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mer., 08/11/2017

Souffrance au travail : comment devenir une sentinelle de territoire

Les salariés doivent apprendre à protéger leur santé au travail, ainsi que celle de leurs collègues (article L4122-1 du code du travail). Ils doivent être à la fois avertis de leurs droits et de leurs devoirs vis à vis d’eux-mêmes et des autres. L’association DCTH «Souffrance et Travail» et les Cafés Théma sont sur le terrain pour les informer, car reconstruire une solidarité est une urgence !

À  l’heure où le salarié va perdre quelques acteurs essentiels pour protéger sa santé au travail (membres du CHSCT, visite chez le médecin du travail tous les 5 ans, plus de visite d’embauche, mais une simple information, moins d’inspecteurs du travail…), à l’heure où l’on  dénature ces véritables acteurs de la santé au travail en chief happiness et autres emballages softs et donc inefficaces, DCTH, association qui œuvre depuis 2010 pour la diffusion des connaissances sur le travail humain, par le biais du site www.souffrance-et-travail.com, a décidé d’aller sur le territoire à la rencontre des salariés pour continuer à transmettre ses connaissances et faire de celui que l’on appelle “la partie faible” dans le contrat de travail,  un salarié averti, une sentinelle de territoire.

Il y a 20 ans, naissait la première consultation “Souffrance et Travail”

La première consultation “Souffrance et Travail” est née au Centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre, en 1996, qui accueillait ceux qu’on appelait encore des clochards, pas encore des SDF, bref les naufragés de Patrick Declerck. Pour ces travailleurs qui avaient basculé hors du monde, il fallait une inventivité clinique sans relâche : Samu social, consultations de la précarité, consultations “Souffrance et Travail” ne pouvaient naître que là.

Dès cette époque, les patients accueillis dans cette consultation présentent des pathologies criantes, caricaturales, dans le département le plus riche de France, les Hauts-de-Seine (92) : travail sous contrainte de temps, harcèlement, emploi précaire, déqualification, chômage… semblent leur lot quotidien. Les récits sont les mêmes dans la bouche des accidentés du travail, des ouvrières atteintes de TMS (Troubles musculosquelettiques) et des cadres du quartier d’affaires de La Défense.

Des salariés… en apnée, la peur au ventre

Les patients présentent de spectaculaires tableaux de temps de guerre, les yeux hagards, en apnée, la peur au ventre. Ils évitent le quartier de leur entreprise ou bien ne sortent même plus. Car pour eux, dehors, tout fait sens, la couleur de cette voiture dans la rue est celle du N+1, ce parfum croisé sur le trottoir est celui de la collègue qui baisse les yeux quand ils sont humiliés en public, ce bruit métallique est celui qui résonne dans l’atelier quand le chef les insulte. Et l’angoisse alors surgit, incontrôlable ! La nuit, ils rêvent de couloirs où les épaules coincées, ils en sont rendus à attendre la boule blanche qui arrive de l’horizon et va les décapiter.

Que se passait-t-il dans le monde du travail ? Que leur faisait-on ?

Les pathologies présentées semblaient issues plutôt de violences collectives que de névroses personnelles, violences collectives qui dans les grandes entreprises de La Défense semblaient sacrément orchestrées.

Face au déni : bâtir un réseau !

Le parcours de cette première consultation a été solitaire, car personne dans la communauté scientifique ne partageait mon point de vue.

“Marie, vos patients harcelés sont de petits paranoïaques !”, me disaient mes correspondants psychiatres formés à traiter des structures. “Des salariés fragiles”, répondaient les employeurs formatés à trancher entre fort et faible.

Il fallut bâtir très vite un réseau et un groupe de réflexion pour tenir. Médecins, avocats, inspecteurs du travail, MIRTMO (médecin inspecteur régional du travail et de la main-d’œuvre), psychologues… pour construire la liste des techniques de management pathogènes, l’entretien spécifique à utiliser, le tableau clinique spécifique aux situations de harcèlement professionnel, la coopération médico-juridique, les ficelles médico-administratives, autant d’outils issus du travail de ce groupe.

Parce qu’on ne nous croyait pas, et que nous pressentions de plus graves violences à venir, nous avons ouvert nos consultations aux documentaristes. Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, de Sophie BRUNEAU et Marc Antoine ROUDIL, J’ai très mal au travail, de Jean-Michel CARRÉ, La Mise à mort du travail, de Jean-Robert VIALLET et Alice ODIOT, qui obtiendra le prix Albert Londres.

Défenestrations, immolations… “Mais c’est un chiffre normal de suicides !”

En 2006, les événements ont tragiquement donné raison à notre intuition de sentinelles de territoire. Il fallut atteindre un nombre de suicides incroyable, et de cadres, pour que l’on voie se multiplier les unes des journaux, se réunir plusieurs commissions parlementaires.

