Mot-clé - Personnel hospitalier

Fil des billets - Fil des commentaires

sam., 23/12/2017

L’Observatoire de la souffrance au travail des anesthésistes s’ouvre à l’ensemble des PH

Créé en 2009 par des anesthésistes-réanimateurs, dont feu Max-André Doppia , sous l’égide du syndicat SNPHAR-E, l’Observatoire de la souffrance au travail (OSAT) s’est dans un premier temps uniquement consacré aux anesthésistes réanimateurs. Repris par l’intersyndicale Action praticien hôpital (APH), il s’ouvre désormais à l’ensemble des praticiens hospitaliers.

Premier bilan des anesthésistes en souffrance : cotation de la souffrance de 8 sur 10

Depuis huit ans que OSAT fonctionne pour les médecins réanimateurs, un premier bilan peut être tiré. Quelque 200 appels ont été reçus, issu à 62% des centres hospitaliers non universitaires, contre 38% provenant des CHU. Majoritairement, les appels proviennent de femmes médecins, à 60%. Leur âge moyen est de 50,4 ans. « La cotation moyenne de la souffrance s’élève à 8 sur une échelle verbale de 10 ». Principalement, les médecins en souffrance évoquent des situations de « mépris, dévalorisation, déconsidération, placard et isolement, menaces, injures ». Le harcèlement, qu’il provienne de collègues, de chefs de service, de membres de directions hospitalières, de personnel non médical, est déclaré dans 67% des cas. Dans un tiers des cas, cette souffrance morale s’accompagne de symptômes physiques : digestifs, cardio-vasculaires, musculo-squelettiques. Dans 18% des cas, les déclarants font appel à des antidépresseurs, et un arrêt de travail supérieur à deux semaines est présent dans 24% des cas. Deux tentatives de suicides ont été recensées.

Conflit avec la hiérarchie en première ligne

Les causes des souffrances les plus souvent citées sont la surcharge de travail, le fardeau émotionnel, la désorganisation du service, le dialogue impossible avec la hiérarchie, une absence de reconnaissance… Quoi qu’il en soit, selon l’OSAT, 90% des causes de la souffrance ont pour point commun des conflits avec la hiérarchie, médicale ou administrative. OSAT souligne également que cette souffrance au travail a un coût socio-économique, ne fût-ce qu’en considérant les prises en charge médicales et les arrêts de travail. « La souffrance au travail est croissante, quotidienne dans les équipes. Il ne se passe pas un jour sans que l’un de nos collègues nous en fasse part. Il est particulièrement nécessaire de mettre en place des outils de prévention qui ne soient pas des gadgets de qualité de vie au travail », insiste Nicole Smolski, présidente d’honneur d’APH. L’intersyndicale APH a également rappelé qu’elle milite pour la présence des syndicats de praticiens hospitaliers au sein des Comités hygiène sécurité et conditions de travail (CHSCT). Une vieille revendication passée de date, à l’heure où les Ordonnances Macron viennent tout simplement de supprimer cette instance de dialogue…

Lire la suite sur le site Medscape

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

mer., 13/12/2017

Souffrance au travail : lancement d’un observatoire pour aider les praticiens hospitaliers

L’objectif est de mieux repérer et aider les professionnels touchés, soumis notamment à des pressions managériales de plus en plus fortes.

Face à la « dégradation des conditions de travail » à l’hôpital, l’organisation Action praticiens hôpital (APH), qui regroupe une dizaine de syndicats, a lancé, jeudi 7 décembre, son observatoire de la souffrance au travail. L’objectif est de mieux repérer et aider les professionnels touchés.

A travers un questionnaire détaillé accessible en ligne, l’organisation veut définir les raisons du mal-être ressenti par certains praticiens (médecins, dentistes, pharmaciens) et dresser une « cartographie régionale et nationale de situations » jugées « indésirables et évitables ».

