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mer., 13/12/2017

Souffrance au travail : lancement d’un observatoire pour aider les praticiens hospitaliers

L’objectif est de mieux repérer et aider les professionnels touchés, soumis notamment à des pressions managériales de plus en plus fortes.

Face à la « dégradation des conditions de travail » à l’hôpital, l’organisation Action praticiens hôpital (APH), qui regroupe une dizaine de syndicats, a lancé, jeudi 7 décembre, son observatoire de la souffrance au travail. L’objectif est de mieux repérer et aider les professionnels touchés.

A travers un questionnaire détaillé accessible en ligne, l’organisation veut définir les raisons du mal-être ressenti par certains praticiens (médecins, dentistes, pharmaciens) et dresser une « cartographie régionale et nationale de situations » jugées « indésirables et évitables ».

Les « pressions managériales » de plus en plus fortes

« Certaines disciplines sont particulièrement touchées », a expliqué Jacques Trévidic, président d’APH, citant les « urgentistes, les anesthésistes, les biologistes » ou les « psychiatres ». Sans compter les « chirurgiens qui, aux yeux des directions, ne sont pas assez rentables », a abondé Nicole Smolski, la présidente d’honneur. « Dans certains établissements, on n’est plus loin de ce qui se passe à Lidl ou Amazon », a-t-elle raillé.

En cause, la « tarification à l’activité », un mode de financement des hôpitaux controversé, que veut revoir le gouvernement, mais aussi les « pressions managériales » de plus en plus fortes de « l’hôpital entreprise », ou encore les restructurations liées aux groupements hospitaliers de territoire.

L’outil développé par APH s’appuie sur l’observatoire déjà mis en place à la fin de 2009 par le syndicat d’anesthésistes SNPHAR-E, mais il vise un public plus large, APH étant constitué de deux intersyndicales (Avenir Hospitalier et CPH) regroupant 14 syndicats et organisations. Selon les données récoltées entre 2010 et 2015 (200 appels), « 90 % des causes de la souffrance déclarée ont pour point commun des conflits avec la hiérarchie, médicale ou administrative », la surcharge de travail étant une cause « fréquente mais pas systématique ».

Via le site du Monde

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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jeu., 07/12/2017

Cafés Citoyens Santé Travail : le programme du 1er semestre 2018

Les Cafés Citoyens Santé et Travail continuent en 2018.

Vous avez été nombreuses et nombreux à venir assister aux premières conférences-débats donnés par les membres du réseau Souffrance & Travail depuis septembre 2017.

En 2018, ces rencontres continuent autour de sujets tout aussi percutants et proches des préoccupations des citoyennes et citoyens qui connaissent à leur travail des situations de souffrances.

  • Mardi 16 janvier 2018 : “Le silence des hommes derrière le bruit des machines.”
    Avec Jean Auroux, ancien ministre du Travail.
  • Mercredi 7 février 2018 : “Que dire sur le harcèlement moral en 2017 ?”
    Avec Marie-France Hirigoyen, médecin psychiatre, psychanalyste, spécialiste du harcèlement moral, qui revient pour la seconde fois évoquer ce sujet.
  • Mardi 13 février 2018 : “Les sources de la souffrance au travail à l’heure de la révolution managériale.”
    Avec Vincent de Gaulejac, professeur émérite à l’université Paris 7-Denis Diderot, président du Réseau international de sociologie clinique (RISC).
  • Jeudi 15 mars 2018 : “Le burn-out des soignants – La souffrance dans le milieu hospitalier.”
    Avec Richard Torrielli, de l’OSAT-APH, l’Observatoire de la Souffrance au Travail (OSAT)-Action Praticiens Hôpital (APH).
  • Mardi 10 avril 2018 : “Santé au travail : les “crimes” industriels.”
    Avec Jean-Paul Teissonnière, avocat, et Annie Thébaud-Mony, sociologue.
  • Mercredi 23 mai 2018 : “La souffrance au travail dans la fonction publique : quelles particularités ?”
    Avec Benoît Arvis, avocat spécialiste de la fonction publique.
  • Mardi 26 juin 2018 : “Devenir un salarié averti pour ne plus souffrir au travail.”
    Avec Marie Pezé, psychologue, fondatrice du réseau “Souffrance & Travail” (association Diffusion et Connaissance du Travail Humain-DCTH).


Informations pratiques et conditions d’entrée :

  • Lieu : café/restaurant Le Balbuzard, 54, rue rené Boulanger, 75010 Paris, métro République.
  • Heure : de 20h à 21h30.
  • Participation : 10 € (consommation non comprise) à verser le soir de la conférence.
  • Inscription obligatoire à l’adresse : cafe.sante.travail@gmail.com

Un cycle de conférences-débats organisé par l’association Cafés Théma

Association Cafés Théma

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mer., 08/11/2017

Souffrance au travail : comment devenir une sentinelle de territoire

Les salariés doivent apprendre à protéger leur santé au travail, ainsi que celle de leurs collègues (article L4122-1 du code du travail). Ils doivent être à la fois avertis de leurs droits et de leurs devoirs vis à vis d’eux-mêmes et des autres. L’association DCTH «Souffrance et Travail» et les Cafés Théma sont sur le terrain pour les informer, car reconstruire une solidarité est une urgence !

À  l’heure où le salarié va perdre quelques acteurs essentiels pour protéger sa santé au travail (membres du CHSCT, visite chez le médecin du travail tous les 5 ans, plus de visite d’embauche, mais une simple information, moins d’inspecteurs du travail…), à l’heure où l’on  dénature ces véritables acteurs de la santé au travail en chief happiness et autres emballages softs et donc inefficaces, DCTH, association qui œuvre depuis 2010 pour la diffusion des connaissances sur le travail humain, par le biais du site www.souffrance-et-travail.com, a décidé d’aller sur le territoire à la rencontre des salariés pour continuer à transmettre ses connaissances et faire de celui que l’on appelle “la partie faible” dans le contrat de travail,  un salarié averti, une sentinelle de territoire.