Les vagues de suicides de cadres sont plus ennuyeuses à expliquer. Les fidèles courroies de transmission, formées très tôt au sentiment d’appartenance à l’élite, semblaient être les championnes de la performance individuelle, du reporting, du benchmarking entre les salariés. Pourquoi craquaient-elles soudain jusqu’à se défenestrer ou s’immoler ? Nous avons vu ressortir les bonnes vieilles explications, les fonctionnaires qui ne veulent pas s’adapter au changement, la fragilité individuelle, les problèmes personnels… De savants calculs statistiques qui tentaient de dédramatiser le constat : “Mais c’est un chiffre normal de suicides !”

Nous connaissons le poids des stéréotypes qui irriguent la réflexion sur le travail dans ce pays. Ils ont la vie dure : le Français ne penserait qu’à ses congés, alors qu’il est 4e en productivité horaire au rang mondial ; le code du travail serait un obstacle au licenciement, alors que les milliers de patients reçus dans les 130 consultations “Souffrance et Travail” sont licenciés ; le salarié français devrait se contenter d’obéir aux procédures et tout irait mieux, alors que c’est parce que, chaque jour, des femmes et des hommes de ce pays rajoutent leur travail réel à la tache prescrite que les hôpitaux, les ateliers, les services tournent…

Un nombre croissant de consultations “Souffrance et Travail”

Pourtant, sous la masse des demandes, le nombre des consultations “Souffrance et Travail” n’a cessé de s’accroître. Le premier certificat de spécialisation en psychopathologie du travail est créé au CNAM en 2008 à la demande de Christophe DEJOURS pour former des cliniciens pointus.

Le site Souffrance et Travail (www.souffrance-et-travail.com) est créé en 2010 pour mettre en ligne des connaissances juridiques, psychologiques, ergonomiques, économiques sur le travail humain. Les 60 000 connexions mensuelles de plus de 45 minutes témoignent de la demande de terrain. C’est sur ce site que sont mises en ligne les 130 consultations “Souffrance et Travail”, puisque ni le ministère de la Santé, ni celui du Travail ne relayent leur existence pour faciliter l’accès au soin.

Heureusement, les réseaux sociaux peuvent de nos jours court-circuiter la défaillance des institutions, la cécité des instances.

Comprendre, surmonter et vaincre la peur

Il est sûrement tentant, défensivement ou stratégiquement, de tenir un discours plus léger, positif uniquement, de parler de qualité de vie au travail. D’opposer aux plaintes des salariés des questionnaires quantitatifs de tous ordres, de mettre en place des lignes d’écoute vertes ou bleues, du coaching, bientôt des tests génétiques, des mesures du taux de cortisol du salarié !

Mais il n’empêche, ce dont parlent les salariés qui viennent consulter, c’est de leur peur. La peur au travail a été si savamment distillée par les guides de management que nous en sommes, à tous les niveaux hiérarchiques, les courroies de transmission. Il règne dans ce pays une conviction managériale reposant sur la certitude qu’un salarié heureux risquerait de s’endormir et qu’il faut entretenir sa “précarité subjective”, l’empêcher de se stabiliser dans son travail, spatialement, géographiquement, émotionnellement, collectivement. L ’utilisation individualisée des entretiens d’évaluation, la désagrégation des collectifs, la masse grandissante des chômeurs, la vision des SDF y contribuent. L’invisibilité de cette peur sociale organise la société du consentement, de la capitulation, du mépris de soi et des autres. La peur organise l’adhésion à des mises au ban pour sauver sa peau, sa place.

Il faut pouvoir surmonter sa peur. Peur de ne pas y arriver, de perdre son travail.

Pour surmonter sa peur, il faut d’abord la comprendre : savoir de quoi on a peur, comment on nous fait peur, comment on construit la solitude au travail. La peur que nous éprouvons tous, à un moment ou à un autre, se nourrit de la solitude entretenue, de l’absence de la possibilité même de délibération autour du travail, sur la manière dont on se débrouille avec lui. Sur les entorses nécessaires aux procédures, aux normes. Sur les impasses, les échecs et les difficultés que nous rencontrons.

L’affaiblissement des acteurs en charge de la protection physique et mentale des salariés, la difficile reconnaissance des pathologies imputables au travail, l’utilisation à dose homéopathique des chiffres de l’enquête SUMER (Surveillance médicale des expositions des salariés aux risques), pourtant prédictifs, participent à la construction de l’ignorance sur les conditions de travail pathogènes et les pathologies spécifiques qui en découlent.

Le nouveau Plan Santé Travail 3 (PST3 2016-2020) opérait pourtant un renversement de perspective sur la santé au travail : alors que la culture de prévention demeure en France encore globalement en mode mineur, il fixait comme l’un des objectifs principaux, l’appropriation effective par tous les acteurs d’une culture de la prévention primaire

Mobiliser des sentinelles : les Cafés Citoyens “Santé et Travail”

Il nous est donc apparu évident que le maillon essentiel de résistance à mobiliser demeure le sujet qui travaille. Chacun de nous s’est-il vraiment saisi, à son niveau individuel, de la dégradation de son travail ? Sommes-nous quittes de nos petits silences quotidiens, de nos petites cécités, de nos têtes tournées ailleurs quand il faudrait regarder ? Sommes-nous indemnes de nos petits consentements? Pourquoi ne nous intéressons-nous à notre contrat de travail, à ce qu’est une convention collective, à nos droits et à nos devoirs qu’une fois enfoncés dans les difficultés, un conflit, une situation de harcèlement ?

