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lun., 13/11/2017

Quantité de Violence au Travail

Si la violence est bien présente dans notre monde du travail, c’est sous une forme discrète et policée. Le devoir d’obéissance et de loyauté inconditionnel rend caduque l’exercice même d’une pensée personnelle qui n’a d’autre choix que de se réfugier dans l’intimité ou alimenter une réflexion que les formes nouvelles d’échange contribuent à rendre publique.

Cet article vient faire écho à l’article du blog de Marie Pezé : Souffrance au travail : comment devenir une sentinelle de territoire

Je me suis formé à la psychodynamique du travail en 2012-13 ; j’y ai rencontré des personnes formidablement dévouées à une cause qui, comme le remarque Marie Pezé, fait l’objet d’atermoiements juridiques et d’atténuations sémantiques avec la fameuse QVT qui évacue la violence de l’analyse et de la réflexion des situations de travail collectives.

Nous pourrions tout aussi bien décliner autrement ce sigle à travers une Quantité de Violence au Travail bien plus heuristiquement adaptée à la réalité vécue par de nombreux salariés, cadres et non-cadres, « managers » et managés.

La violence est fondamentale (J. Bergeret), consubstantielle à la qualité d’être vivant à fortiori humain : elle est brutale par essence parce que alimentée par des sentiments archaïques, la peur, l’angoisse.

Elle ne s’apaise dans les liens avec les autres que lorsque les conditions de sécurité sont réunies, lorsque la crainte du risque d’agression et d’un possible effet de surprise peut être atténuée.

L’insécurité subjective décrite par Marie Pezé, la mise en concurrence, la pression au résultat, la pression subjective à la soumission, la réquisition de l’obéissance (je recommande à ce propos, l’ouvrage de Frédéric GROS, Désobéir), la police de la pensée et de l’opinion de ces organisations totalitaires (« barbarie douce » bien décrite par Jean-Pierre Le Goff), tous ces facteurs contribuent à produire une forme nouvelle de violence, élaborée, pensée, articulée, planifiée, calibrée, individualisée, ciblée dont le seul but consiste à étouffer tout écart à une norme managériale asservie à une vision mortifère de l’économie, une économie de production d’objet et de service obsédée par la recherche de plus-value.

Cette recherche obsessionnelle affecte tous les secteurs économiques (je recommande le livre de L. Boltanski et A. Esquerre, Enrichissement : une critique de la marchandise) ; témoignage probable d’une peur de l’après, collective et individuelle, d’une angoisse de l’effacement subjectif qui trouve dans la marge, dans la plus-value, la possibilité de franchir les limites et de faire comme si il était possible de boucher le trou du « manque à être ».

Via le blog de Jean-François Coffin, psychologue, sur le site de Médiapart

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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lun., 20/03/2017

[GUIDE] Situations de violences et de harcèlement dans la fonction publique…

Guide de prévention et de traitement des situations de violences et de harcèlement dans la fonction publique – Édition 2017

Le Guide de prévention et traitement des situations de violences et de harcèlement dans la fonction publique s’inscrit dans le cadre de la réalisation du 4e Plan interministériel de prévention des violences faites aux femmes (2014-2016) et du lancement du 5e Plan interministériel de prévention des violences faites aux femmes (2017-2019). Il participe également de la mise en oeuvre de l’accord relatif à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes dans la fonction publique, signé le 8 mars 2013.

Ce guide précise le cadre de protection des agents de la fonction publique, rappelle les règles, acteurs et outils de la prévention, explique les moyens d’action pour intervenir en cas de harcèlement et de violences et, enfin, présente des retours d’expérience provenant des trois versants de la fonction publique. Il a pour vocation d’informer et d’accompagner les employeurs, personnels RH et acteurs de la prévention, ainsi que les agents victimes ou témoins de violences et de harcèlement…

Il est consultable et téléchargeable sur le site Souffrance & Travail à partir des pages suivantes : 

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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jeu., 16/03/2017

Christophe Dejours. « Les nouvelles formes d’organisation du travail conduisent à la désolation »

L’auteur de «Souffrance en France» pose un diagnostic inquiet sur la «banalisation du mal» qui frappe selon lui l’entreprise, depuis l’introduction de nouvelles techniques de management. L’open space est-il un nouvel enfer totalitaire ?

