Mot-clé - Suicide au travail

Fil des billets - Fil des commentaires

mer., 08/11/2017

Souffrance au travail : comment devenir une sentinelle de territoire

Les salariés doivent apprendre à protéger leur santé au travail, ainsi que celle de leurs collègues (article L4122-1 du code du travail). Ils doivent être à la fois avertis de leurs droits et de leurs devoirs vis à vis d’eux-mêmes et des autres. L’association DCTH «Souffrance et Travail» et les Cafés Théma sont sur le terrain pour les informer, car reconstruire une solidarité est une urgence !

À  l’heure où le salarié va perdre quelques acteurs essentiels pour protéger sa santé au travail (membres du CHSCT, visite chez le médecin du travail tous les 5 ans, plus de visite d’embauche, mais une simple information, moins d’inspecteurs du travail…), à l’heure où l’on  dénature ces véritables acteurs de la santé au travail en chief happiness et autres emballages softs et donc inefficaces, DCTH, association qui œuvre depuis 2010 pour la diffusion des connaissances sur le travail humain, par le biais du site www.souffrance-et-travail.com, a décidé d’aller sur le territoire à la rencontre des salariés pour continuer à transmettre ses connaissances et faire de celui que l’on appelle “la partie faible” dans le contrat de travail,  un salarié averti, une sentinelle de territoire.

Il y a 20 ans, naissait la première consultation “Souffrance et Travail”

La première consultation “Souffrance et Travail” est née au Centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre, en 1996, qui accueillait ceux qu’on appelait encore des clochards, pas encore des SDF, bref les naufragés de Patrick Declerck. Pour ces travailleurs qui avaient basculé hors du monde, il fallait une inventivité clinique sans relâche : Samu social, consultations de la précarité, consultations “Souffrance et Travail” ne pouvaient naître que là.

Dès cette époque, les patients accueillis dans cette consultation présentent des pathologies criantes, caricaturales, dans le département le plus riche de France, les Hauts-de-Seine (92) : travail sous contrainte de temps, harcèlement, emploi précaire, déqualification, chômage… semblent leur lot quotidien. Les récits sont les mêmes dans la bouche des accidentés du travail, des ouvrières atteintes de TMS (Troubles musculosquelettiques) et des cadres du quartier d’affaires de La Défense.

Des salariés… en apnée, la peur au ventre

Les patients présentent de spectaculaires tableaux de temps de guerre, les yeux hagards, en apnée, la peur au ventre. Ils évitent le quartier de leur entreprise ou bien ne sortent même plus. Car pour eux, dehors, tout fait sens, la couleur de cette voiture dans la rue est celle du N+1, ce parfum croisé sur le trottoir est celui de la collègue qui baisse les yeux quand ils sont humiliés en public, ce bruit métallique est celui qui résonne dans l’atelier quand le chef les insulte. Et l’angoisse alors surgit, incontrôlable ! La nuit, ils rêvent de couloirs où les épaules coincées, ils en sont rendus à attendre la boule blanche qui arrive de l’horizon et va les décapiter.

Que se passait-t-il dans le monde du travail ? Que leur faisait-on ?

Les pathologies présentées semblaient issues plutôt de violences collectives que de névroses personnelles, violences collectives qui dans les grandes entreprises de La Défense semblaient sacrément orchestrées.

Face au déni : bâtir un réseau !

Le parcours de cette première consultation a été solitaire, car personne dans la communauté scientifique ne partageait mon point de vue.

“Marie, vos patients harcelés sont de petits paranoïaques !”, me disaient mes correspondants psychiatres formés à traiter des structures. “Des salariés fragiles”, répondaient les employeurs formatés à trancher entre fort et faible.

Il fallut bâtir très vite un réseau et un groupe de réflexion pour tenir. Médecins, avocats, inspecteurs du travail, MIRTMO (médecin inspecteur régional du travail et de la main-d’œuvre), psychologues… pour construire la liste des techniques de management pathogènes, l’entretien spécifique à utiliser, le tableau clinique spécifique aux situations de harcèlement professionnel, la coopération médico-juridique, les ficelles médico-administratives, autant d’outils issus du travail de ce groupe.

Parce qu’on ne nous croyait pas, et que nous pressentions de plus graves violences à venir, nous avons ouvert nos consultations aux documentaristes. Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, de Sophie BRUNEAU et Marc Antoine ROUDIL, J’ai très mal au travail, de Jean-Michel CARRÉ, La Mise à mort du travail, de Jean-Robert VIALLET et Alice ODIOT, qui obtiendra le prix Albert Londres.

Défenestrations, immolations… “Mais c’est un chiffre normal de suicides !”

En 2006, les événements ont tragiquement donné raison à notre intuition de sentinelles de territoire. Il fallut atteindre un nombre de suicides incroyable, et de cadres, pour que l’on voie se multiplier les unes des journaux, se réunir plusieurs commissions parlementaires.

Les vagues de suicides de cadres sont plus ennuyeuses à expliquer. Les fidèles courroies de transmission, formées très tôt au sentiment d’appartenance à l’élite, semblaient être les championnes de la performance individuelle, du reporting, du benchmarking entre les salariés. Pourquoi craquaient-elles soudain jusqu’à se défenestrer ou s’immoler ? Nous avons vu ressortir les bonnes vieilles explications, les fonctionnaires qui ne veulent pas s’adapter au changement, la fragilité individuelle, les problèmes personnels… De savants calculs statistiques qui tentaient de dédramatiser le constat : “Mais c’est un chiffre normal de suicides !”