Depuis le mois de septembre 2017, nous avons donc lancé des Cafés Citoyens “Santé et Travail” pour venir à votre rencontre tous les mois, vous transmettre nos savoir-faire et vous rappeler l’article L 4122 du Code du travail :

“…il incombe à chaque travailleur de prendre soin, en fonction de sa formation et selon ses possibilités, de sa santé et de sa sécurité ainsi que de celles des autres personnes concernées par ses actes ou ses omissions au travail.”

Être averti de ses droits et de ses devoirs, des acteurs de l’entreprise, de leurs rôles et missions, des acteurs externes, des lieux d’écoute, devenir soi-même une sentinelle de terrain solidaire du collègue assis au bureau d’à côté et qui ne parle plus à personne depuis des semaines, connaître les techniques pour l’aborder, savoir les démarches à accomplir, va devenir une absolue nécessité puisqu’on organise l’invisibilité des atteintes à la santé physique et mentale des travailleurs.

Nous espérons que ces rencontres de terrain vont vous donner les connaissances incontournables pour travailler, en 2018, les réflexes pour protéger votre santé et votre vitalité, l’envie de devenir une sentinelle de territoire, soucieuse de sa santé et de celle des autres.


L’agenda 2017 des Cafés Citoyens “Santé & Travail”

  • Mardi 18 septembre et lundi 9 octobre 2017 : Burn-out partout, burn-out nulle part. Avec Marie PEZÉ, psychologue.
  • Mercredi 11 octobre 2017 : Souffrance au travail : se défendre dans l’entreprise, présenter son dossier aux juges, comment faire ? Avec Rachel SAADA, avocate.
  • Jeudi 16 novembre 2017 : Harcèlement sexuel au travail : de quoi on parle ? Comment se défendre ? Avec Marilyn BALDECK (Association contre les violences faites aux femmes au travail) et Maude BECKERS, avocate.
  • Mercredi 6 décembre 2017 : Que dire sur le harcèlement moral en 2017 ? Avec Marie-France HIRIGOYEN, médecin psychiatre, psychanalyste, spécialiste du harcèlement moral. Elle est, entre autres, chargée de cours de victimologie à l’université Paris 5-René Descartes.

Pour 2018 :

  • Mardi 16 janvier 2018 : Le silence des hommes derrière le bruit des machines. Avec Jean AUROUX, ancien ministre du travail.
  • Mardi 13 février 2018 : Les sources de la souffrance au travail à l’heure de la révolution managériale. Avec Vincent de GAULEJAC, professeur émérite à l’université Paris 7-Denis Diderot, président du Réseau international de sociologie clinique (RISC).

En prévision :

  • Le burn-out des soignants (la souffrance dans le milieu hospitalier)
  • Le suicide au travail
  • Mentir au travail
  • Souffrir au travail n’est pas une fatalité
  • La fatigue au travail : de quoi parle-t-on vraiment ?
  • La souffrance au travail dans la Fonction publique : quelles particularités ?
  • La qualité de vie au travail, d’où ça vient ?
  • La comédie humaine dans le monde du travail
  • Les techniques de management pathogènes
  • La souffrance éthique des RH au travail
  • Les crimes industriels
  • Déconstruire la peur au travail
  • Devenir un salarié averti pour ne plus souffrir au travail
  • Souffrance au travail : la médiation comme accompagnement individuel et/ou moyen d’intervention dans l’entreprise.
  • Êtes-vous Corporate ? Rencontre avec le scénariste du film Corporate et Jean-Louis OSVATH, Président de l’association L611-10 – Inspecteur du travail et conseiller du film.

Informations pratiques :

  • Les Cafés Citoyens “Santé et Travail” se déroulent au café Le Balbuzard, 54 rue René Boulanger, 75010 Paris, métro République, de 20h à 21h30.
  • La participation est payante, au tarif de 10 €, à verser le soir de la conférence.
  • Inscription obligatoire en écrivant à cafe.sante.travail@gmail.com
  • Relations presse et organisation des Cafés Citoyens “Santé et Travail” : Céline Raux-Samaan celine.rauxsamaan@gmail.com et P. Sawicky.

 

Via le blog de Marie Pezé sur Mediapart

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mar., 26/09/2017

[Livre] Le burn-out pour les nuls

Toutes les stratégies efficaces à mettre en place pour prévenir ou se sortir d’un burn-­out

En France, près de 2 salariés sur 10 sont victimes du burn-­out, également appelé syndrome d’épuisement professionnel.

Ce phénomène de stress chronique au travail, dont les symptômes sont aussi variés que la démotivation, l’insomnie, l’isolement ou encore la baisse d’estime de soi, peut toucher n’importe qui et toute catégorie professionnelle.Le burn-out pour les nuls - Marie Pezé

Ce livre très complet analyse les raisons du burn-­out et les moyens de le surmonter. Il présente les différentes ressources (psychologiques, légales…) à votre disposition. Il s’adresse aux victimes, mais aussi aux accompagnants et aux acteurs du monde de l’entreprise.