Il y a 20 ans, naissait la première consultation “Souffrance et Travail”

La première consultation “Souffrance et Travail” est née au Centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre, en 1996, qui accueillait ceux qu’on appelait encore des clochards, pas encore des SDF, bref les naufragés de Patrick Declerck. Pour ces travailleurs qui avaient basculé hors du monde, il fallait une inventivité clinique sans relâche : Samu social, consultations de la précarité, consultations “Souffrance et Travail” ne pouvaient naître que là.

Dès cette époque, les patients accueillis dans cette consultation présentent des pathologies criantes, caricaturales, dans le département le plus riche de France, les Hauts-de-Seine (92) : travail sous contrainte de temps, harcèlement, emploi précaire, déqualification, chômage… semblent leur lot quotidien. Les récits sont les mêmes dans la bouche des accidentés du travail, des ouvrières atteintes de TMS (Troubles musculosquelettiques) et des cadres du quartier d’affaires de La Défense.

Des salariés… en apnée, la peur au ventre

Les patients présentent de spectaculaires tableaux de temps de guerre, les yeux hagards, en apnée, la peur au ventre. Ils évitent le quartier de leur entreprise ou bien ne sortent même plus. Car pour eux, dehors, tout fait sens, la couleur de cette voiture dans la rue est celle du N+1, ce parfum croisé sur le trottoir est celui de la collègue qui baisse les yeux quand ils sont humiliés en public, ce bruit métallique est celui qui résonne dans l’atelier quand le chef les insulte. Et l’angoisse alors surgit, incontrôlable ! La nuit, ils rêvent de couloirs où les épaules coincées, ils en sont rendus à attendre la boule blanche qui arrive de l’horizon et va les décapiter.

Que se passait-t-il dans le monde du travail ? Que leur faisait-on ?

Les pathologies présentées semblaient issues plutôt de violences collectives que de névroses personnelles, violences collectives qui dans les grandes entreprises de La Défense semblaient sacrément orchestrées.

Face au déni : bâtir un réseau !

Le parcours de cette première consultation a été solitaire, car personne dans la communauté scientifique ne partageait mon point de vue.

“Marie, vos patients harcelés sont de petits paranoïaques !”, me disaient mes correspondants psychiatres formés à traiter des structures. “Des salariés fragiles”, répondaient les employeurs formatés à trancher entre fort et faible.

Il fallut bâtir très vite un réseau et un groupe de réflexion pour tenir. Médecins, avocats, inspecteurs du travail, MIRTMO (médecin inspecteur régional du travail et de la main-d’œuvre), psychologues… pour construire la liste des techniques de management pathogènes, l’entretien spécifique à utiliser, le tableau clinique spécifique aux situations de harcèlement professionnel, la coopération médico-juridique, les ficelles médico-administratives, autant d’outils issus du travail de ce groupe.

Parce qu’on ne nous croyait pas, et que nous pressentions de plus graves violences à venir, nous avons ouvert nos consultations aux documentaristes. Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, de Sophie BRUNEAU et Marc Antoine ROUDIL, J’ai très mal au travail, de Jean-Michel CARRÉ, La Mise à mort du travail, de Jean-Robert VIALLET et Alice ODIOT, qui obtiendra le prix Albert Londres.

Défenestrations, immolations… “Mais c’est un chiffre normal de suicides !”

En 2006, les événements ont tragiquement donné raison à notre intuition de sentinelles de territoire. Il fallut atteindre un nombre de suicides incroyable, et de cadres, pour que l’on voie se multiplier les unes des journaux, se réunir plusieurs commissions parlementaires.

Les vagues de suicides de cadres sont plus ennuyeuses à expliquer. Les fidèles courroies de transmission, formées très tôt au sentiment d’appartenance à l’élite, semblaient être les championnes de la performance individuelle, du reporting, du benchmarking entre les salariés. Pourquoi craquaient-elles soudain jusqu’à se défenestrer ou s’immoler ? Nous avons vu ressortir les bonnes vieilles explications, les fonctionnaires qui ne veulent pas s’adapter au changement, la fragilité individuelle, les problèmes personnels… De savants calculs statistiques qui tentaient de dédramatiser le constat : “Mais c’est un chiffre normal de suicides !”

Nous connaissons le poids des stéréotypes qui irriguent la réflexion sur le travail dans ce pays. Ils ont la vie dure : le Français ne penserait qu’à ses congés, alors qu’il est 4e en productivité horaire au rang mondial ; le code du travail serait un obstacle au licenciement, alors que les milliers de patients reçus dans les 130 consultations “Souffrance et Travail” sont licenciés ; le salarié français devrait se contenter d’obéir aux procédures et tout irait mieux, alors que c’est parce que, chaque jour, des femmes et des hommes de ce pays rajoutent leur travail réel à la tache prescrite que les hôpitaux, les ateliers, les services tournent…

Un nombre croissant de consultations “Souffrance et Travail”

Pourtant, sous la masse des demandes, le nombre des consultations “Souffrance et Travail” n’a cessé de s’accroître. Le premier certificat de spécialisation en psychopathologie du travail est créé au CNAM en 2008 à la demande de Christophe DEJOURS pour former des cliniciens pointus.

Le site Souffrance et Travail (www.souffrance-et-travail.com) est créé en 2010 pour mettre en ligne des connaissances juridiques, psychologiques, ergonomiques, économiques sur le travail humain. Les 60 000 connexions mensuelles de plus de 45 minutes témoignent de la demande de terrain. C’est sur ce site que sont mises en ligne les 130 consultations “Souffrance et Travail”, puisque ni le ministère de la Santé, ni celui du Travail ne relayent leur existence pour faciliter l’accès au soin.