Nous connaissons le poids des stéréotypes qui irriguent la réflexion sur le travail dans ce pays. Ils ont la vie dure : le Français ne penserait qu’à ses congés, alors qu’il est 4e en productivité horaire au rang mondial ; le code du travail serait un obstacle au licenciement, alors que les milliers de patients reçus dans les 130 consultations “Souffrance et Travail” sont licenciés ; le salarié français devrait se contenter d’obéir aux procédures et tout irait mieux, alors que c’est parce que, chaque jour, des femmes et des hommes de ce pays rajoutent leur travail réel à la tache prescrite que les hôpitaux, les ateliers, les services tournent…

Un nombre croissant de consultations “Souffrance et Travail”

Pourtant, sous la masse des demandes, le nombre des consultations “Souffrance et Travail” n’a cessé de s’accroître. Le premier certificat de spécialisation en psychopathologie du travail est créé au CNAM en 2008 à la demande de Christophe DEJOURS pour former des cliniciens pointus.

Le site Souffrance et Travail (www.souffrance-et-travail.com) est créé en 2010 pour mettre en ligne des connaissances juridiques, psychologiques, ergonomiques, économiques sur le travail humain. Les 60 000 connexions mensuelles de plus de 45 minutes témoignent de la demande de terrain. C’est sur ce site que sont mises en ligne les 130 consultations “Souffrance et Travail”, puisque ni le ministère de la Santé, ni celui du Travail ne relayent leur existence pour faciliter l’accès au soin.

Heureusement, les réseaux sociaux peuvent de nos jours court-circuiter la défaillance des institutions, la cécité des instances.

Comprendre, surmonter et vaincre la peur

Il est sûrement tentant, défensivement ou stratégiquement, de tenir un discours plus léger, positif uniquement, de parler de qualité de vie au travail. D’opposer aux plaintes des salariés des questionnaires quantitatifs de tous ordres, de mettre en place des lignes d’écoute vertes ou bleues, du coaching, bientôt des tests génétiques, des mesures du taux de cortisol du salarié !

Mais il n’empêche, ce dont parlent les salariés qui viennent consulter, c’est de leur peur. La peur au travail a été si savamment distillée par les guides de management que nous en sommes, à tous les niveaux hiérarchiques, les courroies de transmission. Il règne dans ce pays une conviction managériale reposant sur la certitude qu’un salarié heureux risquerait de s’endormir et qu’il faut entretenir sa “précarité subjective”, l’empêcher de se stabiliser dans son travail, spatialement, géographiquement, émotionnellement, collectivement. L ’utilisation individualisée des entretiens d’évaluation, la désagrégation des collectifs, la masse grandissante des chômeurs, la vision des SDF y contribuent. L’invisibilité de cette peur sociale organise la société du consentement, de la capitulation, du mépris de soi et des autres. La peur organise l’adhésion à des mises au ban pour sauver sa peau, sa place.

Il faut pouvoir surmonter sa peur. Peur de ne pas y arriver, de perdre son travail.

Pour surmonter sa peur, il faut d’abord la comprendre : savoir de quoi on a peur, comment on nous fait peur, comment on construit la solitude au travail. La peur que nous éprouvons tous, à un moment ou à un autre, se nourrit de la solitude entretenue, de l’absence de la possibilité même de délibération autour du travail, sur la manière dont on se débrouille avec lui. Sur les entorses nécessaires aux procédures, aux normes. Sur les impasses, les échecs et les difficultés que nous rencontrons.

L’affaiblissement des acteurs en charge de la protection physique et mentale des salariés, la difficile reconnaissance des pathologies imputables au travail, l’utilisation à dose homéopathique des chiffres de l’enquête SUMER (Surveillance médicale des expositions des salariés aux risques), pourtant prédictifs, participent à la construction de l’ignorance sur les conditions de travail pathogènes et les pathologies spécifiques qui en découlent.

Le nouveau Plan Santé Travail 3 (PST3 2016-2020) opérait pourtant un renversement de perspective sur la santé au travail : alors que la culture de prévention demeure en France encore globalement en mode mineur, il fixait comme l’un des objectifs principaux, l’appropriation effective par tous les acteurs d’une culture de la prévention primaire

Mobiliser des sentinelles : les Cafés Citoyens “Santé et Travail”

Il nous est donc apparu évident que le maillon essentiel de résistance à mobiliser demeure le sujet qui travaille. Chacun de nous s’est-il vraiment saisi, à son niveau individuel, de la dégradation de son travail ? Sommes-nous quittes de nos petits silences quotidiens, de nos petites cécités, de nos têtes tournées ailleurs quand il faudrait regarder ? Sommes-nous indemnes de nos petits consentements? Pourquoi ne nous intéressons-nous à notre contrat de travail, à ce qu’est une convention collective, à nos droits et à nos devoirs qu’une fois enfoncés dans les difficultés, un conflit, une situation de harcèlement ?

Depuis le mois de septembre 2017, nous avons donc lancé des Cafés Citoyens “Santé et Travail” pour venir à votre rencontre tous les mois, vous transmettre nos savoir-faire et vous rappeler l’article L 4122 du Code du travail :

“…il incombe à chaque travailleur de prendre soin, en fonction de sa formation et selon ses possibilités, de sa santé et de sa sécurité ainsi que de celles des autres personnes concernées par ses actes ou ses omissions au travail.”