Les nombreux témoignages proposés montrent comment le burn-­out survient et s’installe dans les situations les plus diverses, qu’il est multifactoriel et touche chacun d’entre nous.

Pourtant des solutions pour l’éviter ou en sortir existent.

L’auteure : Marie Pezé est docteur en psychologie, psychanalyste et ancien expert judiciaire auprès de la Cour d’Appel de Versailles. Elle a créé la première consultation « Souffrance et travail » en 1997 et coordonne aujourd’hui le réseau de 130 consultations

Parution en septembre 2017 – 22,95 € – Pour en savoir plus >>>

Le burn-out pour les nuls, de Marie Pezé

 

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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ven., 12/02/2016

Marie PEZÉ : « Le territoire, pas la carte »

Chacun d’entre nous a sa représentation du monde, vision qui s’appuie sur des filtres humains complexes qui la rendent éminemment partielle, même lorsque nous la pensons scientifique et rationnelle. Ces filtres sont nos limites sensorielles, la culture dans laquelle nous baignons, notre histoire infantile, nos choix idéologiques et éthiques. Nous y puisons la carte de notre monde.
Nous pouvons entretenir l’illusion que notre carte du monde est la bonne, qu’elle rend compte de toute la réalité, QUE NOTRE CARTE COUVRE TOUT LE TERRITOIRE, ET MÊME QUE LA CARTE EST LE TERRITOIRE.

Je me souviens, lorsque j’étais enfant, le travail était le territoire dans lequel je ne pouvais qu’entrer plus tard, sans souci. Comme mes parents, j’allais gagner ma vie, la question ne se posait même pas. Le travail, à l’époque, semblait être comme l’air qu’on respire, nul besoin d’écrire des livres pour en démontrer la centralité.

En 1975, lorsque je commençais à travailler comme psychologue dans un service de chirurgie de la main, il était évident que perdre sa main au travail était dramatique pour les ouvriers qui arrivaient aux urgences. Leur avenir était remis en cause. Heureusement, les mains de l’équipe chirurgicale étaient là pour réparer, greffer, reconstituer ces mains détruites.
L’organisation du travail était lointaine, peu perceptible. Ses dégâts ne concernaient que le corps physique. De temps en temps, un employeur accompagnait son salarié blessé, soucieux de la gravité de ses lésions. Quelquefois, un employeur se glissait, à l’heure des visites, au lit de son salarié fraichement réveillé, pour lui faire signer des feuilles de papier en blanc qui attesteraient, plus tard, qu’il construisait une étagère chez lui avec la scie circulaire du patron. Les deux cas de figure étaient anecdotiques et alimentaient nos pauses café.
Si le travailleur ne guérissait pas, c’est qu’il cherchait des bénéfices secondaires, je sortais mon tiroir psychanalytique ou mon tiroir psychosomatique. Tout paraissait si clair, tout avait une explication. Ceux qui étaient en arrêt depuis des mois s’étaient enfoncés dans la sinistrose ou bien truandaient la Sécurité sociale. Je caricature à peine. Nos positions scientifiques étaient moralisatrices (donc peu scientifiques). Mais c’était le plein emploi ; si on ne travaillait pas, c’est qu’on était paresseux. Ou névrosé. Ou revendicateur.
Nos pseudo-­perceptions scientifiques étaient bien sûr des perceptions communes, forgées par nos a-priori et nos stéréotypes. Ces perceptions étaient partielles et orientées, nous ne le savions pas. Ma carte de psychanalyste, de psychosomaticienne était ma vérité.

Mais voilà, La carte n’est pas le territoire. Je travaillais dans les Hauts-de­-Seine, le département le plus riche de France, le 92. Des cadres du quartier de la Défense jusqu’aux caissières des supermarchés, toutes les catégories socioprofessionnelles sont représentées sur ce territoire. Dès 1995, malades de leur travail, je les ai vus débouler dans ma consultation. Les récits sont d’ailleurs les mêmes dans la bouche des accidentés du travail, des ouvrières atteintes de TMS [Troubles musculo-squelettiques] et des cadres de la Défense. il se passe quelque chose sur le territoire que ma carte n’explique plus.
On m’adresse ces patients pour savoir ce qui, dans leur histoire personnelle, les empêche de guérir.

Mais comment dire à l’ouvrière qui souffre des vingt-­sept bouchons qu’elle visse par minute, que son Œdipe y est pour quelque chose?
Comment dire au harcelé qui s’effondre à son poste : « Pourquoi n’êtes-­vous pas parti plus tôt ? », de l’air entendu du psy qui pense que ce n’est pas normal de se faire humilier aussi longtemps, alors que démissionner fait perdre ses droits sociaux ?
Toutes ces jeunes femmes cadres de la Défense s’appuient?elles sur leur masochisme féminin pour accepter d’être payées 25 % de moins que les hommes?

Personne dans la communauté médicale ne partage à l’époque mon avis.

Mais moi, ma carte scientifique ne me suffit plus.
« Marie, vos patients harcelés sont de petits paranoïaques ! » me disent mes correspondants psychiatres.

