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ven., 24/11/2017

[Livre] « Syndicalisme et santé au travail »

À l’heure où se multiplient les témoignages de salariés en souffrance et s’accumulent les études faisant état d’une dégradation des conditions de travail, les organisations syndicales sont plus que jamais attendues sur le terrain de la prévention des risques professionnels.

Comment s’emparent-elles de ce sujet, longtemps resté dans l’ombre des revendications sur l’emploi et la rémunération ? Dans quelle mesure parviennent-elles à s’extraire des raisonnements hygiénistes et individualisants qui rendent les salariés responsables des maux dont ils souffrent ? En quoi sont-elles amenées à renouveler leurs pratiques ou, au contraire, à réinvestir des questions déjà posées dans les années 60-70, au moment où certaines d’entre elles critiquaient le taylorisme, militaient pour le droit d’expression des salariés et luttaient contre les cadences infernales ? En somme, quelles revendications portent-elles aujourd’hui sur le travail, son organisation et ses finalités ?

Cet ouvrage réunit des contributions d’universitaires, de syndicalistes et d’experts CHSCT traitant de ces questions. Il s’adresse aussi bien aux chercheurs en sciences sociales qu’aux acteurs de la prévention des risques professionnels – syndicalistes, formateurs, ergonomes, médecins, inspecteurs du travail, etc. – souhaitant s’emparer de cette thématique pour redynamiser le conflit social et penser de nouvelles voies d’émancipation des travailleurs.

Lucie Goussard et Guillaume Tiffon sont sociologues, maîtres de conférence à l’université d’Évry-Paris-Saclay et chercheurs au Centre Pierre Naville.

Avec les contributions de : Yves Baunay, Éric Beynel, Paul Bouffartigue, Emilie Counil, Jean-Pierre Durand, Sabine Fortino, Tony Fraquelli, Stéphanie Gallioz, Lucie Goussard, Sonia Granaux, Emmanuel Henry, Danièle Linhart, Marc Loriol, Emmanuel Martin, Christophe Massot, Arnaud Mias, Jean-François Naton, Nicolas Spire, Tessa Tcham, Annie Thébaud Mony, Laurence Théry, Guillaume Tiffon, Laurent Vogel.

Syndicalisme et santé au travail, sous la direction de Lucie Goussard, Guillaume Tiffon, Éditions Du Croquant – 2017 – 15 €.

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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lun., 11/09/2017

Le syndicalisme d’entreprise analysé au prisme de l’amiante

Responsable de la CFDT métallurgie de Normandie, Cécile Maire a conduit un travail de recherche sur l’histoire syndicale du combat contre les dangers de l’amiante dans l’industrie de Condé-sur-Noireau (Calvados). Elle en a tiré un livre passionnant sur le drame de l’amiante mais aussi sur le syndicalisme en entreprise, ses enjeux et ses risques.

Ingénieur, Cécile Maire a été déléguée syndicale chez NXP à Caen (ex Philips semi-conducteurs), entreprise dans laquelle elle a connu de multiples restructurations et qu’elle a quittée depuis pour devenir responsable régionale de la CFDT métallurgie de Normandie. C’est parce qu’elle voulait « approfondir la réflexion sur les actions syndicales et les controverses qui les accompagnent généralement » et se former sur le plan théorique avant d’embrasser une carrière syndicale comme permanente que cette jeune femme a mené en 2011 et 2012 une enquête de terrain sur l’histoire du combat mené par les syndicats, notamment CFDT et CGT, contre les dangers de l’amiante dans l’industrie de Condé-sur-Noireau (Calvados).

Ce travail a donné lieu à un mémoire dans le cadre d’un master à l’Institut des sciences sociales du travail (Université Paris 1), qui a été repris sous la forme d’un livre : « Vivre et mourir de l’amiante, une histoire syndicale en Normandie » (*). C’est un livre remarquable qui restitue sur la durée un combat syndical très dur, où la maladie et la mort sont omniprésentes, avec les figures qui ont incarné ce combat, dans un milieu rural plutôt habitué à la modération. On y lit des témoignages édifiants sur le déni des dangers de l’amiante.

Un des anciens délégués CGT raconte à l’auteur qu’il a soumis les radios des poumons d’un ami ouvrier à son propre médecin généraliste. Ce dernier a rapidement diagnostiqué dans la pseudo-pneumonie un grave mésothéliome. Ce cancer de la plèvre, dû à l’amiante, emportera l’ouvrier, âgé de 42 ans, quelques mois plus tard seulement. De quoi s’interroger sur la médecine du travail de l’époque. Une autre élue, CFDT, témoigne que son incapacité respiratoire (asbestose) reconnue en 1993 aurait dû l’être beaucoup plus tôt : selon le médecin de la sécurité sociale, sa maladie était déjà visible sur ses radios de 1991. Lorsque l’élue interroge le médecin du travail à ce sujet, ce dernier lui répond : « Mais Madame (..), on ne reconnaissait que les cas les plus importants d’asbestose, si on avait reconnu tout le monde, ça aurait mis l’entreprise en jeu ».

Mais ce livre fourmille aussi d’informations sur les positionnements et débats que ces luttes ont suscités : prévention, expertise, réparation, judiciarisation, etc. Cette enquête a été éprouvante, confie Cécile Maire, « car je me suis retrouvée face à des personnes souvent malades, et qui avaient vu disparaître une partie de leurs collègues et amis du fait de l’amiante ».

A l’heure où le gouvernement remet en question l’existence d’un CHSCT autonome mais aussi quatre des facteurs essentiels du compte pénibilité (notre article), « soit un retour en arrière puisque les salariés devront prouver qu’ils sont malades pour faire reconnaître leur exposition à la pénibilité » dénonce Cécile Maire, cette histoire récente montre qu’une politique de prévention des risques professionnels ne va pas de soi. Ni pour l’employeur, ni pour une partie des salariés car l’emploi a semblé longtemps prévaloir à Condé-sur-Noireau sur toute autre considération, fût-ce à coups de primes de risque. Dans les usines de cette petite ville du Calvados, les délégués du personnel, qui brisaient les balais afin que les ouvriers ne soient pas tentés de balayer la poussière d’amiante très dangereuse, se voyaient parfois incompris d’une partie du personnel, voire sanctionnés par la direction, avant que l’aspiration ne soit rendue obligatoire dans les années 80, une obligation pas toujours respectée d’ailleurs.

Ce livre est aussi captivant parce qu’il débouche sur une réflexion de l’auteur, elle-même engagée à la CFDT, sur les conditions d’une action syndicale efficace. Chaque registre (« écouter, fédérer, revendiquer, conquérir », etc.) que doit comporter l’action syndicale comporte ses propres risques, décrypte l’auteur dans deux tableaux éclairants que nous reproduisons en fin d’article.

Lire la suite sur le site de www.actuel-ce.fr

(*) Vivre et mourir de l’amiante, une histoire syndicale en Normandie, 2016, L’Harmattan, 238 pages, 25,50€.

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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