Les « pressions managériales » de plus en plus fortes

« Certaines disciplines sont particulièrement touchées », a expliqué Jacques Trévidic, président d’APH, citant les « urgentistes, les anesthésistes, les biologistes » ou les « psychiatres ». Sans compter les « chirurgiens qui, aux yeux des directions, ne sont pas assez rentables », a abondé Nicole Smolski, la présidente d’honneur. « Dans certains établissements, on n’est plus loin de ce qui se passe à Lidl ou Amazon », a-t-elle raillé.

En cause, la « tarification à l’activité », un mode de financement des hôpitaux controversé, que veut revoir le gouvernement, mais aussi les « pressions managériales » de plus en plus fortes de « l’hôpital entreprise », ou encore les restructurations liées aux groupements hospitaliers de territoire.

L’outil développé par APH s’appuie sur l’observatoire déjà mis en place à la fin de 2009 par le syndicat d’anesthésistes SNPHAR-E, mais il vise un public plus large, APH étant constitué de deux intersyndicales (Avenir Hospitalier et CPH) regroupant 14 syndicats et organisations. Selon les données récoltées entre 2010 et 2015 (200 appels), « 90 % des causes de la souffrance déclarée ont pour point commun des conflits avec la hiérarchie, médicale ou administrative », la surcharge de travail étant une cause « fréquente mais pas systématique ».

Via le site du Monde

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

sam., 04/11/2017

L’hôpital français : une usine (presque) comme les autres

Plusieurs études récentes ont mis en lumière le mal-être du personnel hospitalier français. Un mal-être que l’on ressent chez quasiment tous les professionnels concernés et qui s’explique essentiellement par deux motifs : un management déshumanisant et l’impossibilité de fournir des soins corrects aux patients.

Les méthodes de management à l’anglo-saxonne font l’objet de nombreux débats : stress, humiliations, résultats pas forcément au rendez-vous… Des objectifs exigeants en termes de résultats et de productivité, ainsi qu’une pression accrue sur le personnel peuvent s’avérer contre-productif économiquement et désastreux socialement, comme on l’a vu chez France Telecom.

Une chose est sûre, elles ne sont pas adaptées à l’hôpital public !!!

Imposer ces méthodes productivistes aux services publics est souvent considéré comme une hérésie (l’utilité publique ne peut se quantifier comme le CA d’une entreprise) aux conséquences lourdes tant pour les salariés (La Poste) que pour la qualité des services.

Une chose est sûre, elles ne sont pas adaptées à l’hôpital public !!!

Le personnel hospitalier subit une pression incroyable, qui a été accentuée par la loi sur les 35 heures et a explosé avec les coupes budgétaires des dernières années : les effectifs sont tout simplement insuffisants pour le nombre de patients à traiter. Sans parler du matériel…

En conséquence, on se retrouve avec un personnel hospitalier pressé comme un citron, tant au niveau des heures de travail, que de l’intensité. Par exemple, la nuit, aucun service d’hôpital, en France, ne tourne aujourd’hui avec le nombre légal minimum d’employés ! L’État impose d’un côté des normes strictes pour assurer des soins minimums et il retire de l’autre côté les moyens aux hôpitaux de respecter ces normes…

Comme pour tous les autres professionnels, la première conséquence de cette situation est l’état de santé psychologique des soignants. Stress, dépressions, démotivation, sentiment d’humiliation, d’être déconsidéré, inutiles… les travailleurs de l’hôpital vont aussi mal que leurs patients. Et la situation continue d’empirer au rythme des réformes de lutte contre le déficit.

Dans ces conditions, comment prodiguer des soins de qualité ? C’est la seconde conséquence de cette gestion purement économique des hôpitaux : le personnel hospitalier n’a ni le temps, ni les moyens de soigner correctement ses patients. Et comme il s’agit principalement de professionnels ayant une vocation, qui croient en leur métier (au moins au début) et qui tiennent à bien le faire, en aidant au maximum les malades, ils souffrent énormément de ne pouvoir offrir des soins de qualité.