« Des salariés fragiles » répondent les employeurs formatés à trancher entre fort et faible.

Pour prendre en charge ces salariés en danger, il fallut bâtir très vite un nouveau réseau, différent de celui que j’avais déjà construit autour de la douleur chronique des blessés du membre supérieur. Avec Nicolas Sandret à Créteil et Marie-­Christine Soula à Garches, l’embryon du réseau de consultations voit le jour. Les parcours des premières consultations ont été solitaires car personne dans la communauté scientifique ne partageait notre point de vue. Chacun avait sa carte et s’y accrochait mordicus.

Je crée un groupe de réflexion avec tous les représentants des disciplines nécessaires à la compréhension de ce qui se passe dans le monde du travail: Médecins, avocats, magistrats, MIRTMO [Médecin inspecteur régional du travail et de la main-d'œuvre], inspecteurs du travail, psychologues, sociologues,ergonomes y participent et construisent des outils : la liste des techniques de management pathogènes, l’entretien spécifique à utiliser, le tableau clinique spécifique aux situations de harcèlement professionnel, la coopération médico-­juridique.
Puisqu’on ne nous croit pas, et que nous pressentons de plus graves violences à venir, il faut montrer, ouvrir la consultation aux documentaristes(1). Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, de Sophie Bruneau et Marc Antoine Roudil, J’ai très mal au travail, de Jean-­Michel Carré ; La Mise à mort du travail, de Jean-­Robert Viallet et Alice Odiot.

Les événements vont tragiquement donner raison à notre intuition de sentinelles de territoire. Mais il faudra atteindre un nombre de suicides incroyable, et de cadres, pour que l’on voie se multiplier les unes des journaux, se réunir plusieurs commissions parlementaires.
J’assiste à des bras de fer théoriques entre chercheurs, pour trouver les causes : harceleur pervers, bon et mauvais stress, organisation du travail pathogène…
Des bras de fers commerciaux surgissent car la souffrance au travail est un marché juteux. Pour certains.

De savants calculs statistiques tentent de dédramatiser le constat : « Mais c’est un chiffre normal de suicide! »

Nous pouvons décider que ce qui vient ébranler notre vision du monde, notre carte, n’est pas vrai, nous pouvons décider que ce qui remonte du territoire n’existe pas. Il est tellement tentant, défensivement ou stratégiquement, de tenir un discours plus léger, positif uniquement, de parler de qualité de vie au travail. d’opposer aux plaintes des questionnaires quantitatifs de tous ordres, de mettre en place des lignes d’écoute vertes ou bleues, du coaching, bientôt des tests génétiques, des mesure du taux de cortisol du salarié !

Pendant ce temps, Le nombre de consultations « Souffrance et Travail » ne cesse de s’accroître pour répondre à l’augmentation des demandes. En [février] 2016 nous sommes à 120. Le premier certificat de spécialisation en psychopathologie du travail est créé au CNAM en 2008 pour former ces cliniciens pointus. Le site Souffrance et Travail, créé en 2010 pour sauvegarder mes savoir-­faire après mon licenciement et les mettre en accès libre, met en visibilité le réseau. Ni le Ministère de la santé, ni celui du travail n’accepteront d’en héberger le lien pour faciliter l’accès au soin. Oubliant qu’internet est un nouveau territoire qui court-­circuite la démission symbolique des institutions et l’aveuglement des cartes.

Ce maillage du territoire est notre force. Il assure une prise en charge plus réactive des patients et la mise en place de fortes pratiques de coopération avec les acteurs de terrain que j’ai déjà décrits.

Nous sommes en 2016. Les ¾ du capital des entreprises cotées dans le monde sont devenus la propriété des fonds d’investissements et des fonds de pension. On ne déduit plus les objectifs de dividendes à répartir du travail accompli. On accomplit le travail nécessaire pour atteindre les dividendes décidés au préalable. Il faut donc transformer le travail réel en données comptables, chiffrées. Une nouvelle bureaucratie managériale impose ses outils. Le comptable devient contrôleur de gestion.

Et voilà comment, le travail humain, avec sa sensorialité, ses muscles, ses efforts cognitifs, son endurance, son honneur, son âme, disparaît au profit d’une grammaire financière : rythme, temps, cadence, flux, tendus si possible, plus de stock, 0 délai, 0 mouvement inutile, 0 surproduction… une entreprise rêvée, virtuelle, sans corps.

Chez nous à l’hôpital, c’est la mise en place de la tarification à l’acte, la mode de la chirurgie ambulatoire, des pôles, puis du lean management, de la sous-­traitance. Recettes miracles pour des économies qui se transforment en gouffres financiers. Et qui abîment le travail des soignants.
Et, bien sûr, les données deviennent universelles, les organisations matricielles. Les patients traités par le chirurgien deviennent un nombre d’actes, le temps passé par acte, la performance de l’opérateur par rapport aux autres. Le travail du chercheur devient le nombre d’articles écrits par an.