Heureusement, les réseaux sociaux peuvent de nos jours court-circuiter la défaillance des institutions, la cécité des instances.

Comprendre, surmonter et vaincre la peur

Il est sûrement tentant, défensivement ou stratégiquement, de tenir un discours plus léger, positif uniquement, de parler de qualité de vie au travail. D’opposer aux plaintes des salariés des questionnaires quantitatifs de tous ordres, de mettre en place des lignes d’écoute vertes ou bleues, du coaching, bientôt des tests génétiques, des mesures du taux de cortisol du salarié !

Mais il n’empêche, ce dont parlent les salariés qui viennent consulter, c’est de leur peur. La peur au travail a été si savamment distillée par les guides de management que nous en sommes, à tous les niveaux hiérarchiques, les courroies de transmission. Il règne dans ce pays une conviction managériale reposant sur la certitude qu’un salarié heureux risquerait de s’endormir et qu’il faut entretenir sa “précarité subjective”, l’empêcher de se stabiliser dans son travail, spatialement, géographiquement, émotionnellement, collectivement. L ’utilisation individualisée des entretiens d’évaluation, la désagrégation des collectifs, la masse grandissante des chômeurs, la vision des SDF y contribuent. L’invisibilité de cette peur sociale organise la société du consentement, de la capitulation, du mépris de soi et des autres. La peur organise l’adhésion à des mises au ban pour sauver sa peau, sa place.

Il faut pouvoir surmonter sa peur. Peur de ne pas y arriver, de perdre son travail.

Pour surmonter sa peur, il faut d’abord la comprendre : savoir de quoi on a peur, comment on nous fait peur, comment on construit la solitude au travail. La peur que nous éprouvons tous, à un moment ou à un autre, se nourrit de la solitude entretenue, de l’absence de la possibilité même de délibération autour du travail, sur la manière dont on se débrouille avec lui. Sur les entorses nécessaires aux procédures, aux normes. Sur les impasses, les échecs et les difficultés que nous rencontrons.

L’affaiblissement des acteurs en charge de la protection physique et mentale des salariés, la difficile reconnaissance des pathologies imputables au travail, l’utilisation à dose homéopathique des chiffres de l’enquête SUMER (Surveillance médicale des expositions des salariés aux risques), pourtant prédictifs, participent à la construction de l’ignorance sur les conditions de travail pathogènes et les pathologies spécifiques qui en découlent.

Le nouveau Plan Santé Travail 3 (PST3 2016-2020) opérait pourtant un renversement de perspective sur la santé au travail : alors que la culture de prévention demeure en France encore globalement en mode mineur, il fixait comme l’un des objectifs principaux, l’appropriation effective par tous les acteurs d’une culture de la prévention primaire

Mobiliser des sentinelles : les Cafés Citoyens “Santé et Travail”

Il nous est donc apparu évident que le maillon essentiel de résistance à mobiliser demeure le sujet qui travaille. Chacun de nous s’est-il vraiment saisi, à son niveau individuel, de la dégradation de son travail ? Sommes-nous quittes de nos petits silences quotidiens, de nos petites cécités, de nos têtes tournées ailleurs quand il faudrait regarder ? Sommes-nous indemnes de nos petits consentements? Pourquoi ne nous intéressons-nous à notre contrat de travail, à ce qu’est une convention collective, à nos droits et à nos devoirs qu’une fois enfoncés dans les difficultés, un conflit, une situation de harcèlement ?

Depuis le mois de septembre 2017, nous avons donc lancé des Cafés Citoyens “Santé et Travail” pour venir à votre rencontre tous les mois, vous transmettre nos savoir-faire et vous rappeler l’article L 4122 du Code du travail :

“…il incombe à chaque travailleur de prendre soin, en fonction de sa formation et selon ses possibilités, de sa santé et de sa sécurité ainsi que de celles des autres personnes concernées par ses actes ou ses omissions au travail.”

Être averti de ses droits et de ses devoirs, des acteurs de l’entreprise, de leurs rôles et missions, des acteurs externes, des lieux d’écoute, devenir soi-même une sentinelle de terrain solidaire du collègue assis au bureau d’à côté et qui ne parle plus à personne depuis des semaines, connaître les techniques pour l’aborder, savoir les démarches à accomplir, va devenir une absolue nécessité puisqu’on organise l’invisibilité des atteintes à la santé physique et mentale des travailleurs.

Nous espérons que ces rencontres de terrain vont vous donner les connaissances incontournables pour travailler, en 2018, les réflexes pour protéger votre santé et votre vitalité, l’envie de devenir une sentinelle de territoire, soucieuse de sa santé et de celle des autres.


L’agenda 2017 des Cafés Citoyens “Santé & Travail”

  • Mardi 18 septembre et lundi 9 octobre 2017 : Burn-out partout, burn-out nulle part. Avec Marie PEZÉ, psychologue.
  • Mercredi 11 octobre 2017 : Souffrance au travail : se défendre dans l’entreprise, présenter son dossier aux juges, comment faire ? Avec Rachel SAADA, avocate.
  • Jeudi 16 novembre 2017 : Harcèlement sexuel au travail : de quoi on parle ? Comment se défendre ? Avec Marilyn BALDECK (Association contre les violences faites aux femmes au travail) et Maude BECKERS, avocate.
  • Mercredi 6 décembre 2017 : Que dire sur le harcèlement moral en 2017 ? Avec Marie-France HIRIGOYEN, médecin psychiatre, psychanalyste, spécialiste du harcèlement moral. Elle est, entre autres, chargée de cours de victimologie à l’université Paris 5-René Descartes.

Pour 2018 :

  • Mardi 16 janvier 2018 : Le silence des hommes derrière le bruit des machines. Avec Jean AUROUX, ancien ministre du travail.
  • Mardi 13 février 2018 : Les sources de la souffrance au travail à l’heure de la révolution managériale. Avec Vincent de GAULEJAC, professeur émérite à l’université Paris 7-Denis Diderot, président du Réseau international de sociologie clinique (RISC).