Lire la suite sur le site de Mediapart

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

dim., 13/08/2017

L’interruption de la tâche : la banalité du quotidien des soignants vue comme facteur de risque psychosocial

Dans un contexte hyper connecté, le soignant est « bombardé » de signaux d’informations le contraignant à fonctionner en multitâche.

Une sonnette retentit lourdement, un patient vous hèle dans le couloir, alors que vous alliez commencer la rédaction d’un important document au moment même où un collègue vous questionne sur le dernier protocole mis en ligne….et cette envie de boire qui vous assèche la gorge depuis des heures. Beaucoup de soignants, quel qu’ils soient ont vécu au moins une fois, dans leur semaine de travail une situation qui pourrait ressembler à celle-ci !

Dans notre activité hospitalière, faire plusieurs choses en même temps est devenu une banalité quotidienne, pensée comme le meilleur moyen pour être productif et pour réaliser toutes les tâches que l’on a à faire dans le temps imparti. Dans un contexte hyper connecté, le soignant est « bombardé » de signaux d’informations le contraignant à fonctionner en multitâche.

Qu’est-ce que l’Interruption de la tâche ? Comment impacte-t-elle sur notre charge de travail ?

Il m’apparait judicieux de porter à votre attention que l’interruption de la tâche (IT) est recensée comme un facteur de risque psychosocial. Elle a été définie ainsi :

« L’interruption de la tâche est l’arrêt inopiné, provisoire ou définif d’une activité. La raison est propre à l’opérateur, ou, au contraire, lui est externe. L’interruption induit une rupture dans le déroulement de l’activité, une perturbation de la concentration de l’opérateur et une altération de la performance de l’acte. La réalisation éventuelle d’activités secondaires achève de contrarier la bonne marche de l’activité initiale. »

Les anglo-saxons utilisent le terme « MULTITASKING », emprunté à l’informatique, désignant un système d’exploitation capable de traiter en même temps plusieurs programmes. C’est la réactivité et l’agilité à passer d’un contexte à l’autre.

A cette lecture, nous pouvons donc comprendre que la gestion de ce risque vise à prévenir sa survenue mais aussi à atténuer les conséquences indésirables qui ne peuvent être évitées. Il s’agit là d’une culture de sécurité développée de manière prégnante au sein des établissements de santé et qui est désormais une composante majeure et indispensable de la démarche qualité.

L’INRS ajoute que l’interruption de la tâche est source de charge mentale. Au cours du temps, elle est mal vécue par le salarié qui a l’impression de faire un travail de mauvaise qualité et de ne jamais pouvoir terminer ce qu’il a entrepris. L’IT est source de stress, de fatigue mentale et physique.

Les différentes études réalisées montrent que les risques liés à la multitâche impactent 98% d’entre nous. Il semblerait donc que notre cerveau ne soit pas adapté pour ça ! Les risques décrits sont :

  • La compromission de la performance
  • La limite des capacités d’attention par le besoin des tâches qui rentrent en concurrence donc porter une attention à une activité implique nécessairement qu’on la supprime à une autre (donnée non intégrée ou survolée)
  • La perte de la concentration
  • Le travail de re-mémorisation est important (env. 25 min sont nécessaire pour se remettre réellement dans une tâche après l’avoir interrompue). Dans ce cas-là, ce n’est pas un gain de temps mais une perte.
  • A cela s’ajoutent la difficulté à décider, le jugement à court terme parfois biaisé, les réponses hors contextes, l’information non-prise en compte ou utilisée à contre-sens.

J’entends d’ici une petite voix me dire : « mais j’arrive bien à faire plusieurs choses à la fois puisque je suis capable de conduire en écoutant la radio »! Il y a en effet un moyen de faire du multitâche sans affecter son énergie et son cerveau : il suffit d’associer une tâche / action qui demande de l’attention à une action ne demandant aucune réflexion.

Quelle conduite à tenir pour devenir un mono tâche « presque parfait » ?