Les managers ne managent plus le travail mais les objectifs à atteindre. La puissante division scientifique des tâches a séparé les salariés les uns des autres, rivés à leurs écrans, avec des temps de pause alternés, puis plus de pause, donc plus de temps collectif, donc seuls au milieu des autres.

Et l’hôpital tient, les entreprises tiennent, les ateliers, les magasins, les bureaux parce que des femmes et des hommes y travaillent. Ils rusent avec les normes, les procédures, les règlements, les décrets pour que le travail ait encore de l’allure, de l’honneur, une qualité. Pour qu’il soit encore du travail humain, dont ils puissent être fiers.

Mais pendant ce temps là, La carte mondiale, quantitative, numérique, financiarisée dresse un tableau du monde qui n’est plus qu’un tableau de bord, un reporting instantané à la nanoseconde.

L’organisation du travail subie par nos patients est subie par nous aussi. Mais nous continuons. Avec énergie, endurance, obstination, conviction, nous passons outre l’éclatement géographique des services, les acteurs injoignables, l’inertie du système, l’oligarchie des procédures, des normes.

Nous exerçons de nouveaux métiers, tisseur de lien, passeur, tricoteur de territoire, pompiers sociaux, car nous le savons tous ici, les nouvelles organisations du travail organisent la solitude de chacun d‘entre nous et une indifférence générale de chacun à chacun. Ce travail du lien, constant, soutenu, opiniâtre avec les acteurs du territoire permet de tirer les patients d’affaire. 80 % d’entre eux retrouvent du travail et deviennent des citoyens aguerris. Tous emportent cette conviction que c’est encore le travail des hommes et des femmes de la vraie vie, de leur vrai corps, leur travail réel qui fait tenir le monde.. Derrière le bruit des machines, il y a le silence des hommes certes, mais aussi le bruit feutré des mains qui règlent, ajustent, conçoivent, réparent, vendent, achètent, inventent le travail.
La carte continue à vouloir tracer une vision du monde lisse, chiffrée, flexible, interchangeable. Qui ne correspond plus qu’à ses besoins. Lesquels d’ailleurs ? la carte sait elle où elle va ?

Le territoire convulse, souffre, se défend, se déchire mais il s’organise aussi. Resto du cœur, téléthon qui n’étaient que des élans artisanaux sont devenus incontournables. La Maison du travail vient de lancer 23 millions de salariés. Le peuple défile dans la rue et sur internet. Deux chefs d’entreprise se battent depuis un an pour pouvoir créer un centre de traitement de l’épuisement professionnel avec le soutien de notre réseau sans qu’aucune porte institutionnelle, ministérielle ne s’ouvre.
Il faut imaginer que la construction de l’ignorance, que la carte rigide qu’on nous impose peut céder la place à la construction du savoir de terrain, irremplaçable. La solution est souvent dans les 10 mètres autour du poste du salarié, dans ses collègues, son quotidien. Il faut imaginer que le maillon essentiel, c’est à dire chacun d’entre nous, reprenne courage.
Être courageux, c’est ne pas attendre que l’autre fasse ce qu’il y a à faire, c’est se remémorer sans cesse que l’autre n’a que le pouvoir que vous lui reconnaissez, c’est renverser la peur.

Marie Pezé, févier 2016

Allocution prononcée lors du colloque organisé par l’association TSST (Travail Santé Société Territoire) :   »Santé et travail : repenser les liens. Quelles perspectives professionnelles, économiques et politiques pour agir autrement ? » le 29 janvier 2016, Palais du Luxembourg.

 

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1 – Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil. La Mise à mort du travail, de Christopher Nick, Jean-­Robert Viallet et Alice Odiot, en octobre 2009, qui reçoit le prix Albert Londres. J’ai très mal au travail, de Jean-­Michel Carré, en 2006.

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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mer., 16/12/2015

Très nombreux, chacun seul : Marie Pezé invitée le vendredi 18 décembre

Très nombreux, chacun seul« Très nombreux, chacun seul », ainsi peut-on résumer le sentiment que partage la majorité d’entre nous au travail. Nombreux dans l’entreprise, dans sa profession, mais seul face à son travail, face à soi-même.

Le vendredi 18 décembre, Marie PEZÉ sera l’invitée du Collectif 

S’emparant de paroles populaires et de pensées empruntées à des poète, philosophe, chercheur et journaliste, Jean-Pierre Bodin et ses complices racontent l’état du monde du travail. Et si ce monde génère de la souffrance, il n’y a pas de fatalité !

Un chant joyeux contre ceux qui bafouent le vivant. Se dresser avec des poèmes, des pensées, des chants, des images de vraies vies et de la musique, pour que cesse l’arrogance de ceux qui détruisent la pensée, l’âme, le cœur et le corps des femmes et des hommes.

Au départ de ce nouveau cru, notre désir de parler du monde ouvrier. Nous voici partis à la rencontre d’ouvriers, à Saint Junien, Sommières, Melle, Niort, Châtellerault, Chauvigny… avec nos carnets de notes, notre micro et pour la première fois avec une caméra pour glâner témoignages, gestes d’hommes au travail, visages, usines. Nous voici aussi plongés dans les textes de Simone Weil, Henri Chombard de Lauwe, Christophe Dejours, François Bon, Bertolt Brecht, Etienne de La Boétie, au festival « filmer le travail », ou fouillant dans L’inventaire des mémoires ouvrières de Poitou-Charentes.