Être averti de ses droits et de ses devoirs, des acteurs de l’entreprise, de leurs rôles et missions, des acteurs externes, des lieux d’écoute, devenir soi-même une sentinelle de terrain solidaire du collègue assis au bureau d’à côté et qui ne parle plus à personne depuis des semaines, connaître les techniques pour l’aborder, savoir les démarches à accomplir, va devenir une absolue nécessité puisqu’on organise l’invisibilité des atteintes à la santé physique et mentale des travailleurs.

Nous espérons que ces rencontres de terrain vont vous donner les connaissances incontournables pour travailler, en 2018, les réflexes pour protéger votre santé et votre vitalité, l’envie de devenir une sentinelle de territoire, soucieuse de sa santé et de celle des autres.


L’agenda 2017 des Cafés Citoyens “Santé & Travail”

  • Mardi 18 septembre et lundi 9 octobre 2017 : Burn-out partout, burn-out nulle part. Avec Marie PEZÉ, psychologue.
  • Mercredi 11 octobre 2017 : Souffrance au travail : se défendre dans l’entreprise, présenter son dossier aux juges, comment faire ? Avec Rachel SAADA, avocate.
  • Jeudi 16 novembre 2017 : Harcèlement sexuel au travail : de quoi on parle ? Comment se défendre ? Avec Marilyn BALDECK (Association contre les violences faites aux femmes au travail) et Maude BECKERS, avocate.
  • Mercredi 6 décembre 2017 : Que dire sur le harcèlement moral en 2017 ? Avec Marie-France HIRIGOYEN, médecin psychiatre, psychanalyste, spécialiste du harcèlement moral. Elle est, entre autres, chargée de cours de victimologie à l’université Paris 5-René Descartes.

Pour 2018 :

  • Mardi 16 janvier 2018 : Le silence des hommes derrière le bruit des machines. Avec Jean AUROUX, ancien ministre du travail.
  • Mardi 13 février 2018 : Les sources de la souffrance au travail à l’heure de la révolution managériale. Avec Vincent de GAULEJAC, professeur émérite à l’université Paris 7-Denis Diderot, président du Réseau international de sociologie clinique (RISC).

En prévision :

  • Le burn-out des soignants (la souffrance dans le milieu hospitalier)
  • Le suicide au travail
  • Mentir au travail
  • Souffrir au travail n’est pas une fatalité
  • La fatigue au travail : de quoi parle-t-on vraiment ?
  • La souffrance au travail dans la Fonction publique : quelles particularités ?
  • La qualité de vie au travail, d’où ça vient ?
  • La comédie humaine dans le monde du travail
  • Les techniques de management pathogènes
  • La souffrance éthique des RH au travail
  • Les crimes industriels
  • Déconstruire la peur au travail
  • Devenir un salarié averti pour ne plus souffrir au travail
  • Souffrance au travail : la médiation comme accompagnement individuel et/ou moyen d’intervention dans l’entreprise.
  • Êtes-vous Corporate ? Rencontre avec le scénariste du film Corporate et Jean-Louis OSVATH, Président de l’association L611-10 – Inspecteur du travail et conseiller du film.

Informations pratiques :

  • Les Cafés Citoyens “Santé et Travail” se déroulent au café Le Balbuzard, 54 rue René Boulanger, 75010 Paris, métro République, de 20h à 21h30.
  • La participation est payante, au tarif de 10 €, à verser le soir de la conférence.
  • Inscription obligatoire en écrivant à cafe.sante.travail@gmail.com
  • Relations presse et organisation des Cafés Citoyens “Santé et Travail” : Céline Raux-Samaan celine.rauxsamaan@gmail.com et P. Sawicky.

 

Via le blog de Marie Pezé sur Mediapart

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

ven., 06/10/2017

Dégradation des conditions de travail : les salariés français très exposés

Les travailleurs de trois pays européens, la Grèce, l’Espagne et la France, apparaissent comme les plus exposés à une dégradation de leurs conditions de travail, selon une étude comparative du Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) transmise mardi (26 septembre 2017).

Dans le cas de la France, « nos résultats montrent une dégradation lente mais persistante des conditions de travail, engendrant ainsi une vulnérabilité face aux risques liés au travail supérieure à la médiane européenne », avec un risque « plus prononcé pour les hommes que pour les femmes », expliquent les auteurs du document.

Accumulation de risques. La vulnérabilité est définie « comme le degré d’exposition des travailleurs à des risques cumulés sur le lieu de travail, ayant des effets néfastes pour le bien-être et la santé ». Elle est calculée par le CEET sur la base d’un indicateur agrégeant des facteurs liés à l’environnement de travail, au contenu et à l’organisation du travail, alimenté par des données des cinq dernières éditions de l’enquête européenne sur les conditions de travail (EWCS).

Les pays nordiques mieux lotis. Dans trois pays (Grèce, Espagne et France), la probabilité ainsi mesurée dépasse largement la moyenne entre 1995 et 2015. Elle est également importante au Portugal, en Italie, au Royaume-Uni et en Finlande. Au contraire, les pays nordiques, à l’exception de la Finlande, ainsi qu’une grande majorité des pays d’Europe centrale se distinguent par de meilleures conditions de travail et par une moindre vulnérabilité de leurs travailleurs, souligne l’étude.

Jeunes et seniors plus vulnérables. Outre le sexe, la probabilité de connaître des conditions de travail dégradées varie « considérablement par tranche d’âges » et est, en moyenne, plus élevée pour les moins de 25 ans et les plus de 55 ans. D’autres variables sont le type d’emploi et le niveau de qualification.

