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dim., 15/10/2017

Conditions de travail – La commande vocale, machine à casser les salariés

Un sérieux accroissement des risques pour la santé des salariés. C’est le bilan que l’on peut tirer de l’accentuation des exigences de productivité et des innovations technologiques qui ont accompagné le développement rapide des plates-formes logistiques.

L’aspect le plus manifeste de cette dégradation des conditions de travail concerne les atteintes de l’appareil locomoteur, en lien avec l’activité de manutention. Dans les plates-formes, le travail des préparateurs de commandes combine des tâches de « dépalettisation » – prélever des produits en stock – et de « repalettisation » – construire une palette qui correspond à la commande du client. La hauteur de prise et de dépose des colis varie du niveau de la palette, posée au sol, jusqu’à 1,80 m.

L’intensité de ce travail a augmenté avec l’introduction de systèmes de guidage par reconnaissance vocale, ou voice picking en anglais : un ordinateur dicte au préparateur les actions qu’il doit effectuer. Ces systèmes visent à « libérer » les mains du préparateur, en le déchargeant de tâches de gestion qu’il assurait antérieurement. Résultat : la part de manutention dans l’activité et le nombre de colis manipulés par heure ont augmenté. L’usage de primes individuelles de productivité contribue aussi à cette accélération. Les préparateurs manipulent communément 200 colis par heure et certains montent à 300, voire plus.

« Ça casse de ramasser en bas »

Une telle gymnastique exerce des contraintes majeures sur les régions lombaires et sur les membres supérieurs. Lorsque le corps est penché vers l’avant, la partie antérieure de la colonne – les corps vertébraux et disques intervertébraux – subit des pressions très importantes, qui dépendent du poids de l’objet. Par ailleurs, y compris pour des objets légers, les forces exercées sur les disques lombaires sont considérables si l’objet est ramassé loin en avant. « Ça casse de ramasser en bas, surtout quand c’est au fond », comme l’expriment les préparateurs.

Le fait de devoir prendre ou déposer en hauteur impose, au contraire, une accentuation de la courbure lombaire et une augmentation de la pression sur la partie postérieure de la colonne – les petites articulations interapophysaires postérieures. Enfin, les mouvements de rotation du tronc pour assurer les transferts ont un effet négatif sur les structures antérieures et postérieures. Ils exercent sur le disque intervertébral des forces de cisaillement et traumatisent les apophyses postérieures qui tendent à limiter les mouvements de rotation. L’usure de ces régions du corps se traduit par toute une gamme de phénomènes douloureux, dont la plus grande partie échappe à la prise en charge en maladie professionnelle.

Lire l’intégralité de l’article sur le site Alternatives économiques >>>

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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ven., 24/03/2017

Alain Damasio : « Il faut faire le deuil d’une conception totalement absurde du travail »

« Extravaillance ». À comprendre dans le sens de « ex-travaillance ». Le titre de l’exposition d’Alain Damasio, Nobert Merjagnan et Didier Fiuza Faustino présentée dans le cadre de la 10ème Biennale Internationale Design de Saint-Etienne donne tout de suite le ton au spectateur : le travail tel qu’on le connaît aujourd’hui, à savoir l’emploi salarié aliénant, synonyme d’effort et de souffrance, appartient au passé.

Et au cas où le jeu de mot ne serait pas assez clair, le sous-titre de l’exposition (« Working Dead ») finira d’achever les espoirs des spectateurs les plus convaincus des vertus du capitalisme. L’heure est plutôt à la robotisation des tâches et à la libération de la créativité humaine par la réappropriation des savoir-faire et la valorisation des activités de chacun, nous dit l’écrivain de science-fiction Alain Damasio.

« Working Promesse ». Tel est le thème de la Biennale Design de Saint-Étienne 2017. Parmi les attractions phares de cette 10ème édition, la création intitulée « Extravaillance. Working Dead » explore les mutations du travail dans un futur allant jusqu’en 2200. Malgré son titre et son ambition, cette création détonne puisque le visiteur ne trouvera ici aucun objet de design, aucune oeuvre matérielle à laquelle se raccrocher. Ici, on laisse libre court à l’imagination pour se représenter le futur du travail, avec nos oreilles comme seuls guides. Une vingtaine de comédiens ont prêté leurs voix aux textes de neuf écrivains de science-fiction, tous membres du collectif Zanzibar.

Le spectateur doit prendre le temps de s’immerger dans cet espace de « design sonore », confortablement installé dans l’une des cinq stations d’écoute scénographiées par Didier Fiuza Faustino. Couleurs « flat », faux-plafonds, éclairage au néon, sièges inclinés à 127 degrés (l’angle idéal pour libérer son cerveau de la gravité et être le plus créatif)… La grammaire absolue du bureau est bien présente dans cette sobre scénographie. Comme pour rassembler dans son mausolée les reliquats du travail tel qu’on le conçoit encore aujourd’hui. Auteur de science-fiction et co-commissaire de cette exposition, Alain Damasio nous en dit plus sur l’ambition de cette « Extravaillance ».