Peu à peu s’est dessinée une direction plus précise, et nos recherches se sont concentrées une fois de plus à Chauvigny (ville fondatrice du Banquet de la Sainte-Cécile et par laquelle repassent tous les spectacles suivants). Nous découvrons en effet un article de Sonya Faure, journaliste à Libération, retraçant la vie d’un homme et de l’entreprise qui l’emploie. Cet homme se nomme Philippe Widdershoven, il était à la fois directeur informatique et délégué CGT au sein de la fabrique de porcelaine de Chauvigny. Il se donne la mort le 24 mars 2009, en laissant une lettre sur son lieu de travail demandant à ce que son suicide soit reconnu comme accident du travail. Et, fait rarissime, son acte est déclaré comme tel par l’entreprise.

La question de la souffrance au travail s’impose alors comme incontournable.

Collectif Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson et Jean-louis Hourdin
Avec Jean-Pierre Bodin et la participation de Christophe Dejours
Mise en scène Jean-Louis Hourdin

Dates : du 10 décembre 2015 au 10 janvier 2016
Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h (Relâches jeudis 24 et 31 décembre, vendredi 25 et 1er janvier) | durée : 1h20

Tarif réduit : 10 €

La suite et les informations pratiques sur le site du théâtre du Soleil

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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sam., 28/11/2015

[VIDÉO] Allô Docteurs – « Burn out : comment s’en sortir ? »

Marie Pezé, du réseau Souffrance & Travail, était sur le plateau de l’émission « Allô Docteurs » le 25 novembre 2015, sur France 5.

Michel Cymes et Marina Carrère d’Encausse, animateurs de l’émission de France 5 « Allô Docteurs », invitaient sur le plateau de leur émission
Marie Pezé, ainsi que le Dr Dominique Huez, médecin du travail à la retraite et Véronique Denjean, témoin, sur le thème du burn-out.

Allô Docteurs : le Burn Out, avec Marie Pezé

Une émission consultable sur le site www.allodocteurs.fr

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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jeu., 29/10/2015

[VIDEO] Souffrance au travail, RPS, épuisement : l’état des lieux, les ressources pour agir, par Marie Pezé

Pourquoi les femmes et les hommes travaillent quand le travail fait mal ?

Marie Pezé a créé la première consultation « Souffrance et travail » en 1997 au Centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre. Il en existe aujourd’hui cent.
« Je reçois Éliane, jeune femme de 34 ans, que son médecin du travail, inquiet de sa fatigue lors de sa visite annuelle, pousse à consulter dans une consultation spécialisée. Je suis inquiète, très vite, devant des empreintes physiques visibles, des cernes, un épuisement palpable. (…) ».
C’est le début de l’un des récits de Marie Pezé : elle écoute depuis près de trente ans des femmes et des hommes qui ne vont pas bien au travail. Et qui parfois en meurent.
Et pourtant… comme elle l’écrit, l’hôpital tient, les entreprises tiennent, les ateliers, les magasins, les bureaux parce que des femmes et des hommes y travaillent. Ils rusent avec les normes, les procédures, les règlements, les décrets pour que le travail ait encore de l’allure, de l’honneur, une qualité. Pour qu’il soit encore du travail humain, dont ils puissent être fiers.

Marie-Pezé : Vidéo UODC

L’Université ouverte des compétences est une entreprise indépendante qui rassemble responsables, professionnels et chercheurs autour de la question du travail, du management, des compétences et de la formation.
Unique, elle permet à chacun de ses inscrits d’utiliser les réalisations et les réflexions des meilleurs praticiens et chercheurs francophones. Chacun dispose de 2000 vidéos courtes (3 à 7’), résumées en points-clés, précises, sans jargon. Chacun peut classer à sa guise ses séquences favorites dans son espace personnel. Chacun dispose d’un pass pour assister – en fonction de sa disponibilité – à l’un des fameux amphis débats de l’Uodc (plus de 15 par an).
Dans une organisation, c’est un outil d’appui à la conduite du changement. Elle relie de manière directe la professionnalisation de ses utilisateurs et la mutualisation de pratiques au sein de communautés de métier. D’un usage ultra simple (smartphone, tablette, pc), sa plateforme est fluide et conviviale.
C’est un outil pour mieux agir dans les situations complexes du travail.

Qui l’utilise ?
L’Uodc est utilisée par des entreprises et des institutions publiques, par des organisations professionnelles et des syndicats, par des collectivités locales et des universités, par des organismes de formation et des consultants : ils parlent de nous.

Marie Pezé sur le site de l’Université Ouverte des Compétences

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jeu., 23/07/2015

EXPERTES – Les expertes de la semaine : Marie Pezé

Marie Pezé, Coordinatrice du Réseau consultations souffrance et travail

Marie Pezé est docteure en psychologie, psychanalyste, psychosomaticienne, expert honoraire près la cour d’appel de Versailles. Elle est responsable de la création de la première consultation « Souffrance et travail » lancée en 1997 et conseillère pédagogique du Certificat de spécialisation en psychopathologie du travail lancé au CNAM par Christophe Dejours.