D’une manière générale, il est préférable de ne pas segmenter mais prioriser les actions, définir ce qui est important de ce qui est urgent. En hiérarchisant les tâches, elles ne deviennent pas concurrentielles. Il est bon, parfois, de savoir déléguer. N’oubliez pas de favoriser le travail en équipe.

Le travail du Dr Marie-Christine Moll et ses équipes (CHU d’Angers) lié à l’interruption de la tâche dans le contexte de la préparation et l’administration de médicament peut être une source d’inspiration à adapter dans les différents services de soins : Il s’agit, dans un premier temps, de privilégier l’organisation des équipes, dans un deuxième temps, de mettre en place la meilleure méthode d’identification des soignants procédant à une activité demandant de la concentration. Le port d’un gilet ou d’un brassard de couleur indique, symboliquement, que le soignant est en train de réaliser une tâche sensible, de même que le panneau « ne pas déranger ». A cela s’ajoute une communication efficace par affiche ainsi qu’une sensibilisation du patient et de son entourage.

En conclusion, nous comprenons bien que réduire le multitasking ne peut être que favorable à chacun pour son propre bien comme pour le bénéfice et la satisfaction de son travail. Gardons à l’esprit que ces améliorations et nos modifications d’habitude convergent vers la personne essentielle à l’essence même de notre travail, la personne hospitalisée.

Via le site managersante.com

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

lun., 31/07/2017

De l’esthétique du travail à l’hôpital. Il peut paraître

De l’esthétique du travail à l’hôpital.

Il peut paraître aujourd’hui superfétatoire, voire insultant d’associer l’idée d’esthétique avec le monde d’un travail comme le nôtre, tandis que les préoccupations de tous ceux qui se trouvent sous le joug de la productivité, de la rentabilité, c’est de retrouver des horaires compatibles avec leur vie personnelle et leur santé, et un salaire en accord avec la qualité et la durée de leur formation professionnelle. Les conditions d’exercice déstructurées, les tâches univoques en travail posté, leur parcellisation au prétexte de l’efficience, l’absence de temps et d’espace pour des contacts de qualité avec les patients, les collègues et les personnels de direction, n’amènent-ils pas certains d’entre nous, les plus désespérés, à penser qu’ils font un « sale métier » Et pour paraphraser Georges Darien, risquer de se trouver l’excuse de le faire « salement »… Et c’est bien là que tous les responsables des dérives de l’idéologie néo-libérale devraient prendre conscience du caractère contre-productif des implications de pareilles conditions de travail.

Il n’est pas question ici de faire le panégyrique de la supposée « noblesse » d’un métier qui s’exercerait jusqu’à l’épuisement au nom du don de soi; ou d’éluder les tâches pénibles d’annonce de mauvaises nouvelles, de contention de patients agités, de décision d’arrêt de soins, de se coltiner les patients souillés ou malodorants, de pratiquer des gestes invasifs pénibles. Voire accréditer des interventions dont le bien-fondé peut sembler discutable. Il n’est pas question non plus d’accréditer en se rengorgeant l’admiration béate (ou flagorneuse) du béotien: Quel beau métier vous faites Docteur ! Quel dévouement, mademoiselle l’infirmière, monsieur l’aide-soignant !
Un sale boulot renverrait plutôt dans mon propos à un défaut de reconnaissance sociale, un travail disqualifié, certes indispensable, mais dans un périmètre réduit de compétence technique, reproductible à l’infini selon un protocole immuable, et effectué par des agents interchangeables et anonymes.