Usbek & Rica : Que signifie exactement ce titre, « Extravaillance » ? Faut-il l’entendre comme la traduction d’une conception du travail dépassée ?

Oui, c’est un mot imaginé pour donner aux gens le courage de faire le deuil d’une conception totalement absurde du travail. On recoupe les thèses accélérationnistes selon lesquelles il faut automatiser au maximum nos activités pour débarrasser l’homme de tâches qui seront, de toute façon, robotisées. Soit tu donnes aux êtres humains des tâches machinales absurdes qui mènent tout le monde au burn out, soit tu acceptes et tu accélères le processus en libérant du temps et de la liberté pour l’homme, grâce au revenu universel par exemple.

Donc le futur sera forcément peuplé de machines ?

Oui, de machines dont on peut accepter qu’elles nous libèrent d’une grande partie du travail répétitif et mécanisable.

Est-ce que tous les auteurs du collectif Zanzibar partagent cette même vision critique du travail ?

Dans notre collectif, il y a une sorte de réseau affinitaire assez fort autour d’une perception politiquement très à gauche. Avec la volonté de passer dans le post-capitalisme. Donc ça crée une forme d’unité, même s’il y a des sensibilités plus anarchistes, plus socialistes ou plus communistes. Olivier Peyricot (le directeur scientifique de la Cité du Design, ndlr) partage cette sensibilité, et je trouve qu’il a réussi dans cette Biennale à mener une vision critique forte. On n’est pas dans l’illusion du plein emploi et du travail entendu comme une « libération ».

Est-ce que la question du travail est souvent abordée dans la science-fiction contemporaine ?

Non, assez peu. Le recueil que l’on publie avec le collectif Zanzibar (Au bal des actifs, demain le travail, aux éditions La Volte) est le premier recueil qui regroupe autant de textes sur cette question qui est centrale finalement.

Pouvez-vous décrire l’espace qu’occupe l’exposition « Extravaillance. Working Dead » à la Biennale du Design?

Nous avons créé cinq stations d’écoute, qui permettent de balayer un ensemble de thèmes autour de l’avenir du travail, de 2017 à 2200. Le premier espace, baptisé « Chaosmose », plonge les gens dans le même état que les vidéos ASMR (Autonomous Sensory Meridian Response, ndlr) qu’on peut trouver en ligne : avec un discours chuchoté par une voix très douce, on te fait rentrer dans une forme de détente manipulatoire. C’est de la psychologie comportementale, destinée aux « créatifs AAA », les seuls qui garderont un travail en 2050 selon nous. Dans une position de détente, on amolit et on relaxe le cerveau, on le met dans une logique de dévotion pour l’entreprise.

Lire la suite sur le site Usbek & Rica

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mar., 12/01/2016

Robotisation générale

Dans la série de science-fiction suédoise «?Real Humans? : 100 % humain? », en 2012, des robots humanoïdes dopés à l’intelligence artificielle, les hubots, effectuent tous les travaux pénibles et routiniers et exercent de nombreux métiers dans les services? : magasinier, aide-soignant, domestique, chauffeur, coursier, partenaire sexuel…

La plupart des humains se sont défaussés sans regret de ces emplois. Seule une minorité s’oppose aux hubots, des employés mis au chômage qui ont décidé de les détruire comme faisaient les ouvriers luddistes du début du XIXe siècle, canuts lyonnais ou tisserands anglais, avec les métiers à tisser. Car le robot est toujours un voleur de travail.

Nous aurions tort de croire qu’aujour­d’hui, nous sommes très éloignés de ce scénario de science-fiction. Des études convergentes montrent que de nombreux emplois réservés aux hubots dans la série sont déjà robotisés. Nous ne le percevons pas clairement du fait que ces robots ne sont pas humanoïdes. Mais ils sont omniprésents. Le «?hubot? » ouvrier est une machine-outil équipée de plusieurs bras et de puces de radiodétection qui lui permettent de choisir ses outils. Le hubot coursier est un drone de basse altitude? : chez Amazon, on en teste pour la livraison rapide, jusqu’ici assurée par des hommes. Le hubot aide-soignant s’appelle Tug? : c’est une table roulante équipée d’un œil électronique qui rappelle le personnage R2-D2 de La Guerre des étoiles. Présent dans 140 hôpitaux américains, Tug délivre à la demande des médicaments, de l’eau fraîche et des repas.

Lire la suite sur le site du Monde

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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