La fiche du site « expertes.eu » propose une biographie, la liste des publications de Marie Pezé, ainsi que les possibilités de la contacter.

En outre, ses compétences sont croisées avec celles d’autres expertes en Burn-out, Risques psycho-sociaux, Souffrance au travail, Violences au travail.

Parcourir la fiche de Marie Pezé sur le site des Expertes

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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lun., 01/06/2015

[Vidéo Le Monde] Comment identifier et traiter un burn-out ? – Avec Marie Pezé

Le député PS Benoît Hamon a déposé plusieurs amendements au projet de loi sur le dialogue social pour faire reconnaître le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel, comme maladie professionnelle.

Quelle définition précise donner de ce syndrome ? En quoi est-il différent d’une dépression ? Comment agir lorsque le diagnostic est posé ? Réponse avec Marie Pezé, docteur en psychologie et responsable du réseau de consultations Souffrance et travail.


Comment identifier et traiter un burn-out ? par lemondefr

Consulter la vidéo sur le site du Monde

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mer., 27/05/2015

[VIDEO] – Travail : les 3 symptômes du burn-out (et comment en sortir)

Le burn-out, bientôt reconnu comme maladie professionnelle ? C’est ce que souhaite le député Benoit Hamon. Mais quels sont les symptômes de cette maladie ? Et comment y faire face ? Réponses avec Marie Pezé, psychanalyste, et Patrick Mesters, psychiatre.

En France, selon une étude du cabinet Technologia, 3,2 millions de personnes souffrent de burn-out (soit environ 12% de la population active). Dans le cadre du projet de loi sur le dialogue social débattu ce mardi à l’Assemblée nationale, Benoît Hamon et plusieurs élus ont déposé des amendements pour faire reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle. Quels sont les signes d’un épuisement professionnel ? Marie-Pezé, psychanalyste, experte de la souffrance au travail, et Patrick Mesters, psychiatre, nous répondent.

1er symptôme : la fatigue
« Celle qui ne va plus se résorber », nous précise Marie-Pezé. « Vous dormez tout le week-end et vous arrivez le lundi tout aussi fatigué que le vendredi soir ? Cela veut dire que l’organisme n’a plus le temps de récupérer au niveau purement physiologique », explique-t-elle.
« On constate surtout des troubles squeletto-musculaires, c’est-à-dire des douleurs aux articulations et aux membres au niveau musculaire, proches de l’état grippal », ajoute Patrick Mesters, également fondateur de l’EIIRBO, l’Institut européen pour l’intervention et la recherche sur le burn-out, en 2005. « L’épuisement intellectuel se traduit aussi par des troubles de la mémoire et de la concentration, des variations d’humeur. »

2e symptôme : la perte de plaisir au travail
C’est l’un des autres signes du burn-out : « Même si on adorait son travail et si on y était très investi, on part travailler la peur au ventre », explique la psychanalyste.
« Généralement, ce sont pourtant de grands experts, d’excellents éléments de l’entreprise », rappelle Patrick Mesters.

3e symptôme : la consommation de psychotropes
Et dans ce domaine les Français sont des champions. Près d’un tiers d’entre eux utilisent ces médicaments, selon une étude de l’Agence nationale de sécurité du médicament.  » La consommation peut aussi concerner le cannabis, l’alcool et la cocaïne », complète Marie Pezé.

Lire la suite « Comment réagir face à un burn-out… » sur le site LCI

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lun., 27/04/2015

Conférence de Marie Pezé : « Souffrance au travail, RPS, épuisement À quel niveau agir ? »

Les Amphi Débats de l’Université Ouverte des Compétences (UODC)

Mardi 5 mai 2015, Marie Pezé interviendra lors de la conférence « Souffrance au travail, RPS, épuisement À quel niveau agir ? » organisée par l’UODC, à 18h.

L’Université ouverte est un espace de ressources, de débats et de professionnalisation sur les questions du travail, du management, des compétences et de la formation.
Entreprise indépendante qui rassemble responsables, professionnels et chercheurs autour de la question du travail et de son organisation, du management et des compétences, de la formation et de l’éducation, l’Université ouverte permet d’utiliser les réalisations et les réflexions des meilleurs praticiens et chercheurs. Unique dans le monde francophone, elle est utilisée par des entreprises et des institutions publiques, par des organisations professionnelles et des syndicats, par des collectivités locales et des universités, par des organismes de formation et des consultants. Elle est déclarée comme organisme de formation.

  • La conférence durera 2 heures, de 18h à 20h.
  • Lieux : AgroParisTech, 19 avenue du Maine – Paris 15
  • Déroulement : 40 minutes d’intervention, suivies d’un débat avec les participants.
  • Pour confirmer votre venue : amphi@uodc.fr (faire référence à cette page de présentation sur le site Souffrance & Travail).

Pour en savoir plus sur l’UODC et ses manifestations

 

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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