Aux deux extrémités d’une échelle de l’esthétique au travail, deux positions sont symétriques : d’un côté, la dimension « noble » (le care) de l’activité de soignant ne justifie pas le don de soi désintéressé et la disponibilité sans limite ; de l’autre le cynisme le plus achevé d’un soignant ne se satisfait jamais complètement d’un boulot « salement » fait, serait-ce en contre partie d’un gros paquet d’argent ou de congés à rallonge. D’un côté l’exploitation éhontée au nom de la « noblesse » ; de l’autre l’exposition à une image dégradée de son identité tant à ses propres yeux qu’à ceux des patients et du personnel administratif. Dans les deux cas, cette tension entre travail bien ou mal fait, entre reconnaissance ou mépris, se traduit inévitablement par une souffrance au travail forcément préjudiciable à celui-ci.

La posture à adopter se situe au-delà des droits et des obligations de chacun au sein d’un établissement, d’un service, d’une unité : c’est l’occupation consciente du domaine des responsabilités dans les pratiques professionnelles, et ce dans la vie de tous les jours. Il n’y a pas de mètre étalon pour mesurer au quotidien ces responsabilités. Elles se doivent d’être assumées par le soignant sans échappatoire, et reconnues autour de lui sans dénégation. Ce domaine de responsabilité dépasse les frontières strictes des référentiels métiers et autres limites de compétence. Il dépasse les périmètres mesurables, quantifiables, évaluables. C’est à ce prix, inestimable, que le travail bien fait semblera beau à chacun.

Richard Torrielli

Richard Torrielli, auteur du roman L’Anesthésiste,
a longtemps exercé la profession de médecin anesthésiste à Bordeaux

L’ANESTHÉSISTE, Richard Torrielli

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

ven., 03/02/2017

« Futur médecin, je partage la colère de l’interne de l’AP-HP »

Dorian Cessa, étudiant en cinquième année de médecine à Nancy, raconte combien la dénonciation du manque de lits dans les hôpitaux portée par Sabrina Ali Benali, fait écho à sa vie d’externe, et regrette la polémique sur l’appartenance de cette interne à l’AP-HP.

« Personne ou presque ne parle plus de l’« état de santé » des hôpitaux publics. Pourtant, la situation que Sabrina Ali Benali – devenue en quelques jours l’interne la plus célèbre de France – a dénoncée, le 11 janvier, dans une vidéo vue 11 millions de fois sur Facebook, fait particulièrement écho à la vie de tous les jours dans les couloirs de nos services : de l’absence de lits disponibles au manque de temps à passer au chevet de nos patients, tout fait sens. Plus que cette question que beaucoup ont semblé considérer comme cruciale : Sabrina Ali Benali est-elle bien interne à l’assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), ou non ?

Il y a à peine trois semaines, lors d’un stage en tant qu’externe au sein des urgences pédiatriques d’un hôpital public de Lorraine, un garçon de 14 ans est amené par sa mère pour un syndrome dépressif majeur caractérisé, doublé d’une addiction aux jeux vidéos. Comment oublier sa détresse et ses pleurs lorsque, à peine trente secondes après avoir commencé à lui parler seul à seul, il fond en larmes ? Impossible alors de ne pas trouver écho dans les propos de Sabrina Ali Benali lorsque la seule solution que nous avons trouvée a été de lui faire passer la nuit dans le brouhaha continu des urgences.

Des individus qui continuent de souffrir et d’attendre

Plus de place en pédiatrie. Aucun service de pédopsychiatrie ou de pédiatrie dans les environs ne peut l’accueillir. Alors, nous nous consolons presque en se disant que dans ce même hôpital, du côté des urgences adultes, il y a eu un pic avec plus de douze heures d’attente la semaine dernière. Des urgences saturées, dépassées, et des individus qui continuent de souffrir et d’attendre des soins dans une salle d’attente bondée.

Comment ne pas se souvenir des propos d’un de mes anciens chefs de service s’adressant à ses internes : « Vous voyez cette patiente qui vient d’un autre hôpital pour se faire sonder, il aurait fallu l’admettre chez nous et lui réserver un lit. Sinon, on perd beaucoup d’argent pour le service. » Peu importe qu’elle vienne d’un hôpital situé à seulement deux minutes à pied. Peu importe que le sondage ne dure qu’une demi-heure au maximum. Peu importe le confort de cette patiente atteinte d’un cancer, qui, si nous l’avions écouté, aurait été obligée de changer d’hôpital pour une seule nuit.