Via Europe 1 >>>

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

mar., 19/09/2017

#LoiTravailXXL : Avant / Après

Vos droits aujourd’hui et demain avec les ordonnances.

Savez vous quels sont vos droits et ce qu’ils deviendraient si les ordonnances étaient publiées ?
Seule la mobilisation, la grève et les actions collectives peuvent empêcher que ces reculs sans précédents ne deviennent des réalités. C’est pourquoi la CGT publie ces informations et appelle à manifester le jeudi 21 septembre 2017.

Légalisation des licenciements abusifs

Aujourd’hui
Un chef d’entreprise qui licencie de manière illégale peut être sanctionné par les prud’hommes. Les montants des sanctions sont versés aux salarié.es sous forme d’indemnités et dépendent du préjudice subi par les salarié.es. Ancienneté, handicap, difficulté à retrouver du travail, charge de famille… Les prudhommes fixent des sanctions pour réparer l’ensemble du préjudice subi suite à la fraude de l’employeur. Pour les salarié-es ayant plus de 2 ans d’ancienneté, les condamnations doivent être au minimum de 6 mois de salaire. Ces 6 mois correspondaient à l’époque à la durée moyenne du chômage en France. Aujourd’hui cette durée est de 13 mois.

Demain
Les ordonnances prévoient de plafonner ces sanctions, à un montant très faible divisant au minimum le montant des sanctions par deux. Les salarié-es qui auront réussi le tour de force de gagner la condamnation de leur employeur par les prudhommes ne percevront plus que des clopinettes. Ceci revient donc à légaliser les licenciements abusifs.
Plus encore, il met l’ensemble des droits des salariés en danger : par exemple si un salarié refuse, comme il en a le droit, de travailler le dimanche, l’employeur pourrait le licencier pour embaucher un salarié qui accepte de travailler le dimanche. Ce licenciement est illégal, mais l’employeur ne sera quasiment pas sanctionné.
Nous avions réussi à faire retirer cette disposition de la Loi travail n°1. Le gouvernement revient à la charge contre l’avis de l’ensemble des organisations syndicales.

Des condamnations plafonnées pour les licenciements discriminatoires (femmes, handicapés, seniors, syndicalistes…)

Aujourd’hui
Lorsqu’un employeur licencie un-e salarié-e en raison de son sexe, de son activité syndicale ou de sa religion, dans la pratique les juges condamnent souvent à payer 12 mois de salaires. De même pour des licenciements de salarié-es victimes ou témoins de harcèlement sexuel ou moral.

Demain
Le plancher minimum de condamnation est divisé par deux et représentera seulement 6 mois de salaires. Le message est simple : les licenciements de salarié-es enceintes, de délégué-es syndicaux ou encore de salarié-es victimes ou témoin de violences ou de harcèlement c’est permis ! Les femmes et les militant-es syndicaux seront les premier-es pénalisé-es par ces dispositions.

Les aménagements de poste et temps de travail pour les femmes enceintes à la trappe

Aujourd’hui
Le congé maternité en France est un des plus courts d’Europe – 16 semaines contre 18 semaines recommandées par l’Organisation Internationale du Travail -. La loi prévoit seulement le droit pour les femmes enceintes de demander un aménagement de poste. La protection des femmes enceintes est donc très souvent améliorée par les conventions collectives de branche.
Par exemple, la convention collective SYNTEC prévoit 20 minutes d’allègement horaire par jour pour les femmes enceintes.
La convention collective des banques prévoit 45 jours de congé maternité supplémentaires, pris à charge à 100% par l’employeur.

Demain
Ces protections sont renvoyées à l’accord d’entreprise et risquent de disparaitre, notamment dans les plus petites, dans lesquelles les femmes sont pourtant majoritaires.

La suppression du comité hygiène et sécurité (pourquoi s’embêter ?)

Aujourd’hui
Les Comités d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) sont chargés de la prévention et la protection de la santé et la sécurité des salarié-es. Leurs activités, et notamment les expertises qu’ils conduisent sont financées par l’employeur. Ils peuvent poursuivre l’entreprise en justice en cas d’atteintes à la santé et à la sécurité des salarie.e.s. Le Medef cherche à le faire disparaitre depuis… sa création !

Demain
Les ordonnances prévoient que les CHSCT seront fusionnés avec les Comités d’Entreprise et les Délégués du Personnel dans une instance unique. Cette nouvelle instance aura seulement pour mission de « promouvoir » la santé (au lieu de prévenir et de protéger). Les expertises sur les risques en matière de santé et sécurité (risques industriels, violences sexuelles, burn out, harcèlement…) seront pour partie financées avec l’argent des salarié-es, sur le budget du CSE, ce qui limitera ainsi considérablement sa capacité d’action. Sans élu-es spécialisé-es ni instance dédié-e, les questions de santé et de sécurité seront reléguées au 2e plan et risquent tout simplement de disparaitre des radars. Quand la France brille en Europe par le triste record de 565 morts et 100 000 burn out chaque année, c’est vrai qu’il n’y a pas besoin d’instance de prévention et de protection… C’est la raison pour laquelle tous les syndicats défendent le #CHSCT

 

Lire les autres analyses sur les ordonnances à venir :

Les télétravailleurs corvéables à merci ; L’opacité sur les orientations stratégiques  Fin du droit d’expertise ; Disparition de la négociation sur l’égalité Femmes/Hommes ; La négociation annuelle sur les salaires… tous les 4 ans ? ; Suppression du contrôle du juge sur les accords d’entreprise ; Plus de limitation du temps de travail des télétravailleurs, …

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

mer., 23/08/2017

[QUÉBEC] Inquiétante détresse chez les médecins

(Québec) La détresse et les suicides ont augmenté chez les médecins depuis 2016, a appris Le Soleil. Une situation qui ne serait pas étrangère, sans être exclusive, aux récentes réformes qui ont bouleversé le réseau de la santé.

