonce Cécile Maire, cette histoire récente montre qu’une politique de prévention des risques professionnels ne va pas de soi. Ni pour l’employeur, ni pour une partie des salariés car l’emploi a semblé longtemps prévaloir à Condé-sur-Noireau sur toute autre considération, fût-ce à coups de primes de risque. Dans les usines de cette petite ville du Calvados, les délégués du personnel, qui brisaient les balais afin que les ouvriers ne soient pas tentés de balayer la poussière d’amiante très dangereuse, se voyaient parfois incompris d’une partie du personnel, voire sanctionnés par la direction, avant que l’aspiration ne soit rendue obligatoire dans les années 80, une obligation pas toujours respectée d’ailleurs.

Ce livre est aussi captivant parce qu’il débouche sur une réflexion de l’auteur, elle-même engagée à la CFDT, sur les conditions d’une action syndicale efficace. Chaque registre (« écouter, fédérer, revendiquer, conquérir », etc.) que doit comporter l’action syndicale comporte ses propres risques, décrypte l’auteur dans deux tableaux éclairants que nous reproduisons en fin d’article.

Lire la suite sur le site de www.actuel-ce.fr

(*) Vivre et mourir de l’amiante, une histoire syndicale en Normandie, 2016, L’Harmattan, 238 pages, 25,50€.

 

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mer., 06/09/2017

[LIVRE ] Comment devient-on tortionnaire ? Psychologie des criminels contre l’humanité

On est d’abord submergé d’épouvante. Duch, chef du camp S-21 au Cambodge à l’époque des Khmers rouges, est responsable de la torture et de la mort dans des conditions atroces de plus de 13 000 personnes.

Et pourtant, il faut aller au-delà de la sidération pour comprendre ce qui s’est joué entre un individu ne souffrant d’aucune pathologie mentale et un régime responsable de la mort de deux millions de personnes sur une population totale de sept.

Psychologie des criminels contre l'humanitéC’est le travail auquel s’est livré Françoise Sironi, chargée de l’expertise psychologique de Duch au cours de son procès à Phnom Penh. Depuis vingt-cinq ans, elle soigne des patients victimes de tortures, de massacres, de déportations forcées, de crimes de masse. Mais il ne suffit pas de prendre en charge les victimes, il faut aussi comprendre la fabrication des bourreaux, « entrer dans leur tête ». Comment sont-ils devenus des êtres «désempathiques», déshumanisés, capables du pire ?

Pour cela, la psychologie doit se réinventer, se situer à l’intersection de la vie psychique et de la géopolitique. Les Khmers rouges avaient créé l’Angkar, une organisation mystérieuse que chacun devait servir et que l’on nourrissait de sacrifices humains. C’était un « système perpétuel », une théopathie sacrificielle s’épurant en permanence.

Pour déconstruire la mécanique d’un système à la fois psychique, politique et social, Françoise Sironi, grâce aux ressources de la psychologie géopolitique clinique, de l’ethnopsychiatrie et de la schizo-analyse, aux travaux d’Hannah Arendt, de Georges Devereux, Tobie Nathan ou Gilles Deleuze et Félix Guattari, nous donne de nouveaux outils non seulement pour comprendre comment l’impensable est arrivé, mais aussi comment déjouer les projets des futurs systèmes criminels susceptibles de nous menacer.

Françoise Sironi est psychologue, maître de conférences à l’université Paris-8 et expert auprès des tribunaux internationaux.

Comment devient-on tortionnaire ? Psychologie des criminels contre l’humanité, La Découverte, Collection : Sciences humaines, août 2017, 768 pages, ISBN : 9782707195074

Présentation de l’ouvrage et entretien avec Françoise Sironi sur France Culture :
Les Discussions du soir, avec Antoine Garapon, Jeudi 31 août 2017 :

 

 

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lun., 10/07/2017

Les mutations du travail multiplient les peurs

Le livre. Des chercheurs en management, des sociologues, des économistes et des ethno-anthropologues analysent le phénomène de la peur dans le monde du travail et son évolution.

Peur de perdre son emploi, peur de ne pas être à la hauteur, peur de la précarité, quel rôle joue la peur dans le monde du travail ? Dans l’ouvrage collectif Les peurs au travail, élaboré sous la direction d’Alain Max Guénette et de Sophie Le Garrec, des chercheurs en management, des sociologues, des économistes et des ethno-anthropologues ont analysé le phénomène et son évolution liée aux mutations du marché et de l’organisation du travail

Ils démontrent en quoi la fragmentation du travail, les processus d’individualisation, la banalisation de la précarité ou encore l’inversion de chaîne de production, ont créé de nouvelles instabilités génératrices de peur. « Dans une société où l’emploi est devenu à la fois instable et incertain, le déclassement est vécu comme une réalité possible activant certaines peurs », illustre ainsi la sociologue Sophie Le Garrec.

Changement de paradigme, la peur est désormais alimentée par la connaissance, qui nous dévoile un monde où la vulnérabilité est généralisée, estime Danilo Martucelli, professeur de sociologie à Paris Descartes. « On était entré dans une phase de régulation plus ou moins stable du capitalisme », qui a été bousculée.

Au nom de l’efficacité, les entreprises ont abandonné « – avec raison – l’imaginaire de la rationalisation propre à la modernité conquérante au profit – à tort – de l’imaginaire de la réactivité ». C’est ainsi que « nous sommes entrés dans une nouvelle ère de la peur », explique-t-il.

Comportements managériaux toxiques

L’ouvrage collectif décrit les mécanismes de peur au sein des organisations de travail, engendrés notamment par les comportements managériaux toxiques ; Il aborde la question du suicide au travail, et les dégâts causés par la peur sur la santé des salariés.

Les auteurs reviennent sur des phénomènes bien connus comme celui du bouc émissaire, et son rôle de catalyseur…

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Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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