Absurde, certainement. Illogique ? Pas quand on connaît le mode de financement des hôpitaux français. Rentabilité, on vous dit. Ce chef de service craint simplement pour le budget de son service et pour son nombre de lits. Il joue selon les règles du jeu. Celles de la « T2A » (la «tarification à l’acte»), qui fait que les moyens financiers des hôpitaux dépendent du volume et du type d’actes réalisés.

Alors, les mots de Sabrina Ali Benali résonnent en chacun de nous, soignants. Le problème n’est pas tant qu’elle soit dans un hôpital de l’AP-HP ou dans un autre. Ce qu’elle décrit, ce qu’elle vit, nous le partageons presque tous en France. Les cernes et l’épuisement des soignants en sont la preuve.

Lire la suite sur le site du Monde Campus

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

lun., 30/01/2017

Etablissements de santé – Risques psychosociaux des personnels médicaux

Risques psychosociaux des personnels médicaux : recommandations pour une meilleure prise en charge – Mise en responsabilité médicale : recommandations pour une amélioration des pratiques.

Dr M-A.Desailly-Chanson et H.Siahmed (IGAS), avec la contribution de S.Elshoud (IGAENR)

La Ministre des Affaires sociales et de la Santé a confié à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) une mission concernant les « risques psychosociaux des personnels médicaux en établissements de santé : recommandations pour une meilleure prise en charge ».

Il s’agissait de :

  1. « Formaliser les conditions de sensibilisation et de mobilisation des acteurs, de mise en œuvre opérationnelle et d’évaluation des différentes actions engagées avec un volet consacré aux jeunes en formation, externes et internes, compte tenu de la spécificité de leur parcours au sein des établissements de santé » ;
  2. « Formuler des propositions permettant d’améliorer les procédures de désignation et d’exercice de leurs missions managériales par les responsables médicaux au sein des établissements ».

Un troisième point concernant l’hôpital européen Georges Pompidou (HEGP) a fait l’objet d’un rapport spécifique.

Lire le tome 1 (rapport)

Lire le tome 2 (pièces jointes)

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

lun., 09/01/2017

Directeurs et directrices d’hôpital. Mieux connaître ces hommes et femmes au service de la santé

Durcir au lieu de transformer

Florent Pennuen a été consultant, spécialiste des questions dialogue social et de conditions de travail. Pendant 15 ans, il a aidé des manageurs et des organisations à mieux comprendre et gérer la transformation des organisations publiques. A ce titre, il est souvent intervenu auprès de directeurs d’hôpital. Il nous livre un regard sans concession sur le contexte hospitalier dans lequel le directeur d’hôpital tente d’exister.

Pouvez-vous nous décrire la nature des relations que vous aviez dans votre ancien métier de consultant avec des DH ?

J’intervenais en général lorsqu’une situation était bloquée, que des équipes ne parvenaient plus à travailler et avancer ensemble. Parfois, le collectif a besoin d’un tiers extérieur pour reprendre son mouvement.

Réaliser un marathon dans le temps d’un 100 mètres

Ce sont généralement des directeurs d’hôpital qui font alors appel aux consultants. Mais parfois, il y a une commande politique qui complique grandement les choses. C’est typiquement le cas des consultants envoyés par l’ANAP entre 2007 et 2012. Le client du consultant n’est plus l’hôpital lui-même mais un tiers, le financeur, ce qui modifie (pervertit) le rapport entre le directeur et celui payé à venir l’aider. Un autre jeu d’acteurs, donc, mais qui me fait bien connaître les directeurs.