En prévision :

  • Le burn-out des soignants (la souffrance dans le milieu hospitalier)
  • Le suicide au travail
  • Mentir au travail
  • Souffrir au travail n’est pas une fatalité
  • La fatigue au travail : de quoi parle-t-on vraiment ?
  • La souffrance au travail dans la Fonction publique : quelles particularités ?
  • La qualité de vie au travail, d’où ça vient ?
  • La comédie humaine dans le monde du travail
  • Les techniques de management pathogènes
  • La souffrance éthique des RH au travail
  • Les crimes industriels
  • Déconstruire la peur au travail
  • Devenir un salarié averti pour ne plus souffrir au travail
  • Souffrance au travail : la médiation comme accompagnement individuel et/ou moyen d’intervention dans l’entreprise.
  • Êtes-vous Corporate ? Rencontre avec le scénariste du film Corporate et Jean-Louis OSVATH, Président de l’association L611-10 – Inspecteur du travail et conseiller du film.

Informations pratiques :

  • Les Cafés Citoyens “Santé et Travail” se déroulent au café Le Balbuzard, 54 rue René Boulanger, 75010 Paris, métro République, de 20h à 21h30.
  • La participation est payante, au tarif de 10 €, à verser le soir de la conférence.
  • Inscription obligatoire en écrivant à cafe.sante.travail@gmail.com
  • Relations presse et organisation des Cafés Citoyens “Santé et Travail” : Céline Raux-Samaan celine.rauxsamaan@gmail.com et P. Sawicky.

 

Via le blog de Marie Pezé sur Mediapart

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mar., 07/11/2017

Le système Free, un cas d’école pour comprendre la loi travail 2

Les révélations de « Cash investigation » sur les méthodes de management chez Free soulèvent de nombreuses interrogations sur les conséquences des ordonnances Macron sur le Code du travail.

Quels moyens les salariés auront-ils pour lutter contre les méthodes de management comme celles révélées par les enquêtes sur les centres d’appels de Free, lorsque les ordonnances sur le travail seront en application ?

Une certitude, les ordonnances signées vendredi par Emmanuel Macron modifient en profondeur les règles du jeu. Elles redéfinissent en particulier les outils juridiques à disposition des salariés, qui peuvent s’avérer cruciaux lorsque le dialogue social est délétère dans une entreprise.

Indemnités plafonnées

Le plafonnement des indemnités aux prud’hommes réduit le coût des licenciements abusifs, ce qui risque d’encourager leur utilisation à grande échelle.

Le sujet concerne directement les filiales du groupe Iliad, qui commercialise la marque Free, habituées des cours de prud’hommes, comme l’a démontré l’enquête de « Cash investigation ».

La journaliste Élise Lucet a notamment relevé que le coût, pour les filiales de Free, des dommages et intérêts pour licenciements abusifs, auraient été bien moindre avec ce plafonnement.

Exemple avec un ex-salarié qui témoigne dans le documentaire, dont le licenciement a été jugé abusif et à qui la cour des prud’hommes a attribué 10 800 euros de dommages et intérêts, soit six mois de salaire. « Il toucherait un mois de salaire », après le plafonnement des indemnités aux prud’hommes, observe la journaliste Élise Lucet, au cours de l’interview de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, en fin d’émission.

Réponse de cette dernière, visiblement embarrassée : « Peut-être, dans son cas précis. »

La question pécuniaire, face au risque de condamnation au prud’homme, semblait déjà préoccuper les filiales du groupe Iliad au tournant des années 2010. Selon des documents que Politis publiait en mai 2016, les responsables de ressources humaines du centre d’appels de Marseille avaient monté un tableau comparant le coût des licenciements dans le cadre d’un « plan de sauvegarde de l’emploi » et le risque encouru aux prud’hommes. La seconde option était déjà clairement avantageuse, financièrement, pour l’entreprise.

Notre enquête révélait également comment plusieurs salariés en congé maladie – en particulier pour épuisement professionnel – avaient été licenciés pour « désorganisation de service ». Un motif jugé abusif dans plusieurs jugements, dont nous avons obtenu une copie. Ce qui n’a pas empêché, selon nos informations, l’entreprise d’invoquer de nouveau ce motif dans des affaires comparables.

Politis révélait en juillet comment la direction du centre d’appels de Vitry avait adressé à ses salariés un courrier, soulignant que le coût d’une expertise que les délégués FO pensaient diligenter sur les risques psychosociaux « aurait pour effet direct de […] réduire le montant de la participation ». Manière de mettre la pression sur les représentants du personnel.

Cet épisode est particulièrement riche d’enseignement au regard des débats sur la loi travail. Car non seulement le CHSCT doit désormais être fondu dans l’organe unique de représentation du personnel, le « conseil social et économique » – ce qui fait craindre aux syndicats une perte de pouvoir –, mais les délégués devront désormais payer, sur les frais de fonctionnement du futur organe unique, 20 % du prix des expertises. Une réforme pensée comme un « ticket modérateur » par le gouvernement, qui doit donc dissuader ce type d’expertise [1].

Lire la suite sur le site de Politis

Lire également : Enquête sur le système Free et Comment Free boxe les syndicats

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[1] Sauf en cas de plan social ou de risque grave, ainsi que pour la consultation annuelle sur la situation économique.

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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sam., 04/11/2017

L’hôpital français : une usine (presque) comme les autres

Plusieurs études récentes ont mis en lumière le mal-être du personnel hospitalier français. Un mal-être que l’on ressent chez quasiment tous les professionnels concernés et qui s’explique essentiellement par deux motifs : un management déshumanisant et l’impossibilité de fournir des soins corrects aux patients.

Les méthodes de management à l’anglo-saxonne font l’objet de nombreux débats : stress, humiliations, résultats pas forcément au rendez-vous… Des objectifs exigeants en termes de résultats et de productivité, ainsi qu’une pression accrue sur le personnel peuvent s’avérer contre-productif économiquement et désastreux socialement, comme on l’a vu chez France Telecom.

Une chose est sûre, elles ne sont pas adaptées à l’hôpital public !!!

Imposer ces méthodes productivistes aux services publics est souvent considéré comme une hérésie (l’utilité publique ne peut se quantifier comme le CA d’une entreprise) aux conséquences lourdes tant pour les salariés (La Poste) que pour la qualité des services.

Une chose est sûre, elles ne sont pas adaptées à l’hôpital public !!!

Le personnel hospitalier subit une pression incroyable, qui a été accentuée par la loi sur les 35 heures et a explosé avec les coupes budgétaires des dernières années : les effectifs sont tout simplement insuffisants pour le nombre de patients à traiter. Sans parler du matériel…

En conséquence, on se retrouve avec un personnel hospitalier pressé comme un citron, tant au niveau des heures de travail, que de l’intensité. Par exemple, la nuit, aucun service d’hôpital, en France, ne tourne aujourd’hui avec le nombre légal minimum d’employés ! L’État impose d’un côté des normes strictes pour assurer des soins minimums et il retire de l’autre côté les moyens aux hôpitaux de respecter ces normes…

Comme pour tous les autres professionnels, la première conséquence de cette situation est l’état de santé psychologique des soignants. Stress, dépressions, démotivation, sentiment d’humiliation, d’être déconsidéré, inutiles… les travailleurs de l’hôpital vont aussi mal que leurs patients. Et la situation continue d’empirer au rythme des réformes de lutte contre le déficit.

Dans ces conditions, comment prodiguer des soins de qualité ? C’est la seconde conséquence de cette gestion purement économique des hôpitaux : le personnel hospitalier n’a ni le temps, ni les moyens de soigner correctement ses patients. Et comme il s’agit principalement de professionnels ayant une vocation, qui croient en leur métier (au moins au début) et qui tiennent à bien le faire, en aidant au maximum les malades, ils souffrent énormément de ne pouvoir offrir des soins de qualité.

Lire la suite sur le site de Mediapart

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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sam., 07/10/2017

Conférence – Débat : comment construire un dossier de souffrance au travail – Les conseils d’une avocate

Café Citoyen du réseau Souffrance & Travail avec l’avocate Rachel SAADA le 11 octobre 2017.

On dit souvent qu’en matière de souffrance au travail c’est la parole de l’un contre celle de l’autre, que la preuve est impossible et que c’est le pot de terre contre le pot de fer.

Pourtant, si l’on connait bien ses droits, on peut les faire valoir et obtenir une reconnaissance des faits et une indemnisation du préjudice. Mais ça ne s’improvise pas et il faut mobiliser les ressources à l’intérieur de l’entreprise comme à l’extérieur. »

Avec Rachel SAADA, avocate.

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  • Date : mercredi 11 octobre 2017, de 20h à 21h30
  • Lieu : Le Balbuzard, 54 rue René Boulanger, 75010 Paris (Métro République).
  • Conditions d’entrée :
    • Entrée payante : 10 € (boisson non-comprise)
    • Il est vivement recommandé de s’inscrire afin de pouvoir disposer d’une place assise –> merci d’écrire à cafe.sante.travail@gmail.com

 

Café Citoyen Santé et Travail

Cafés Santé et Travail

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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ven., 06/10/2017

George Elton Mayo (1880-1949) – Le psychologue de la motivation

Psychologue australien, Elton Mayo reste connu pour les « expériences de Hawthorne », menées entre 1927 et 1932 dans une usine de téléphones de la Western Electric Company, près de Chicago. Ses conclusions, qui donnèrent naissance à l’« école des relations humaines », peuvent se résumer ainsi : le salarié a un psychisme.

Cette assertion qui semble aujourd’hui d’une banalité atterrante constitua une révolution dans la manière de concevoir l’organisation du travail : jusqu’alors, le taylorisme considérait l’ouvrier comme une paire de bras motivée par le seul intérêt économique.

A Hawthorne, il s’agissait au départ d’étudier l’impact des variations de lumière sur la productivité de six ouvrières. La découverte de Mayo fut que, si cette dernière progressait de façon spectaculaire, ce n’était pas tant grâce à une amélioration des conditions de travail matérielles que grâce à un climat psychologique favorable. Soumises à une observation minutieuse de tous les aspects de leur comportement ainsi qu’à des entretiens réguliers, les ouvrières se sentaient reconnues, distinguées, et développaient entre elles une complicité stimulante. Sous les yeux d’Elton Mayo, « six individus deviennent une équipe ». Il préconisera donc la récupération par l’encadrement des « groupes informels » qui naissent dans les usines, afin de les détourner au profit de la production.

La Grande Dépression a laissé le syndicalisme américain plus affaibli que jamais : ceux qui, comme Mayo, veulent « faire comprendre aux travailleurs que leurs intérêts et ceux de l’entreprise convergent » ont le champ libre. Instruit par l’exemple de la révolution russe de 1917, le chercheur est persuadé que la prise en compte du « facteur humain », du besoin d’appartenance et de communication des salariés est le seul moyen d’écarter le spectre du socialisme, et d’éviter la « destruction complète de la civilisation ». Les entretiens psychologiques permettent de désamorcer revendications et conflits potentiels : ainsi, si une ouvrière manifeste de l’animosité envers un contremaître, c’est parce qu’il lui rappelle son père avec lequel elle a des relations difficiles…

Lire la suite sur le site du Monde diplomatique >>>

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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jeu., 05/10/2017

Petit plaidoyer pour une psychologie négative en entreprise.

Comme Facebook nous le permet enfin, plutôt que de « liker » j’ai eu la faiblesse de « Grr-er » un post de France Culture relayant une émission de Christophe André, psychiatre promoteur de la méditation de pleine conscience, une des approches du courant de la psychologie positive. Autrement dit : j’ai pas aimé. Mais pourquoi tant de haine ?

Ce geste ostentatoire de « disliking » m’a même valu un message privé d’une facebookienne, Brigitte, que je reproduis intégralement ici : « Bonsoir. Je ne suis rattachée à aucune religion, je suis étonnée que sur plus de trois cents personnes qui ont eu une réaction positive à l’article de France culture sur la méditation, la vôtre (réaction) soit l’émoticône de la colère. Votre réaction m’intéresse. Bonne soirée » (1). Je n’avais pas pris le temps de répondre à Brigitte qui m’avait envoyé ce message, mais il est plus que grand temps de le faire.

La psychologie positive m’énerve. La méditation de pleine conscience me fatigue. Voilà. Mais l’explication est un peu courte. Je vais essayer d’aller au-delà du sentiment pour expliquer mon raisonnement quant à ma façon d’envisager les choses.

De quelle psychologie je parle ici ?

La psychologie est une discipline dans laquelle les écoles – que certains appellent avec un peu de mépris, des chapelles – sont nombreuses. Celles-ci donnent le sentiment, souvent à celles et ceux qui les regardent de loin, d’être le support de querelles inutiles de pontes aux égos surdimensionnés. Il y a là peut-être une part de vrai. Mais, la lecture s’arrête souvent à ce stade et occulte ce qu’il peut y avoir de rationnel à l’existence même des écoles. Elles forment des groupes qui se rassemblent autour d’approches épistémologiquement cohérentes. Par exemple, il est difficile de demander à un psychologue qui pense sa pratique avec la psychanalyse, d’aller l’étayer avec du behaviorisme ou de la thérapie cognitivo-comportementale (ces deux approches reposant sur des conceptions du psychisme radicalement différentes). Certains psychologues, pourtant, disent volontiers emprunter à différents courants, pour des raisons purement opérationnelles. Mais il me semble que cela se fait bien souvent à la marge d’une façon centrale d’analyser les choses quand on y regarde de plus près.

Mais choisir se situer dans tel ou tel courant, c’est donc opérer un choix épistémologique. Un choix qui fonde le reste d’une manière d’envisager une part du psychisme. Pour le dire simplement, envisager le behaviorisme, c’est reléguer au second plan l’intérêt que l’on porte à la subjectivité et se centrer sur la prise en charge des manifestations extérieures, des symptômes. A l’inverse, la psychanalyse met au premier plan la question de la subjectivité. Il ne me paraît pas possible de dire qu’une approche serait meilleure qu’une autre. L’important est de pouvoir percevoir la cohérence globale de la théorie. En ce qui me concerne, mon parcours de médecin du travail et mes rencontres m’ont progressivement amené à m’intéresser à la clinique de l’activité, courant proposé par Yves Clot (3). C’est une approche en psychologie du travail qui s’inscrit dans le courant historico-culturel, dont la figure majeure est celle de Lev Vygotski, psychologue russe de la première partie du vingtième siècle. Si je raconte tout cela, c’est pour vous permettre de mieux saisir de là où je parle.

Mais revenons au message de Brigitte. Pourquoi diable avoir « Grrr-é » Christophe André sur Facebook ?

De mon point de vue, l’approche défendue par Christophe André est égocentrisante et fataliste. Je vais m’expliquer précisément sur ces deux termes.

Une approche égocentrisante

Yves Clot, s’appuyant sur les écrits de Mikhail Bakhtine, a proposé le modèle de l’activité dirigée (4). Une activité – quelle qu’elle soit, professionnelle ou non – est développée par un individu, en relation avec un autre, et les deux sont tournés vers un objet qui leur est commun, par l’intermédiaire d’instruments symboliques ou techniques.

Pour tenter de l’illustrer simplement, je vais prendre un exemple personnel. Un jour, après avoir essuyé l’annulation du dernier avion pour rentrer à Brest pour cause de mauvais temps, j’ai été hébergé à l’hôtel près de l’aéroport d’Orly. Le lendemain matin, pour regagner l’aéroport, j’ai dû attendre le bus à un aubette dans laquelle était diffusé (vocalement) en continu le message « Prochain bus dans 8 minutes, le suivant dans 18 minutes… Prochain bus dans 8 minutes, le suivant dans 18 minutes… Prochain bus… ». Après 5 minutes pendant lesquelles les 8 minutes n’avaient toujours pas fondu, j’entreprends la conversation avec une autre personne de l’arrêt. « Il n’arrive pas ? » lui dis-je. Cette simple phrase illustre cette théorie. Mon camarade d’infortune et moi-même sommes alors tournés vers le même objet (l’hypothétique bus qui nous conduirait à l’aéroport), par l’intermédiaire d’un instrument symbolique (le langage). Et nous n’avons pas besoin de tout détailler. Quand j‘utilise le pronom personnel « il », dans le contexte, mon interlocuteur comprend de suite que je parle du bus, sans l’avoir jamais explicité.

Bien souvent, les problématiques de souffrance au travail me sont spontanément rapportées par les patients qui viennent à ma consultation sous l’angle purement interpersonnel. Au lieu d’avoir un triangle, on n’en aurait que la base, amputée de la pointe qui concerne l’objet. Cela peut donner des phrases du type : « Monique à l’accueil a orienté son écran d’ordinateur de cette manière pour m’embêter », « mon employeur a le mal dans les yeux », « mon employeur n’en a qu’après moi »… Il est davantage question ici de la qualité de la relation interpersonnelle que du lien spécifique qui réunit les deux personnes dans la situation de travail. C’est ce qui donne lieu à la facilité de la lecture des conflits au travail par la grille du fameux « conflit de personnes ». Si tant est qu’il puisse effectivement exister des incompatibilités d’humeur, les constater n’offre bien souvent aucune autre piste opérante pour régler la situation que l’élimination pure et simple de l’un des deux protagonistes (que l’on mutera dans un autre secteur, que l’on mettra inapte à son poste de travail…). L’intérêt du modèle de l’activité dirigée dans ce cas est de tenter de resituer le débat sur ce qui est donc censé réunir ces deux personnes : le travail. Qu’est-ce qui dans le travail se déroule mal au point d’avoir une répercussion sur la qualité de la relation interpersonnelle ? De ce point de vue, le conflit interpersonnel est vu d’abord comme une conséquence de la dégradation de la qualité du travail lui-même et des conditions de sa réalisation. Une bonne situation de travail doit pouvoir permettre de faire tenir ensemble des gens qui naturellement se détesteraient potentiellement.

Là où je cherche un élargissement de ce triangle au-delà de la relation interpersonnelle, l’approche en termes de méditation de pleine conscience en fait une attrition au seul individu. En bref, non content d’enlever la pointe « objet », on en enlève également la pointe « autrui ». Il s’agit de se couper de l’influence – néfaste – d’autrui pour se recentrer sur soi. De prendre sur soi pour optimiser sa bienveillance. D’apprendre à croquer des grains de raisins, à s’étirer, à être bienveillant avec les autres. Bref, à améliorer son « hygiène mentale » (5).

C’est en cela qu’il me semble que l’approche est, au sens strict que l’on peut prêter à ce barbarisme, égocentrisante. L’idée est qu’il serait nécessaire de prendre des cours, des leçons pour pouvoir s’en sortir dans la vie et gérer l’autrui. Au même titre qu’il serait nécessaire d’apprendre les bases de l’hygiène posturale pour limiter les lombalgies – chose dont l’inefficacité a été clairement démontrée depuis, par ailleurs -, il serait nécessaire d’avoir des bases pour affronter la dure réalité de la vie. Car nous serions spontanément incompétents à gérer l’autrui, la vie, nos émotions, prendre du plaisir, croquer des grains de raisin…. Il y a des bonnes méthodes à suivre. Christophe André est là pour nous les transmettre. Merci à lui.

Lire la suite sur le site de Médiapart >>>

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(1) Ce message est absolument authentique. Il m’a été envoyé le 2 avril dernier par une personne qui n’est pas une de mes « amies » Facebook. Néanmoins, « a stranger is just a friend you haven’t met » !
(3) L’émission « Espaces de travail » a reçu Yves Clot. Vous pouvez la visionner à l’adresse suivante : https://www.mediapart.fr/journal/economie/290815/espace-de-travail-comment-repenser-la-qualite-du-travail
(4) Vous trouverez plus d’explications dans un ouvrage comme Travail et pouvoir d’agir aux éditions PUF.
(5) Christophe André utilise cette expression d’« hygiène mentale » dans la réflexion qu’il développe sur le titre à donner d’un des ouvrages co-écrit avec le moine bouddhiste Matthieu Ricard et Alexandre Jollien, Trois amis en quête de sagesse. Par souci d’honnêteté avec le lecteur, je fais cette citation de tête, mais on ne manquerait pas de me poster un commentaire si je commettais une erreur. De toute façon, on ne manquerait pas de me poster des commentaires dans tous les cas.

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mer., 04/10/2017

5 conseils pour définir et venir à bout du burn-out

Nous assistons, dans les consultations spécialisées dans la souffrance au travail, à une simplification de langage de la part des patients, tous en « burn-out » comme, à une époque tous « harcelés ».

Nous assistons, dans les consultations spécialisées dans la souffrance au travail, à une simplification de langage de la part des patients, tous en « burn-out » comme, à une époque tous « harcelés ». Le syndrome d’origine se transforme en concept-poubelle, en pop psychologie, vidé de sa définition véritable, et son omniprésence masque les autres pathologies psychiques liées au travail, tout aussi sérieuses à prendre en compte.

Du côté des entreprises, le burn-out est encore trop souvent renvoyé à des caractéristiques personnelles: surinvestissement du travail, terrain addictif, besoin excessif de reconnaissance, engluant le salarié dans sa culpabilité individuelle, exonérant les organisations du travail de leur obligation de protection de la santé physique et mentale des salariés (L 4121). La conscience professionnelle, autrefois vertu majeure, est-elle devenue une pathologie? Vouloir bien faire son travail en ayant le temps, les moyens, les objectifs, relève-t-il d’un idéal névrotique ?Le burn-out pour les nuls - Marie Pezé

Au-delà des questions de définitions, d’imputabilité ou pas à l’entreprise, de reconnaissance en maladie professionnelle, qui nécessiteraient une argumentation que je développe dans Le Burn-out pour les nuls, et devant l’aggravation et la multiplication des cas dans nos consultations, voici quelques conseils majeurs :

Ne pas mépriser sa fatigue et connaître les trois symptômes d’alerte

Une fatigue indéracinable, un repos qui ne repose plus. Une perte du plaisir à aller travailler. Le recours aux produits pour tenir. A ce stade, il faut consulter.

Ne pas se laisser dévorer par le dieu du temps, Chronos, qui devient vite un voleur de vie

Ne vous laissez pas avoir par le bip de l’e-mail entrant, par le nombre d’e-mails affichés pas encore lus, la messagerie saturée. Toutes ces mini-actions de lecture/compréhension/réponse vous épuisent et surtout vous empêchent de penser vraiment. Pour penser, réfléchir, votre cerveau a besoin d’espace et de temps. Ce fameux « temps de cerveau disponible » que notre civilisation consumériste sait capturer, REPRENEZ-LE ! Pour vous.

Travailler sur sa peur en ne restant pas seul

La peur cède quand on découvre qu’on n’est plus seul, qu’un médecin, un thérapeute, un avocat, un inspecteur du travail, un médecin-conseil peuvent s’interposer entre l’employeur et son salarié. Quand on devient un salarié averti de ses droits et de ses devoirs.

Bien sûr, il est plus simple de surmonter sa peur collectivement, quand on peut s’appuyer sur les collègues, le collectif, l’équipe. On a vu que dans un monde de polyvalence, de turn-over, de délocalisation, les équipes se disloquent. Or, ce qui se passe au travail est notre affaire à tous. Il faut défendre les autres pour renouer avec la solidarité.

Non, tout ne vient pas de nous

Il faut aussi tenir compte de la façon dont on organise notre travail, identifier les techniques de management pathogènes. Bien sûr, le travail est en forte résonance avec notre identité personnelle. Si le salarié s’investit trop au travail, on aura beau jeu de penser qu’il a un besoin éperdu de reconnaissance depuis l’enfance. Qu’il n’obéit pas aux consignes parce qu’il s’oppose inconsciemment à l’autorité paternelle! Mais peut-on dire à l’ouvrière, qui souffre des 27 bouchons qu’elle visse par minute, que son OEdipe y est pour quelque chose? Peut-on dire au harcelé qui s’effondre à son poste: « Partez au lieu de supporter cette souffrance », alors que démissionner lui ferait perdre ses droits sociaux? Les Françaises apportent-elles leur consentement pulsionnel à être payées 25% de moins que les hommes?

Sachez reconnaître votre propre travail à défaut d’obtenir la reconnaissance de votre hiérarchie

Ce que nous investissons dans le travail ne peut se soutenir que grâce à des gratifications obtenues en retour :

  • Gratifications issues du travail lui-même lorsqu’il est bien fait et nous renvoie une image positive de nos compétences. Sauf si nous travaillons en mode dégradé!
  • Gratifications réelles au travers du salaire ou d’autres avantages. Sauf si ces rétributions sont bloquées!
  • Gratifications symboliques par ce que l’usager pour qui nous travaillons, notre hiérarchie et nos collègues, nos pairs nous renvoient l’utilité de ce que nous avons fait pour eux. Sauf s’il est de bon ton de ne jamais remercier le salarié pour le travail bien fait, de ne pas le rater quand il a fait une erreur.

Pour vous les femmes, il est temps de redire qu’une double journée pèse sur vos épaules et que cela ne doit plus être une double peine

C’est toujours EN CONTRE que le corps de la femme va devoir trouver sa place dans l’organisation du travail en France. Elles doivent s’adapter à un monde du travail construit par les hommes qui ont des femmes les déchargeant de la sphère domestique et familiale. D’où les réunions tardives, les dossiers déposés à 18 heures, les freins à la carrière quand on a des enfants et que l’employeur anticipe les absences pour enfant malade, les temps partiels. Et tout en supportant le sexisme ordinaire qu’on taxe encore trop souvent de gauloiserie à la française.

Dans tous les cas, ne restez pas seuls !

Via huffingtonpost.fr (article de Marie Pezé)

Sur notre site :

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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lun., 02/10/2017

TÉLÉVISION – « Burning Out, dans le ventre de l’hôpital » – Mardi 3 octobre 20h50 – Arte

Au bloc opératoire de l’hôpital Saint-Louis, à Paris, le « burn out » menace à tous les échelons. D’une intervention qui voit fuser les noms d’oiseaux à des réunions de crise où se déversent des doléances concurrentes, le réalisateur Jérôme le Maire a su capter le mal-être général des soignants.

Le réalisateur Jérôme le Maire a passé deux ans au sein de la très réputée unité chirurgicale de l’hôpital Saint-Louis, l’un des grands établissements parisiens. Pendant un an, sans filmer, il s’est familiarisé avec l’ensemble du personnel qui travaille à flux tendu dans les quatorze salles d’opération du bloc, chacune accueillant huit à dix interventions par jour au fil d’une organisation très complexe. Il a ensuite tourné seul, toute une année, au cœur de ce collectif professionnel chevronné, qui tient chaque jour entre ses mains la vie et la mort des patients. D’une intervention qui voit fuser les noms d’oiseaux à des réunions de crise où se déversent des doléances concurrentes, il capte un mal-être général qui, des aides-soignantes aux chirurgiens, « déborde, déborde, déborde », comme le planning que les gestionnaires du service n’ont de cesse de vouloir « optimiser ». Entre deux prises de bec, les protagonistes confient leurs états d’âme ou leurs réflexions et s’accordent à reconnaître, en dépit de leurs différends, une commune origine à la pathologie qui les affecte tous. « Les conditions de travail se sont dégradées mais le travail, lui, ne doit pas se dégrader« . Car même si les patients semblent se réduire à la partie tranchée et recousue de leur anatomie, ces soignants n’oublient jamais la responsabilité extrême qui est la leur. La direction diligente alors un audit sur la qualité de vie au travail, qui se recentre bientôt sur l’analyse des « process » et de leur « efficience »…

Urgence

Cette fascinante tragi-comédie humaine dévoile au profane ce qu’il ne voit jamais d’ordinaire : la souffrance de ceux qui soignent, d’abord, mais aussi la réalité crue d’une salle d’opération, car le réalisateur y est accueilli comme un membre de la famille, devant qui on n’a pas besoin de cacher le linge sale. S’il pointe des causes maintes fois dénoncées par les syndicats – augmentation continue de la charge de travail, gestion technocratique imposée d’en haut, atomisation d’équipes autrefois soudées…–, Jérôme le Maire, en laissant s’exprimer des points de vue contradictoires, met aussi en évidence la complexité du problème. Ce portrait intensément vivant d’un hôpital au bord de la crise de nerfs se veut plus largement la métaphore d’un monde du travail ravagé par la perte de sens et désormais en état d’urgence, selon le livre de Pascal Chabot qui l’a inspiré, « Global burn-out ».

Mardi 3 octobre – 20h50 sur Arte >>>

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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