Après une année record en 2010, où il avait dénombré pas moins de cinq suicides, le Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ) a noté entre 2011 et 2015 une diminution du nombre de médecins ayant mis fin à leurs jours (un à deux par année). En 2016, il a enregistré quatre suicides. Cette année, on lui en a déjà rapporté deux.

«Pour nous, c’est très préoccupant», s’inquiète la directrice générale du PAMQ, la Dre Anne Magnan, tout en précisant que les données fournies au Soleil ne représentent pas nécessairement le portrait exact, «mais bien seulement ce qui nous a été rapporté».

À Québec, un ophtalmologue de l’Hôpital du Saint-Sacrement s’est enlevé la vie en mai dernier sur les lieux de son travail. En 2016, l’Hôtel-Dieu de Lévis a été éprouvé par le suicide de deux médecins spécialistes et la tentative d’un autre, selon ce qu’il a été possible d’apprendre.

Le PAMQ a également noté une augmentation d’environ 40?% du nombre de médecins en détresse ayant recouru à ses services au cours de la dernière année. Les données complètes seront connues lors de la publication du rapport annuel du Programme, prévue pour septembre ou octobre, précise la Dre Magnan.

Tout en rappelant que les médecins se suicident davantage que le reste de la population et qu’il n’y a jamais de cause unique à un suicide, la directrice générale du PAMQ estime que l’organisation du travail peut être un facteur qui contribue à la détresse du corps médical. «On ne peut pas faire de lien direct entre les suicides et les réformes, mais on ne peut pas dire que c’est inexistant non plus», résume-t-elle.  

Selon la Dre Magnan, les médecins font «très souvent» allusion aux enjeux liés à l’organisation des soins lorsqu’ils consultent au PAMQ, ce qui n’était pas le cas avant.

«Ça ressort beaucoup. […] Vous savez, quand on choisit de travailler en santé, c’est pour aider. Quand un médecin a l’impression de ne pas donner des soins de qualité, ça peut engendrer une souffrance éthique. Il y a aussi la gestion de l’incertitude qui peut être difficile pour certains médecins. Ce qui se passe [dans le réseau] ne laisse pas les médecins indifférents, et certains vivent moins bien avec ça que d’autres», explique-t-elle.

La Dre Magnan cite l’exemple d’un médecin qui a récemment fait appel au PAMQ parce qu’il se sentait de plus en plus dépressif. «Le médecin était en détresse, mais il fonctionnait quand même bien au travail, à son détriment. Si un patient s’était présenté à lui dans le même état, il l’aurait mis en arrêt de travail, mais lui, il ne voulait pas arrêter tout de suite parce qu’il ne voulait pas faire souffrir son équipe déjà surchargée. Il a dit qu’il arrêterait quand il aurait des idées suicidaires. C’est la ligne qu’il s’était tracée», raconte la directrice générale du PAMQ.

Lire la suite sur le site Lapresse.ca

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

mar., 08/08/2017

Une dizaine de suicides chez Renault en quatre ans

Selon notre décompte, réalisé avec les syndicats sur quatre des onze sites du groupe en France, 10 suicides et 6 tentatives liés aux conditions de travail sont à déplorer depuis 2013.

Burn-out, dépressions, stress et des salariés qui mettent fin à leurs jours… Dix ans après la vague de suicides qui avait défrayé la chronique, avec 3 suicides d’octobre 2006 à février 2007 au Technocentre de Guyancourt (Yvelines), le quotidien de certains employés de Renault semble toujours aussi pénible.

Selon notre décompte réalisé avec des syndicats sur quatre des onze sites du constructeur en France (Cléon, Douai, Sandouville, Le Mans), au moins 10 suicides et 6 tentatives liés aux conditions de travail ont eu lieu entre 2013 et 2017.

Le dernier cas connu remonte au 3 avril à Sandouville (Seine-Maritime), où un père de famille d’une quarantaine d’années a tenté de se pendre dans un atelier. Il portait autour du cou une pancarte où il avait inscrit les noms de ses chefs d’atelier avec cette mention : ils «m’ont tué». A Noël, une autre employée a voulu se suicider dans les toilettes de l’usine. «Pour nous, ces tentatives sont liées à Renault, enrage Nicolas Guermonprez, délégué CGT. Les cadences sont infernales. En 2007, le projecteur avait été mis sur le malaise des cadres, on a oublié celui des ouvriers.»

«Tu expliqueras ça à mes filles Carlos»

Pour le seul site de Cléon, spécialisé dans la fabrication de moteurs, 10 suicides ou tentatives ont été recensés. Le 22 avril 2013, un employé de 35 ans, père de deux enfants, s’y est pendu laissant une lettre disant : «Tu expliqueras ça à mes filles Carlos», le prénom de Ghosn, le PDG de Renault.

Rien qu’en 2016, Cléon, qui emploie 5 000 personnes, a vécu, selon les syndicats, 4 suicides ou tentatives parmi les CDI. Les syndicats pointent la pression de l’encadrement accentuée par l’accord de compétitivité de 2013 et le recours abusif aux intérimaires qui sont «exploités». «Depuis 2013, 8 000 emplois sur 34 000 ont été supprimés, rappelle William Audoux, de la CGT Cléon. Les ateliers, les bureaux d’étude et la maintenance se sont vidés en laissant des piles de dossiers sur les bureaux.»