Beaucoup critiquent d’ailleurs le recours aux consultants : inadaptés, inutiles, trop chers. J’aurais tendance à proposer une lecture un peu différente, en regardant le recours massif ces dernières années aux consultants – bien souvent déclenchés par des autorités extérieures – comme un effet collatéral d’une accélération vertigineuse de l’environnement de la sphère publique. Le temps de la transformation s’y est excessivement resserré sous l’effet de plusieurs réformes majeures (RGPP, T2A…), dont n’ont été mesurées ni la portée ni la limite et dont personne n’a conçu le « débrayage ».

Les échéances fixées consistent désormais bien souvent à réaliser un marathon dans le temps d’un 100 mètres.

A l’hôpital, il s’agit de faire comme s’il était possible de balayer d’un revers de main des systèmes organisationnels patiemment construits, systèmes qui, bien qu’effectivement sclérosés, étaient acceptés par le quatuor d’acteurs (la direction générale, les médecins, les organisations syndicales, le pouvoir politique) au mépris parfois de quelques règles de bases tant de management que de gestion publique.

Faire fi du pacte social et d’organisations du travail addictives

Tant de compromis sociaux, de règles écrites et non écrites, avaient été définis en privilégiant les intérêts de quelques acteurs bien plus que du système, le tout fallacieusement présenté comme défendant l’intérêt général dont le sens même s’était éloigné depuis bien longtemps.
Je pense à ce grand hôpital public où le fonctionnement des blocs opératoires associait une sous-utilisation massive des équipements en même temps qu’une organisation du temps et du travail (para et médical) mixant paiement majoré d’heures supplémentaires et absences pour récupération.

Sans dédouaner les acteurs de leurs responsabilités de ces situations explosives, elles ne sont pas le propre du secteur hospitalier puisqu’elles prennent racine dans les jeux d’acteurs présents dans toute organisation.

Les organisations publiques territoriales connaissent elles-aussi ce type de compromis bien délicat à dénouer, avec par exemple le principe du « fini-parti » dans le milieu de la collecte des déchets : chaque équipe d’éboueurs a en charge un quartier et peut quitter le travail quand le quartier est terminé, même trop vite (et mal) fait. Chacun s’est arrangé pendant des décennies d’une telle organisation, où des hommes travaillent 20h payées 35 et déclenchent des heures supplémentaires à compter de la 21e heure. Un compromis qui permet aux politiques de gérer la paix sociale, au directeur général des services de présenter un fonctionnement prétendument moderne, centré sur les résultats, aux organisations syndicales d’être fortes auprès de leurs troupes et aux agents d’obtenir une réparation substantielle en raison de conditions de travail dures.

Durant des décennies de telles situations proposées par les décideurs (politiques et DRH) et acceptées par le corps social (agents et organisations syndicales) ont perduré. Voire résistent encore tant le corps social dans son ensemble s’est imprégné d’attitudes addictives complexes à transformer. Car sortir de la caverne fait mal et induit de détricoter tout un système relationnel.

Durcir et standardiser plutôt que transformer

Et là sous l’effet de démarches successives de « plans de retours à l’équilibre » et de « contrats de performance », il faudrait, en urgence absolue, infléchir radicalement la manière dont le pacte social et le système organisationnel ont été construits à l’Hôpital, sans prendre le temps de déconstruire et comprendre ce qui a été fait avec le temps.

Comme c’est évidemment impossible, illusoire même, les décideurs ont progressivement introduit des cohortes de consultants bardés d’outils, grilles d’analyse, ratios comparatifs, dans la croyance que le salut ne pouvait venir que d’une standardisation, faisant fi de la connaissance des acteurs et de leurs propres capacités à transformer l’organisation. Comme si tout d’un coup nous avions oublié que la clé d’une transformation n’est pas dans le durcissement des conditions et leur tension vers des ratios omnipotents que de prendre langue avec les acteurs pour poser un autre cadre propice à l’acceptabilité et la faisabilité de ces transformations, dans un cadre temporel respectueux des enjeux financiers mais aussi du couple « soignants/malades ».

Lire la suite sur le blog directeurdhopital.com

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage