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mer., 03/01/2018

Café Citoyen Santé et Travail : « Le silence des hommes derrière le bruit des machines » avec Jean AUROUX

Rencontre le 16 janvier 2018 avec Jean AUROUX, ministre du travail dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy.

Il est l’auteur d’un ensemble de textes connus sous le nom de Lois Auroux, qui ont profondément transformé le droit du travail.

En 1982, ces lois ont donné plus de poids aux salariés dans l’entreprise en créant une nouvelle instance de représentation, le CHSCT (Comité Hygiène Sécurité et Conditions de Travail), le droit de retrait, le droit d’expression…
Une parole donnée aux travailleurs que la nouvelle réforme veut étouffer.

« Supprimer le CHSCT est une erreur fondamentale »

C’est au regard de cette immense expérience que Jean AUROUX met en cause une fragilisation du contrat de travail à travers les nouvelles mesures sur les contrats de mission, de chantier, de projet, et la généralisation de l’instance unique de représentation du personnel : « La fusion des IRP (instances représentatives du personnel) est une grave erreur, dit Jean Auroux. Le gouvernement met de côté le CHSCT (Comité Hygiène Sécurité et Conditions de Travail) qui est pourtant l’une des institutions les plus dynamiques de France. Dans le cadre d’une société qui évolue toujours plus vite, se priver d’un tel atout, avec des élus devenus avec le temps très compétents, est une erreur fondamentale. Au lieu de soutenir le travail, on l’affaiblit et on favorise le capital. C’est l’affaiblissement de la démocratie, qui pour moi est le partage du savoir, de l’avoir et du pouvoir. »

Le 16 janvier 2018, les Cafés Citoyens Santé et Travail donneront donc la parole à Jean AUROUX afin d’évoquer ce droit du travail que l’on voit « évoluer » – régresser – à grande vitesse ces dernières années, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur les conditions de travail et la santé de millions de salariés et de fonctionnaires en France. N’oublions pas que le CHSCT, instance représentative essentielle contenait, les termes « HYGIÈNE », « SÉCURITÉ » et « CONDITIONS DE TRAVAIL »… Supprimer les CHSCT : une erreur fondamentale !

Ce Café Citoyen Santé et Travail sera également pour le public l’occasion d’échanger avec l’ancien ministre, de lui poser des questions, voire de témoigner sur les évolutions du monde du travail depuis plus de 30 ans…

Informations pratiques et conditions d’entrée :

Date : mardi 16 janvier 2018.
Heure : de 20h à 21h30.
Lieu : café/restaurant Le Balbuzard, 54 rue rené Boulanger, 75010 Paris, métro République
Participation : 10 € (consommation non comprise) à verser le soir de la conférence.
Inscription obligatoire à l’adresse : cafe.sante.travail@gmail.com

Café Santé et Travail avec Jean Auroux

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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jeu., 28/12/2017

Les conditions de travail des salariés restent préoccupantes

Le ministère du travail a dévoilé son étude sur les conditions de travail et les risques psychosociaux à partir d’un échantillon de 20 990 salariés représentatifs de l’ensemble des salariés du privé et du public. Les résultats sont en demi-teinte.

Une intensité du travail encore élevée, des pénibilités physiques toujours présentes, encore moins d’autonomie mais plus d’entraide dans le travail. Telles sont les grandes lignes de la sixième enquête sur l’évolution des conditions de travail de 1984 à 2016, réalisée par la Dares, le service statistique du ministère du travail (1), sur un échantillon de 20 990 salariés représentatifs de l’ensemble des salariés du privé et du public.

Un bilan plutôt négatif, alors qu’en septembre dernier, le Centre d’études de l’emploi et du travail classait la France parmi les trois pays de l’UE où les salariés sont les plus exposés à une dégradation de leurs conditions de travail.

Une pression au travail toujours présente

La pression sur le lieu de travail reste omniprésente pour une partie des salariés. Près d’un tiers d’entre eux déclare « travailler sous pression ». Différents facteurs peuvent l’expliquer?: presque la moitié des salariés déclare se dépêcher « toujours ou souvent » et « devoir penser à trop de choses à la fois », et plus d’un tiers subit au moins trois contraintes de rythme de travail. Par exemple, une « demande de clients obligeant une réponse immédiate », des « normes de production à satisfaire en une journée », un « contrôle ou suivi informatisé » et/ou des « contrôles réguliers de la hiérarchie »…

43 % des salariés déclarent « ne pas pouvoir quitter leur travail des yeux », presque trois fois plus qu’en 1984. Le travail en urgence continue également à augmenter, notamment chez les femmes, dont plus des deux tiers doivent fréquemment abandonner une tâche pour une autre plus urgente. Un quart des salariés dit tout simplement « craindre pour son emploi ».

Lire la suite sur le site La-croix.com

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mer., 27/12/2017

Santé au travail: au-delà des discours, le gouvernement veut tailler dans les budgets

Alors que le gouvernement a lancé une mission sur la santé au travail, une note de Bercy laisse craindre une nouvelle réduction des moyens pour la branche accidents du travail et maladies professionnelles de la Sécurité sociale, qui aide chaque année les quelque 800 000 salariés victimes.

L’an dernier encore, environ mille personnes sont mortes des suites d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle reconnue. Malgré une baisse continue depuis 2002, la Sécurité sociale a dénombré en 2015 plus de 760 000 sinistres professionnels ayant entraîné un arrêt de travail. Enfin, ce sont près de 8 milliards d’euros de prestations qui sont versés aux victimes, année après année, en guise de réparation financière. Le travail abîme, tue parfois, et tout cela a un prix.

Dans un tel contexte, la suppression depuis le début du quinquennat du compte pénibilité et du CHSCT a eu l’effet d’un double coup de poignard dans le petit monde de la santé au travail. Le compte pénibilité permettait jusqu’ici de cumuler des points pour changer de métier en cas d’exposition dangereuse ou de partir plus tôt à la retraite sans décote. D’une redoutable complexité administrative, il n’avait pas que des partisans, chez les salariés comme chez les employeurs. En le transformant, dans les ordonnances, en « compte de prévention », il s’amenuise néanmoins sacrément : quatre facteurs de risques sur dix (le port manuel de lourdes charges, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et les agents chimiques dangereux, y compris les poussières et les fumées) sont désormais exclus de ce compte à points.

La disparition du CHSCT, inscrite dans les ordonnances, n’est pas vraiment non plus bien passée. L’instance, depuis une vingtaine d’années, a permis de former et de sensibiliser salariés et directions aux enjeux de la santé au travail, sur un spectre qui va aujourd’hui de la poussière d’amiante aux risques psychosociaux, en passant par les effets du froid, du bruit, des poussières, des produits chimiques. Fusionnés dans un seul et même comité économique et social, les représentants du personnel craignent de perdre des heures de délégation et des compétences sur ces sujets, d’autant plus que les négociations autour de l’emploi sont amenées à s’accroître fortement, aux dépens de tout le reste.

Afin d’éteindre l’incendie naissant, les ministres de la santé et du travail, Agnès Buzyn et Muriel Pénicaud, ont donc annoncé fin novembre une nouvelle mission sur la santé au travail. « Les accidents du travail et les maladies professionnelles sont encore trop nombreux, insiste le gouvernement. Les services de santé au travail, acteur central de la politique de prévention, souffrent d’une désaffection qui peut, sans action corrective, devenir problématique. De multiples acteurs interviennent en la matière, au niveau national comme au niveau régional ou local, sans toujours la coordination nécessaire pour maximiser l’efficacité des actions portées. »

La mission s’appuie de fait sur le dernier plan trisannuel en la matière (PST3), piloté par l’État et les partenaires sociaux. Le constat est là encore sans équivoque : « La culture de prévention demeure en France encore globalement en mode mineur […]. À rebours d’une vision centrée sur la réparation et donc d’un travail avant tout potentiellement pathogène, le PST remet le travail au centre des préoccupations et la culture de prévention au cœur de toutes les actions. »

La communication fonctionne donc à plein, mais les moyens seront-ils à la hauteur ? Un premier test permet de mesurer l’éventuel écart entre un discours et des actes. Les partenaires sociaux s’accordent actuellement sur les objectifs d’une des quatre branches de la Sécurité sociale dédiée à la prise en charge des accidents du travail et des maladies professionnelles (AT-MP). Cette branche, peu connue, indemnise les salariés victimes, fixe la contribution respective des entreprises au financement du système et met en œuvre la politique de prévention des risques professionnels.

Les syndicats ont appris par une note de Bercy que le ministère des finances demandait une réduction sévère du budget de la branche, 15 % en moins sur le fonctionnement et 10 % en moins sur les effectifs. Si cette baisse est avérée, cela signifie 80 postes en moins dans les services prévention des caisses d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat), et 58 postes supprimés sur 610 à l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des maladies professionnelles et des accidents du travail (INRS).

Lire la suite sur le site de Médiapart

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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sam., 23/12/2017

L’Observatoire de la souffrance au travail des anesthésistes s’ouvre à l’ensemble des PH

Créé en 2009 par des anesthésistes-réanimateurs, dont feu Max-André Doppia , sous l’égide du syndicat SNPHAR-E, l’Observatoire de la souffrance au travail (OSAT) s’est dans un premier temps uniquement consacré aux anesthésistes réanimateurs. Repris par l’intersyndicale Action praticien hôpital (APH), il s’ouvre désormais à l’ensemble des praticiens hospitaliers.

Premier bilan des anesthésistes en souffrance : cotation de la souffrance de 8 sur 10

Depuis huit ans que OSAT fonctionne pour les médecins réanimateurs, un premier bilan peut être tiré. Quelque 200 appels ont été reçus, issu à 62% des centres hospitaliers non universitaires, contre 38% provenant des CHU. Majoritairement, les appels proviennent de femmes médecins, à 60%. Leur âge moyen est de 50,4 ans. « La cotation moyenne de la souffrance s’élève à 8 sur une échelle verbale de 10 ». Principalement, les médecins en souffrance évoquent des situations de « mépris, dévalorisation, déconsidération, placard et isolement, menaces, injures ». Le harcèlement, qu’il provienne de collègues, de chefs de service, de membres de directions hospitalières, de personnel non médical, est déclaré dans 67% des cas. Dans un tiers des cas, cette souffrance morale s’accompagne de symptômes physiques : digestifs, cardio-vasculaires, musculo-squelettiques. Dans 18% des cas, les déclarants font appel à des antidépresseurs, et un arrêt de travail supérieur à deux semaines est présent dans 24% des cas. Deux tentatives de suicides ont été recensées.

Conflit avec la hiérarchie en première ligne

Les causes des souffrances les plus souvent citées sont la surcharge de travail, le fardeau émotionnel, la désorganisation du service, le dialogue impossible avec la hiérarchie, une absence de reconnaissance… Quoi qu’il en soit, selon l’OSAT, 90% des causes de la souffrance ont pour point commun des conflits avec la hiérarchie, médicale ou administrative. OSAT souligne également que cette souffrance au travail a un coût socio-économique, ne fût-ce qu’en considérant les prises en charge médicales et les arrêts de travail. « La souffrance au travail est croissante, quotidienne dans les équipes. Il ne se passe pas un jour sans que l’un de nos collègues nous en fasse part. Il est particulièrement nécessaire de mettre en place des outils de prévention qui ne soient pas des gadgets de qualité de vie au travail », insiste Nicole Smolski, présidente d’honneur d’APH. L’intersyndicale APH a également rappelé qu’elle milite pour la présence des syndicats de praticiens hospitaliers au sein des Comités hygiène sécurité et conditions de travail (CHSCT). Une vieille revendication passée de date, à l’heure où les Ordonnances Macron viennent tout simplement de supprimer cette instance de dialogue…

Lire la suite sur le site Medscape

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mar., 19/12/2017

Le stress au travail persiste pour salariés et cadres dirigeants

54% des salariés affirment subir un stress régulier à leur travail tout comme 66% des managers, selon un baromètre de l’organisme de formation professionnelle Cegos publié mardi.

Plus d’un salarié sur deux et deux cadres dirigeants sur trois d’entreprises de plus de 100 salariés disent subir un stress régulier dans leur travail, qu’ils attribuent à la « charge de travail », au « poids de l’organisation » et à « la pression de la hiérarchie », selon un baromètre publié mardi. A l’assertion « je subis un stress régulier dans mon travail », 54% des salariés répondent oui (-1 point par rapport au précédent baromètre, en 2015), comme 66% des managers (-7 points), selon ce baromètre de l’organisme de formation professionnelle Cegos portant sur des entreprises de plus de 100 salariés.

Une charge de travail trop grande.

Interrogés sur les « sources de ce stress », 49% des salariés, 52% des managers et 50% des directeurs et responsables des ressources humaines (DRH-RRH) citent « une charge de travail trop importante », un critère en nette baisse depuis 2015. Pour 37% des salariés et 31% des DRH il est lié à « un manque ou une mauvaise organisation du travail ». Un tiers (32%) des salariés (+12 points) et 30% des managers (+8 points) l’attribuent à « un manque de soutien » et à un « sentiment d’isolement ». Et pour 28% des salariés (+5 points) comme 30% des managers (+8 points) et 31% des DRH (+15 points), ce stress est dû à « la pression exercée par la hiérarchie ». Ces deux derniers critères remontent « en flèche », soulignent les auteurs de l’enquête.

Un impact sur la santé.

Parallèlement, 60% des salariés (-23 points) et 65% des managers (-1 point) estiment que « ce niveau de stress a un impact négatif sur (leur) santé ». Conséquences : « le burn-out et la dépression s’ancrent durablement dans le paysage professionnel » avec 28% des salariés et 26% des managers déclarant que leur travail leur a déjà causé des « problèmes psychologiques graves », dont ces pathologies, selon l’enquête.

Beaucoup travaillent en dehors de leur temps de travail.

Concernant la « motivation » des salariés au travail, 45% d’entre eux évoquent « le simple fait d’avoir un travail et de ne pas être au chômage », tout comme 20% des managers (+13 points). Parmi les DRH, 77% (+23 points) estiment que les cadres travaillent en dehors de leur temps de travail, et 60% (+38 pts) que cette tendance touche aussi les non cadres. Interrogés directement, 41% des salariés déclarent travailler en dehors de leur temps de travail tout comme 61% des managers. Paradoxalement, 82% des salariés (+7 points) et 79% des managers (+12) disent parvenir à préserver « un équilibre satisfaisant entre vie professionnelle et vie privée ».

Ce baromètre a été réalisé au mois de septembre 2017 auprès de 1.115 personnes (700 salariés, 250 managers et 165 directeurs et responsables des ressources humaines) d’entreprises du secteur privé de plus de 100 salariés, selon la méthode des quotas.

Via le site Europe 1

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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ven., 15/12/2017

Invisible pénibilité du travail féminin

Pour faire passer le recul de l’âge de la retraite, le précédent gouvernement français avait promis la création d’un compte personnel de pénibilité, ouvrant le droit à un départ plus précoce. Non seulement les critères ont été réduits par l’actuelle équipe, mais la plupart avaient été définis en fonction du travail masculin. Les facteurs de risques encourus par les femmes demeurent occultés, comme les gestes répétitifs ou les tâches liées au nettoyage et aux services à la personne.

Quand elle a appris qu’elle devait arrêter de travailler, Mme Béatrice Boulanger, aide à domicile, en a pleuré : « Je les aimais bien, mes mamies et mes papys », explique-t-elle en souriant. En ce samedi matin ensoleillé, dans le Pas-de-Calais, elle a d’abord pris le temps de servir le thé, qu’elle touille en énumérant ses soucis : une prothèse d’épaule, de l’omarthrose (usure du cartilage de l’articulation de l’épaule), un rétrécissement du rachis cervical, de l’arthrose cervicale et une rhizarthrose (arthrose de la base du pouce). « Tous mes problèmes de santé viennent des charges que j’ai dû soulever, c’est le chirurgien qui me l’a dit. » Le praticien lui a également confié qu’elle avait « un corps de vieillard », à 52 ans.

Après avoir fabriqué à la chaîne des pantalons pendant dix ans, Mme Boulanger s’est rendue plusieurs fois par jour chez des personnes âgées, parfois gravement malades, pour les aider à se lever, à faire leur toilette, à se préparer à manger, à aller se coucher. « J’ai tout appris sur le tas, sans formation. Je me suis occupée de beaucoup de cas lourds, c’est là que je me suis foutu l’épaule en l’air. » En février 2015, alors qu’elle soulevait une vieille dame pour l’aider à sortir de la baignoire, « ça a craqué, raconte-t-elle. Tout s’émiettait autour. Les médecins ont dû couper la tête d’épaule ».

Comme Mme Boulanger, de plus en plus de femmes sont victimes d’accidents du travail. D’après l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), « si les accidents du travail avec arrêt baissent globalement de 15,3 % entre 2001 et 2015, ils progressent pour les femmes. Sur cette période, [ils] ont augmenté de 28 % pour [celles-ci] tandis qu’ils ont baissé de 28,6 % pour les hommes ». Ce spectaculaire écart s’explique en partie par les évolutions de l’emploi en France : d’un côté, les emplois industriels, traditionnellement les plus dangereux et masculins, disparaissent ; de l’autre, (…)

Suite de l’article réservée au abonnés au Monde Diplomatique

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mer., 13/12/2017

Souffrance au travail : lancement d’un observatoire pour aider les praticiens hospitaliers

L’objectif est de mieux repérer et aider les professionnels touchés, soumis notamment à des pressions managériales de plus en plus fortes.

Face à la « dégradation des conditions de travail » à l’hôpital, l’organisation Action praticiens hôpital (APH), qui regroupe une dizaine de syndicats, a lancé, jeudi 7 décembre, son observatoire de la souffrance au travail. L’objectif est de mieux repérer et aider les professionnels touchés.

A travers un questionnaire détaillé accessible en ligne, l’organisation veut définir les raisons du mal-être ressenti par certains praticiens (médecins, dentistes, pharmaciens) et dresser une « cartographie régionale et nationale de situations » jugées « indésirables et évitables ».

Les « pressions managériales » de plus en plus fortes

« Certaines disciplines sont particulièrement touchées », a expliqué Jacques Trévidic, président d’APH, citant les « urgentistes, les anesthésistes, les biologistes » ou les « psychiatres ». Sans compter les « chirurgiens qui, aux yeux des directions, ne sont pas assez rentables », a abondé Nicole Smolski, la présidente d’honneur. « Dans certains établissements, on n’est plus loin de ce qui se passe à Lidl ou Amazon », a-t-elle raillé.

En cause, la « tarification à l’activité », un mode de financement des hôpitaux controversé, que veut revoir le gouvernement, mais aussi les « pressions managériales » de plus en plus fortes de « l’hôpital entreprise », ou encore les restructurations liées aux groupements hospitaliers de territoire.

L’outil développé par APH s’appuie sur l’observatoire déjà mis en place à la fin de 2009 par le syndicat d’anesthésistes SNPHAR-E, mais il vise un public plus large, APH étant constitué de deux intersyndicales (Avenir Hospitalier et CPH) regroupant 14 syndicats et organisations. Selon les données récoltées entre 2010 et 2015 (200 appels), « 90 % des causes de la souffrance déclarée ont pour point commun des conflits avec la hiérarchie, médicale ou administrative », la surcharge de travail étant une cause « fréquente mais pas systématique ».

Via le site du Monde

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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jeu., 07/12/2017

Cafés Citoyens Santé Travail : le programme du 1er semestre 2018

Les Cafés Citoyens Santé et Travail continuent en 2018.

Vous avez été nombreuses et nombreux à venir assister aux premières conférences-débats donnés par les membres du réseau Souffrance & Travail depuis septembre 2017.

En 2018, ces rencontres continuent autour de sujets tout aussi percutants et proches des préoccupations des citoyennes et citoyens qui connaissent à leur travail des situations de souffrances.

  • Mardi 16 janvier 2018 : “Le silence des hommes derrière le bruit des machines.”
    Avec Jean Auroux, ancien ministre du Travail.
  • Mercredi 7 février 2018 : “Que dire sur le harcèlement moral en 2017 ?”
    Avec Marie-France Hirigoyen, médecin psychiatre, psychanalyste, spécialiste du harcèlement moral, qui revient pour la seconde fois évoquer ce sujet.
  • Mardi 13 février 2018 : “Les sources de la souffrance au travail à l’heure de la révolution managériale.”
    Avec Vincent de Gaulejac, professeur émérite à l’université Paris 7-Denis Diderot, président du Réseau international de sociologie clinique (RISC).
  • Jeudi 15 mars 2018 : “Le burn-out des soignants – La souffrance dans le milieu hospitalier.”
    Avec Richard Torrielli, de l’OSAT-APH, l’Observatoire de la Souffrance au Travail (OSAT)-Action Praticiens Hôpital (APH).
  • Mardi 10 avril 2018 : “Santé au travail : les “crimes” industriels.”
    Avec Jean-Paul Teissonnière, avocat, et Annie Thébaud-Mony, sociologue.
  • Mercredi 23 mai 2018 : “La souffrance au travail dans la fonction publique : quelles particularités ?”
    Avec Benoît Arvis, avocat spécialiste de la fonction publique.
  • Mardi 26 juin 2018 : “Devenir un salarié averti pour ne plus souffrir au travail.”
    Avec Marie Pezé, psychologue, fondatrice du réseau “Souffrance & Travail” (association Diffusion et Connaissance du Travail Humain-DCTH).


Informations pratiques et conditions d’entrée :

  • Lieu : café/restaurant Le Balbuzard, 54, rue rené Boulanger, 75010 Paris, métro République.
  • Heure : de 20h à 21h30.
  • Participation : 10 € (consommation non comprise) à verser le soir de la conférence.
  • Inscription obligatoire à l’adresse : cafe.sante.travail@gmail.com

Un cycle de conférences-débats organisé par l’association Cafés Théma

Association Cafés Théma

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mer., 06/12/2017

[DOCUMENT] Lettre de recours amiable contre un refus de prise en charge en accident du travail

Objet : Contestation de la décision de la CPAM n° …

Madame, Monsieur,
La caisse primaire d’assurance maladie en date du ../../2017 (référence de la décision en objet de ce courrier) a refusé la prise en charge de mon arrêt de travail du ../../2017 au titre des accidents du travail (pièce jointe N°…) alors que les faits se sont déroulés sur mon lieu de travail, pendant mes heures de travail, en lien de subordination avec mon employeur et qu’il y a eu un fait soudain ayant entrainé une lésion à mon encontre.

Par conséquent, je conteste par la présente les motifs du refus et fait appel de la décision. J’ai l’honneur de saisir la caisse de recours amiable pour requalifier mon arrêt de maladie en accident de travail.

Je vous prie de bien vouloir trouver ci?dessous les éléments de droit et de faits à l’appui de ma demande.

Conformément à l’article L. 411?1 du code de la sécurité sociale définissant l’accident du travail, qui dispose qu’est « considéré comme accident du travail, quelle qu’en soit la cause, l’accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail à toute personne salariée ou travaillant, à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs ou chefs d’entreprise »,  j’ai bien été
victime d’un fait accidentel dans le cadre de mon activité professionnelle et ce fait accidentel a entraîné l’apparition soudaine d’une lésion.
Par application de la présomption d’imputabilité découlant de cet article, en tant que victime je n’ai donc pas à apporter la preuve du lien de causalité entre le travail et la lésion. Il devrait me suffire d’établir la réalité de l’accident et sa survenue aux lieux et au temps de travail. C’est ce que j’entends démontrer dans ce recours.
Pour apporter sa contestation du fait accidentel, s’il le conteste, et sa présomption d’imputabilité, il incombe à mon employeur de démontrer qu’au moment de l’accident je me livrais à une activité totalement étrangère au travail. Cela serait totalement faux puisque c’est dans le cadre de l’exécution du travail et des ordres de mon employeur que l’agression verbale ayant entraîné mon arrêt de travail s’est produite.

Pour la lésion, la CPAM doit apporter la «preuve contraire», c’est?à?dire que la lésion serait totalement étrangère au travail. Les éléments présentés ci?dessous et les pièces jointes à ce recours, notamment le certificat du Dr……établiront qu’il n’existe aucun autre élément que ceux du travail à l’origine de la lésion sous forme d’Etat de stress aigu (ESA) consécutive à la violente agression verbale de mon employeur.

La violente agression verbale sur le lieu et au temps de travail
En date du ../../2017 vers 13h45, Monsieur …, directeur de deux boutiques « …. » m’a téléphoné à la première boutique en me hurlant dessus : « Tu ramènes ton gros cul ici je ne suis pas un pédé pour récupérer des enveloppes pour la boutique du… ».
Brutalement heurtée par la violence de ces propos sexistes et homophobes, qui n’ont rien à faire dans une relation de travail normale, je suis arrivée au siège la boule au ventre vers 14 heures, j’ai déposé des serviettes. Monsieur … m’a à nouveau hurlé dessus de manière insultante et dégradante à mon égard et expliqué qu’il avait monté un dossier contre moi pour vol afin de me licencier.
Suite à cette agression verbale, je ne me sentais pas bien et à 17h30 et j’ai eu un malaise : angoisse, pleurs, tremblements. Une cliente a accepté de bien vouloir témoigner de l’état dans lequel je me trouvais (pièce N° 1). Bien que profondément affectée, je ne suis partie du travail qu’à 18 heures, à la fin de mon service.
J’ai avisé la médecine du travail de l’altercation ainsi que du malaise. Cette dernière m’a conseillé d’aller voir mon médecin traitant. Suite à ma visite chez lui, il m’a prescrit un arrêt de travail pour accident de travail (pièce N° 3) du fait que l’incident à l’origine des lésions qu’il a diagnostiquées et qui l’ont conduit à me prescrire un arrêt de travail étaient survenus sur le lieu de travail et pendant le temps de travail.
Le médecin du travail m’a aussitôt orientée vers le Dr.., spécialiste en souffrance au travail, qui a constaté l’état de stress aigu que le médecin avait diagnostiqué (pièce N° 2) ainsi que l’absence de tout antécédent.
En date du ../../2017 la médecine du travail m’a déclaré inapte à tout reclassement en une seule visite (pièce N° 4).

Des faits et évènements ci?dessus il résulte que :
L’agression verbale dont j’ai été victime le ../../2017 sur mon lieu de travail a entraîné un choc psychologique constaté par un témoin, par les certificats médicaux ainsi que par un arrêt de travail.
L’évènement et ses conséquences correspondent donc bien aux dispositions de l’article L. 411?1 du code de la sécurité sociale définissant l’accident du travail. Cet événement est soudain, daté, s’est produit au temps et au lieu de travail. Le fait générateur, qui est une agression verbale violente consécutive à des conditions de travail ayant déjà fragilisé mon état nerveux est totalement anormal dans une relation de travail. Cet évènement est en rupture avec le cours habituel des choses, brutal et imprévisible. Il constitue au demeurant un détournement du lien de subordination de la part de l’employeur.

C’est ce que confirme la cour de cassation et notamment par un arrêt du 4 mai 2017 (C. Cass. N°15?29.411) (pièce N° 6) qui confirme qu’en cas d’altercation l’arrêt de maladie doit être requalifié en accident de travail. Elle ajoute que pour rejeter le recours il est insuffisant que la CPAM mentionne que la salariée ne démontre pas suffisamment l’existence d’un lien entre son état et l’agression verbale dont elle a été victime et qu’en statuant ainsi alors qu’elle constatait que la salariée a été victime d’un malaise survenu au temps et lieu de travail la cour d’appel, reprenant les propos de la CPAM, avait violé le texte relatif à la reconnaissance des accidents du travail.
Une cour d’appel précise que, comme en matière d’accident atteignant l’intégrité physique déjà usée par les gestes professionnels d’un salarié, un accident atteignant son psychisme peut revêtir le caractère de soudaineté lié à un évènement précis de travail alors même que l’apparition d’une pathologie est progressive.
Il en résulte que j’ai donc bien été victime d’un accident du travail dans le cadre de mon activité professionnelle. L’élément déclencheur constitué par l’agression verbale et l’insulte, elle?même produite dans un cadre de travail pathogène constitué de pressions téléphoniques incessantes pour obtenir des attestations contre les salariés qui quittent l’entreprise, d’agression sexuelle comme cela est mentionné sur les pièces jointes à ce recours, est totalement anormal dans une relation de travail, en rupture avec le cours habituel des choses, brutal et imprévisible et ce fait accidentel a entraîné l’apparition soudaine d’une lésion.
L’employeur ne démontre aucunement que j’effectuais une activité étrangère au travail.
La CPAM n’apporte pas la «preuve contraire», c’est?à?dire que la lésion serait totalement étrangère au travail.

Les éléments de fait et de droit étant réunis, la présomption d’imputabilité doit s’appliquer et cet accident doit donc être reconnu au titre des accidents du travail.

De plus, selon l’article L. 4121?1 du Code du travail « L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ». Par les faits décrits ci?dessus, celui?ci a totalement manqué à cette obligation par son comportement agressif et insultant à mon égard et a lui?même directement provoqué la dégradation de mon état de santé.

Veuillez agréer Madame, Monsieur, mes salutations respectueuses.

Madame…

 

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Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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sam., 25/11/2017

Coke, weed, Lexomil. Prendre des substances pour tenir au travail

On vous a demandé à quoi vous vous « dopiez » pour faire face à vos conditions de travail, et pourquoi.

« J’étais focusé, plus créatif […] Dans le contexte du travail, j’ai souvent tendance à être réservé. Là, j’avais le courage de partager mes opinions », témoignait un programmateur informatique dans La Presse, lundi. Tous les matins, ce père de famille canadien ajoute un peu de LSD à son bol de céréales. Une microdose qui l’aide, quand il a « des trucs complexes » à gérer au boulot. Comme ce trentenaire, les jeunes entrepreneurs nord-américains – Silicon Valley en tête – seraient de plus en plus friands de ce psychotrope hallucinogène pour booster leurs performances au travail.

En France aussi, un nombre croissant d’employés, cadres ou ouvriers, consomment ou ont augmenté leur consommation de substances psychoactives (alcool, cannabis et médicaments psychotropes en tête) pour « assurer » au bureau.

Tabac, Red Bull et cocaïne

Les psychotropes ? Le spectre est large, la liste interminable. Du licite à l’illicite : caféine, tabac, alcool, anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères, anti-asthéniques comme le Guronsan ou le Red Bull, cannabis, amphétamines, cocaïne…

« Il faut se déprendre d’une approche par les substances et s’intéresser aux usages : que font les salariés de ces produits ? Pourquoi les consomment-ils ? », avertit le sociologue Renaud Crespin, coauteur de « Se doper pour travailler ? ».

Réunis en congrès la semaine dernière, des chercheurs plaident pour une nouvelle approche : celle du lien entre cette consommation (voire polyconsommation) massive et l’environnement professionnel. Le recours fréquent à ces « béquilles chimiques » en dirait davantage de nos conditions de travail et des normes managériales qui les régissent, que de l’usager lui-même.

« Fumer mon spliff me fait redescendre de ma journée »

A 46 ans, Matthieu* bosse dans le secteur des énergies renouvelables. Quand on lui téléphone à 8h30, ce responsable commercial vivant dans le sud de la France en est déjà à son quatrième café. Chaque jour, il s’en enfile une dizaine, assortis de deux paquets de cigarettes. Père de deux garçons, il nous parle de son quotidien « très speed » dans la petite entreprise où il est chargé de vendre chauffages et climatisations : « Si on ne fait pas de chiffre d’affaires, l’un de nous peut dégager. Mon salaire s’élève à 750 euros. Après, je grimpe avec les commissions. Pour atteindre 2.500 euros, faut en vendre des clim’ ! J’aurais un fixe à 1.500 euros net, j’me prendrais moins la tête. Tout ça génère un stress important. Le soir, certains s’ouvrent une bière ; moi, je me fume mon ‘spliff’. Ça me fait redescendre de ma journée. » S’il ne consomme jamais le matin, il n’est pas rare que Matthieu se grille aussi un « p’tit bédard » lors de sa pause déj’ ou entre deux rendez-vous, « histoire de rester zen ». « C’est plus sympa d’arriver détendu, avec le sourire, chez les gens. Ça me permet de rester cool et de pas angoisser. » Dans sa boîte, le commercial n’est pas le seul à recourir aux psychotropes pour tenir la cadence. « Avec mes deux collègues, nous fumons ensemble. Eux prennent parfois de la cocaïne. »

« Machine à performer »

Pour la médecin du travail Isabelle Bidegain, il est impératif de sensibiliser les chefs d’entreprise qui s’appuient sur le « management par objectifs ». Elle partage avec nous une anecdote significative. Un jour, un vendeur de voitures, dont la paie est indexée sur d’importantes primes de vente, vient la trouver. Il lui dit qu’il travaille tout le temps, même pendant ses vacances. Qu’il s’est mis sous cocaïne pour être plus efficace, qu’il doit travailler encore et encore, car pour la payer, il doit vendre toujours plus de voitures… Quand elle informe la société de la situation de cet employé – qui a réussi à se soigner –, le manager s’étonne : « Je ne comprends pas, qu’est-ce qui se passe ? C’est mon meilleur vendeur ! »
Pour le chercheur au CNRS Renaud Crespin, tout cela n’a rien d’étonnant : « Se doper renvoie à l’idée de tenir psychiquement et physiquement, et à un mode de concurrence que l’on retrouve beaucoup dans les entreprises qui prennent la compétition sportive et ses valeurs comme modèle. Comme si le travail ne pouvait pas être autre chose que de la simple compétition. » En somme, résume-t-il :
« L’organisation du travail est sous l’emprise d’un certain nombre de principes de management, qui tendent à réduire le salarié à une machine à performer. »

Pas un secteur professionnel n’échappe au phénomène. En France, premier pays consommateur de psychotropes, l’usage de psychotropes toucherait 20 millions d’actifs – en poste ou au chômage –, selon la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).

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Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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