Lire la suite sur le site du Parisien

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

lun., 10/07/2017

Les mutations du travail multiplient les peurs

Le livre. Des chercheurs en management, des sociologues, des économistes et des ethno-anthropologues analysent le phénomène de la peur dans le monde du travail et son évolution.

Peur de perdre son emploi, peur de ne pas être à la hauteur, peur de la précarité, quel rôle joue la peur dans le monde du travail ? Dans l’ouvrage collectif Les peurs au travail, élaboré sous la direction d’Alain Max Guénette et de Sophie Le Garrec, des chercheurs en management, des sociologues, des économistes et des ethno-anthropologues ont analysé le phénomène et son évolution liée aux mutations du marché et de l’organisation du travail

Ils démontrent en quoi la fragmentation du travail, les processus d’individualisation, la banalisation de la précarité ou encore l’inversion de chaîne de production, ont créé de nouvelles instabilités génératrices de peur. « Dans une société où l’emploi est devenu à la fois instable et incertain, le déclassement est vécu comme une réalité possible activant certaines peurs », illustre ainsi la sociologue Sophie Le Garrec.

Changement de paradigme, la peur est désormais alimentée par la connaissance, qui nous dévoile un monde où la vulnérabilité est généralisée, estime Danilo Martucelli, professeur de sociologie à Paris Descartes. « On était entré dans une phase de régulation plus ou moins stable du capitalisme », qui a été bousculée.

Au nom de l’efficacité, les entreprises ont abandonné « – avec raison – l’imaginaire de la rationalisation propre à la modernité conquérante au profit – à tort – de l’imaginaire de la réactivité ». C’est ainsi que « nous sommes entrés dans une nouvelle ère de la peur », explique-t-il.

Comportements managériaux toxiques

L’ouvrage collectif décrit les mécanismes de peur au sein des organisations de travail, engendrés notamment par les comportements managériaux toxiques ; Il aborde la question du suicide au travail, et les dégâts causés par la peur sur la santé des salariés.

Les auteurs reviennent sur des phénomènes bien connus comme celui du bouc émissaire, et son rôle de catalyseur…

Lire la suite sur le site du Monde

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

ven., 26/05/2017

La destruction du travail (par Par Jean-Clet Martin, Philosophe)

Le MEDEF, j’en suis convaincu, ne tient pas vraiment à libérer les entreprises du lourd fardeau du chômage. L’insolence de ses représentants suffirait presque à en témoigner…

Non pas qu’on puisse douter de la vigueur des entreprises innovantes, ni des formes d’activité en mesure de révéler des talents. Mais force est de reconnaître que la priorité du MEDEF ne fédère aucune création mais gravite autour de l’argent, la flexibilité, l’augmentation du temps de travail, la diminution des salaires, le recul de l’âge de la retraite, la réforme du code des activités, l’exonération fiscale… Et de telles exigences ne sont jamais assez satisfaisantes pour les nantis, ni assez dures pour ceux qu’on appelle « les perdants » de l’Europe, tous ceux qui en ralentiraient, dit-on, le progrès et la liberté. Des motifs qui devaient pousser d’ailleurs le MEDEF à donner sa pleine confiance à Fillon plutôt qu’à Macron tout en se souvenant des avantages que leur avaient ouverts les lois El Khomri.

La misère et la crainte, de puissants leviers

Ce n’est en tout cas jamais l’emploi que vise la stratégie du MEDEF et on peut le constater : la multiplication des contrats, des aides de l’État, des pactes sur lesquels ont pu compter les grandes entreprises n’ont créé aucune activité et n’ont su freiner le démantèlement des modes de production. Il n’y a en effet aucune reprise sur le plan de l’emploi. Une stagnation qui, malgré tous les cadeaux consentis, montre que c’est tout à fait contre l’intérêt du MEDEF de garantir la stabilité du travail. Son objectif est plutôt dans la promotion du plein chômage. La misère et la crainte sont de puissants leviers qui modifient en profondeur le climat au sein des entreprises et des comités dont la tension et les violences sont désormais palpables. La peur de perdre son activité que fait planer le spectre du licenciement permet aux dirigeants de régner en maîtres absolus sur des personnels amoindris dans leur réactivité. Cette crainte peut peser ainsi sur toutes les décisions et rentabiliser la déchéance. L’angoisse de se retrouver à la rue que connaît celui qui se laisse instrumentaliser donne à l’exercice du pouvoir des formes de cruauté jusqu’alors insoupçonnées. La dégradation des conditions de travail constitue le nerf de la guerre. Plus elles se fragilisent et plus les exigences les plus folles sont tolérées au point d’accepter la flexibilité pour tous, de se soumettre au pouvoir de toutes les petites menaces d’autorité qui rendent la vie impossible et réintroduisent la fragilisation des personnels dans l’espace insécurisé du travail.

Qu’on le veuille ou non, l’insécurité n’est pas dans la rue, l’insécurité se développe au sein des entreprises. Ce n’est pas la terreur des attentats – dont on dénoncera bien sûr les violences insoutenables – qui nous menace le plus directement, mais celle des conditions de travail qui se détériorent insidieusement en modifiant profondément les relations intersubjectives au sein des entreprises. Il s’agit de plus en plus d’une immolation par le travail, d’une destruction de soi affichée, mise en scène de manière parfois dramatique. Une étude de l’agence « Santé Publique France » fait en effet état de l’augmentation alarmante des comportements suicidaires en rapport avec le monde actif. Elle est liée notamment à la question de la dette, celle croissante des ménages, et à l’anticipation d’un licenciement économique de plus en plus probable. L’insécurité est entrée dans le cadre du travail non pas en raison d’un défaut de qualité des outils ou du non-respect des consignes de protection mais en raison des relations de pouvoir qui se développent entre l’ensemble des partenaires sociaux.

L’augmentation des tentatives de suicide au travail depuis 2014

C’est que l’insécurité de l’emploi est le plus sûr moyen de peser sur la psychologie individuelle et d’atteindre l’individu au cœur de sa défense, au plus profond du sentiment de soi qui conditionne ses tolérances autant que la pertinence de son jugement critique. Les tentatives d’attenter à sa vie sur les lieux d’activité sont en augmentation vertigineuse depuis 2014, sans parler de l’augmentation massive des arrêts de travail qui témoignent de sa dégradation constante. Il s’agit en tout cas d’un signe alarmant, un symptôme du malaise de notre époque qu’on ne saurait passer sous silence. D’après la conclusion du rapport déjà évoqué concernant les taux du suicide devenu professionnel, « cette augmentation pourrait être liée, d’une part, à une plus grande focalisation sur les risques psychosociaux au travail du fait de la médiatisation importante des situations de souffrance au travail ces dernières années et, d’autre part, à une dégradation des conditions de travail, en lien notamment avec la crise économique amorcée en 2008 ». (Évolutions n°36, 2017 p. 6/8)

C’est donc toute la psychologie collective, la psychopathologie du travail qui se modifie sous nos yeux. Et la réforme de son code n’est devenue possible que dans ce contexte de souffrance au travail. Les modifications les plus profondes qui sont aujourd’hui revendiquées pour assainir les entreprises trouvent leur efficace le plus sûr dans cette psychopathologie de la cruauté. L’insécurité constitue l’arme qui fait bouger les lignes de force. Plus les menaces qui pèsent sur les employés sont fortes, plus l’acceptation de nouvelles dispositions, les plus défavorables, sera tolérée. Le chômage sous ce rapport, c’est du pain béni. Sa crainte réduit à néant les défenses de ceux qui travaillent quand n’importe qui peut être remplacé par mille postulants, quand l’accès à une activité passe par une concurrence qui n’est plus seulement déloyale mais qui rend caduque l’idée de qualification de plus en plus négligeable par rapport aux salaires.

La qualification, la formation ne cessent de croître au moment où la courbe du chômage devient galopante. Entre la qualification et l’offre d’emploi, le rapport n’est plus évident au point sans doute d’inquiéter les formations universitaires et jusqu’au pouvoir des élites issues des grandes écoles. Le climat au sein des entreprises ne tient plus de la formation initiale mais de la formation continue, chacun se trouvant en situation instable et devant des changements de statut qui affectent la vision de soi avec l’assurance de pouvoir s’inscrire dans une forme d’identité stabilisée. Concernant cette modification sensible des consciences, l’Europe aujourd’hui nous demande d’accélérer encore la mise en œuvre d’un formatage constant du travail en dénonçant les mentalités des pays du sud et par conséquent l‘insouciance des Français, des Espagnols, des Portugais…

Lire la suite sur le site the-dissident.eu

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

dim., 07/05/2017

Le suicide d’une infirmière au Havre reconnu comme « accident de service »

Emmanuelle Lebrun, 44 ans, infirmière en néonatalogie avait mis fin à ses jours le 24 juin 2016 à son domicile.

Emmanuelle Lebrun, 44 ans, infirmière en néonatalogie, en couple et mère de deux enfants, avait mis fin à ses jours le 24 juin 2016 à son domicile. Elle avait laissé une lettre expliquant qu’elle subissait un important stress professionnel et qu’elle avait « le sentiment d’avoir fait quelque chose de grave », a indiqué Agnès Goussin-Mauger, déléguée CGT.

La CGT et SUD, via le CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), avaient demandé une enquête administrative menée par une commission paritaire qui a classé le décès de l’infirmière en accident du travail, selon la déléguée syndicale.

La direction du GHH a confirmé, dans un communiqué, « avoir suivi l’avis de la commission de réforme qui impute le suicide de Mme Emmanuelle Lebrun à un accident de service ». « Le travail de fond entrepris par la commission paritaire a permis de démontrer le lien direct et unique entre le suicide d’Emmanuelle et ses conditions de travail », a estimé la déléguée CGT.

« Le risque psycho-social est bien réel »

Un communiqué syndical commun ajoute que « cette reconnaissance d’accident apporte une réponse au compagnon et aux enfants d’Emmanuelle, soulage les équipes et démontre que le risque psycho-social est bien réel à l’hôpital ».

Afin de prévenir « un nouveau drame », les syndicats ont demandé l’intervention d’un prestataire extérieur « pour aider l’équipe à reconstruire son projet médico-soignant ». Selon Mme Goussin-Mauger, Emmanuelle Lebrun « avait toujours dit qu’elle redoutait de travailler en réanimation », ce qu’elle était contrainte de faire parfois pour les nécessités du service.

Pendant son temps de travail en réanimation, un bébé a été proche de mourir. « Elle a cru, à tort, avoir commis une faute professionnelle et ne s’en est pas remise. » « Malheureusement, ce qu’elle n’a jamais su, c’est que la petite fille s’en est sortie, juste après son suicide », a raconté, émue, la déléguée CGT.

Le décès de Mme Lebrun avait fait partie d’une vague de suicides l’été dernier, dans le personnel infirmier en France, notamment à Toulouse, à Saint-Calais, près du Mans, et à Reims.

Via le site lemonde.fr

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

mer., 03/05/2017

Nicolas Silhol et Danièle Linhart, au travail !

Nicolas Silhol et Danièle Linhart invités de Laure Adler lundi 1er mai 2017 pour parler une nouvelle fois travail et entreprise, avec la sortie du film «Corporate» au cinéma.

« Corporate », c’est un terme en demi-teinte que l’on balance à un collègue qui arrive avec un t-shirt portant le logo de son entreprise, ou à sa copine quand elle n’achète que dans sa propre société. On lance ça comme une blague. Mais quand être « corporate » vire à l’obsession, comme ces employés américains qui se sont fait tatouer le logo de leur société avec la bénédiction (et une prime !) du PDG, comment cela termine ?

Corporate c’est le nouveau film de Nicolas Silhol. Émilie Tesson-Hansen (Céline Salette) est directrice du personnel dans un groupe industriel agro-alimentaire. Un jour, un cadre de l’entreprise se suicide, alors qu’il souhaitait la rencontrer. Pour tous, inspection du travail, hiérarchie et subordonnées, elle est coupable. Mais est-elle la seule ?

Ce n’est pas le premier film à s’intéresser à ce que l’entreprise a de plus terrible pour l’humain, surtout quand elle verse dans le harcèlement et l’humiliation. Cette réflexion filmique va donc être développée par Nicolas Silhol qui sera secondé par Danièle Linhart, sociologue du travail et plus spécialement sur la modernisation des méthodes de travail et de management. Elle est l’auteure de La Comédie humaine du travail, de la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale republié en 2017 et Le Travail paru au Cavalier Bleu Éditions en 2015.

Écouter l’émission

Corporate - France Inter

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

mer., 19/04/2017

Mettre des mots sur le burn out

TÉMOIGNAGES – Depuis 2013, une maison discrète à Poissy (Yvelines) accueille les victimes du « burn-out », le syndrome d’épuisement professionnel. Structure unique en France, cette « Maison Souffrance et Travail » propose des consultations individuelles ou des groupes de paroles avec des psychologues, ainsi que la mise en contact avec des coachs ou des avocats.

Un lieu d’écoute

Au bord d’une route très fréquentée, une maison de banlieue en meulière tranche avec les immeubles modernes du quartier. La porte y est toujours ouverte pour accueillir la souffrance des victimes de « burn out ».

Celle qui en possède les clés s’appelle Françoise François. Ancienne infirmière, elle est devenue psychologue du travail après avoir été victime elle aussi, il y a 18 ans, d’un syndrome d’épuisement professionnel. Cette femme à la voix douce et rassurante gère un emploi du temps de ministre. Chaque jour, chaque semaine, elle voit les rendez-vous s’enchaîner les uns après les autres, les appels à l’aide se succéder, avec toujours cette souffrance au bout du fil.

« J’ai une trentaine d’appels téléphoniques par jour, le dimanche y compris », explique Françoise François en nous montrant son agenda au bord de la saturation. « J’ai des gens en très grande détresse au téléphone. Ils viennent de tous les horizons, ce sont des ingénieurs, des notaires, beaucoup de professions libérales mais aussi beaucoup d’ouvriers. Ce sont de gens qui se retrouvent dans des situations extrêmement violentes et complexes… ».

En 2016, près de 5.000 personnes ont franchi la porte de la « Maison Souffrance et Travail ».

Médecin en burn out : la souffrance en miroir

Le burn out est le point de non-retour d’un situation qui s’enlise. Ça commence souvent par des horaires qui n’en finissent plus, une souffrance qu’on tente de dissimuler tant bien que mal puis il y a cette impression d’être face à un mur. Alors Françoise les écoute, leur donne des conseils.

Ce médecin généraliste vient en consultation depuis un an. Après de brillantes études de médecine, près de 30 ans à exercer son métier, sa passion, il craque. Sous le poids des horaires au cabinet et d’une charge administrative qui l’épuise.

« Il y a la peur de savoir si vous allez vous effondrer pendant la consultation parce que finalement on joue un rôle. Et il faut montrer celui qui est fort, a la hauteur et qui a le pouvoir d’aider le patient qui a franchi la porte de son cabinet », confie-t-il à la psychologue. Celle-ci l’interroge : « Comment faites-vous lorsque dans votre consultation vous rencontrez des patients en burn out et qu’ils vous demandent de l’aide ? Vous savez que vous êtes en burn-out alors comment faites-vous ? »

« On se voit comme dans un miroir », poursuit-il. « Eux viennent me voir en pensant que je dois les aider mais je me dis que je ne peux pas m’aider moi-même, comment vais-je pouvoir l’aider ? »

Depuis qu’il a pris conscience de son burn-out, il a décidé de lever le pied. Dans sa consultation, il ne reçoit plus que quelques heures par jour. L’idée même de quitter son cabinet fait désormais sens pour lui.

Lire la suite sur le site AlloDocteurs.fr : Retourner travailler « jusqu’à ce que ça craque » ; Culpabiliser d’être en souffrance ; « La maladie du courageux » ; Quand l’épuisement professionnel conduit au suicide…

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

Pour partager cet article --> Partage

- page 1 de 6