Quel rapport existe-t-il entre la notion de banalité du mal et l’étude du travail ?

Souffrance en France  La banalisation de l'injustice sociale Christophe DejoursChristophe Dejours : Hannah Arendt s’attendait à trouver derrière Eichmann un bourreau avec de la brutalité, de la violence, du sadisme, de l’excitation dans le plaisir de perpétrer des meurtres et de faire acte de puissance. Or elle a découvert un bonhomme assez ordinaire. Mais ce qui l’a le plus surpris a été la manière dont cet homme réduit sa capacité de penser à une stricte concentration sur la qualité de son travail, l’efficacité de sa production, de ses ordres et de leur exécution. Eichmann exécute les ordres sans s’interroger véritablement sur les conséquences de son action au-delà de l’excellence, de la factualité, de l’efficacité, de l’efficience de son travail, comme chaînon intermédiaire dans une chaîne, un processus de production. Sa seule référence semble réduite aux ordres, à l’obéissance aux ordres et à la loyauté… à l’égard de ses supérieurs ! Il rétrécit sa capacité de penser à ce qui est sa tâche. Hannah Arendt a donc été très surprise par le fait que quelqu’un puisse suspendre sa capacité de penser les rapports entre son activité et l’action au sens aristotélicien, au sens où elle-même utilise le concept d’action, c’est-à-dire une action moralement juste. Beaucoup de personnes fonctionnent ainsi aujourd’hui dans le monde du travail.

Peut-on leur faire faire n’importe quoi ?

Sans grande difficulté. Dans de nombreux milieux, dans l’industrie et les services, on demande à des gens de commettre des actes que moralement ils réprouvent. Lorsqu’on les interroge sur la raison pour laquelle ils acceptent de tromper pour faire du chiffre, ils répondent, un peu comme Eichmann, qu’ils n’ont fait qu’obéir. Ou alors ils adoptent ce que nous appelons la stratégie de la candeur, qui consiste à dire qu’ils ne sont pas assez intelligents pour comprendre les tenants et les aboutissants de ce qu’on leur demandait : « Ça me dépasse », répètent-ils. Cette stratégie de déresponsabilisation n’est pas seulement vécue par les travailleurs, elle est organisée tout exprès par l’entreprise.

Ce que vous venez de décrire est une forme contemporaine de banalité du mal. Mais qu’appelez-vous, dans Souffrance en France, « banalisation du mal » ?

Ceci consiste, depuis le tournant néolibéral, à introduire de nouvelles méthodes d’organisation du travail et de gestion. On conduit les gens à participer à des actes que moralement ils réprouvent, en particulier par l’évaluation individualisée des performances qui pousse a mettre les travailleurs en concurrence les uns avec les autres. Cela les pousse à utiliser des méthodes déloyales à l’égard de leurs collègues. Ce système crée la méfiance entre les êtres et détruit toutes les formes d’entraide, de prévenances, de respect de l’autre : à la fin plus personne ne se parle. Ces nouvelles formes d’organisation du travail conduisent tout droit à ce que Hannah Arendt appelait la désolation (loneliness), la perte de ce sol commun de la justice, la fin de la solidarité. Alors, chacun est isolé dans un milieu qu’il croit hostile. Il devient même difficile de reconnaître le bien et le mal. Par exemple, si quelqu’un se fait harceler devant vous, vous ne savez plus s’il faut intervenir, si c’est de sa faute ou non. C’est très difficile, en effet de décider seul si c’est bien ou mal. On ne le décide que dans la discussion, le dialogue contradictoire, la délibération avec les autres. Or en rompant les liens de solidarité, en détruisant le sol commun, et donc le sens commun de la justice, les gens ne se parlent plus. On crée des conditions dans le monde du travail qui comme par hasard ressemblent beaucoup à ce qu’Arendt caractérise comme la base, le fondement ou les conséquences du système totalitaire.

Peut-on comparer les dérives du monde du travail d’aujourd’hui avec un système totalitaire ?

Il ne s’agit pas d’affirmer que le nazisme et les camps de concentration expliquent le fonctionnement des entreprises. C’est au contraire l’analyse du système industriel d’aujourd’hui qui donne des clés pour comprendre le nazisme et le système concentrationnaire. Sans arme, ni déportation, ni torture, on obtient la banalité du mal. Je suis très réservé sur le fait d’utiliser la notion de totalitarisme pour caractériser la société présente. Je pense en revanche que le totalitarisme est une vraie question posée par la société contemporaine. Quels sont les moyens d’empêcher le glissement vers la barbarie ? Quelles sont les ressources dont nous aurons besoin le jour où la violence politique apparaîtra ? Le devoir du chercheur est de demeurer inquiet.

Quelle traduction politique peut-on donner à cette inquiétude ?

Il faudrait pouvoir réinvestir le travail comme un problème politique. Les politiques ne parlent que d’emploi. Or la priorité est l’organisation du travail.

Via le site Philosophie Magazine

 

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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jeu., 16/02/2017

Guide 2017 de prévention et de traitement des situations de violences et de harcèlement dans la fonction publique

Les violences et le harcèlement sont des réalités dans la sphère professionnelle, tant dans le secteur privé que dans la fonction publique.

Différentes enquêtes statistiques permettent d’apprécier l’ampleur et les formes que prennent les violences et le harcèlement, ainsi que les publics qui en sont plus particulièrement victimes.

Ainsi, l’enquête « Surveillance médicale des expositions aux risques professionnels » (SUMER, réalisée en 2010)(1) révèle que 22 % des salariés déclarent être confrontés systématiquement à un ou plusieurs comportements hostiles dans le cadre du travail, en particulier de la part du collectif de travail (collègues ou hiérarchie). Les fonctionnaires se déclarent plus souvent touchés que la moyenne des salariés (24 %).

À la suite de l’accord du 20 novembre 2009 sur la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique, l’accord sur la prévention des risques psychosociaux dans la fonction publique, signé le 22 octobre 2013, a réaffirmé l’importance des enquêtes statistiques sur les risques professionnels, les conditions de travail et les risques psychosociaux.

Ainsi, l’enquête « Conditions de travail – édition 2013 » offre des résultats détaillés sur les conditions de travail et les risques psychosociaux dans la fonction publique, notamment par famille de métiers (2).

Elle montre que la fonction publique est plus souvent exposée aux « exigences émotionnelles » que le secteur privé. 43 % des agents de la fonction publique vivent des situations de tension dans leurs rapports avec le public ; près de 5% déclarent avoir été victimes, au cours des douze derniers mois, d’une agression physique ou sexuelle de la part du public. C’est particulièrement le cas dans les familles de métiers « Justice » (76 %) et « Action sociale » (67 %). De par la nature de leurs métiers, les agents publics doivent souvent calmer les gens (72 %) ou côtoyer des personnes en détresse (67 %). Les familles les plus exposées sont celles des « Soins », de « l’Action sociale », de la « Justice » et de la « Sécurité, défense ».
Les agents de la fonction publique hospitalière, les femmes, les agents de catégorie C ont également un risque plus élevé d’avoir un travail émotionnellement exigeant.

Les agents de ces familles sont également plus souvent victimes d’agressions verbales de la part du public. C’est le cas de plus de 40 % des agents des familles « Sécurité, défense », « Action sociale », « Soins » et « Justice ». Les familles « Finances publiques » et « Éducation, formation, recherche » sont également plus exposées (33 % et 32 %) que la moyenne (29 %). Ainsi, les personnels du ministère de l’Éducation nationale déclarent faire sensiblement plus souvent l’objet de menaces et d’insultes que l’ensemble des salariés. Globalement, les agents de la fonction publique, qui travaillent plus souvent en contact avec le public, sont plus fréquemment victimes d’agressions de la part du public que les salariés du secteur privé.

Identifier les violences dont peuvent être victimes les agents de la fonction publique, les définir et les quantifier revêt ainsi une importance particulière, afin que le collectif de travail – direction, encadrant de proximité, services des ressources humaines, acteurs de la prévention – puisse apporter des solutions adéquates : protection et accompagnement des victimes ; sanctions des auteurs de violences et harcèlement ; adaptation de l’organisation du travail pour réduire le risque de survenance de violences et harcèlement.

C’est pourquoi le présent guide propose, après un rappel des définitions et des sanctions encourues, de préciser le cadre de protection contre les violences et le harcèlement, défini par le statut général de la fonction publique (I). Puis, il offre des éléments afin de prévenir les situations de harcèlement et de violences (II) et d’intervenir lorsque ces situations se réalisent (III). Enfin, le guide présente des retours d’expériences mises en place dans les trois versants de la fonction publique (IV).

 

Guide de prévention et de traitement des situations de violences et de harcèlement dans la fonction publique

Télécharger le Guide 2017 de prévention et de traitement des situations de violences et de harcèlement dans la fonction publique.

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1. «Subir un comportement hostile dans le cadre du travail : plus de 20 des salariés s’estiment concernés », Raphaëlle RIVALIN, Nicolas
SANDERET, DARES, DARES Analyses n° 044, juin 2014.
2. Ce paragraphe et les suivants, ainsi que le tableau en annexe du présent guide sont extraits de : «Les risques psychosociaux dans la
fonction publique» (p. 196, 204, 205), Emma DAVIE, Rapport annuel sur l’état de la fonction publique, DGAFP, décembre 2014.

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mar., 16/02/2016

VIDEO : le harcèlement sexuel au travail, par Marylin BALDECK

Marylin BALDECK est Déléguée générale de l’AVFT (Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail)

« Est-ce que le harcèlement sexuel c’est lorsqu’un homme insiste trop lourdement pour coucher avec une femme ? »

Maryin Baldeck revient sur le droit en matière de harcèlement sexuel, d’environnement hostile aux femmes, à l’atteinte à la dignité de la personne.
Un employeur peut désormais être condamné si une personne est exposée à des propos obscènes, humiliants pour toutes les femmes sur son lieu de travail.

 

Dossier Harcèlement sexuel

Vidéos Harcèlement sexuel

 

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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mar., 19/01/2016

Des dirigeants d’un magasin Leclerc sont jugés pour la séquestration de salariés et travail dissimulé

Les patrons sont parfois séquestrés, les salariés, très rarement. C’est pourtant un tel fait qui a mené des dirigeants du supermarché Leclerc de Montbéliard (Doubs) devant le tribunal correctionnel de la ville, jeudi 14 novembre.

Ils sont accusés d’avoir séquestré, en 2006, une cinquantaine de salariés durant environ une heure dans une réserve afin de les soustraire au contrôle inopiné de l’inspection du travail. La CGT s’est portée partie civile. Une vingtaine de salariés ont demandé le paiement d’heures supplémentaires ainsi que des dommages et intérêts pour leur enfermement dans la réserve.

L’audience a duré treize heures, le temps d’essayer d’éclaircir de nombreux points de cette affaire exceptionnelle. Le 30 juin 2006, vers 21 h 45, le magasin est en plein inventaire quand arrivent des agents de l’inspection du travail, de l’Urssaf et des policiers. L’inspection enquête sur une comptabilisation suspecte des heures supplémentaires depuis plusieurs mois après des plaintes de salariés. Une partie de ces heures n’étaient ni comptabilisées ni payées. Une ancienne employée a confié, dans L’Est Républicain du 17 novembre 2011, qu’elle avait établi de faux relevés d’heures, mentionnant 37,5 heures par semaine alors que des salariés en faisaient 50 à 60.

A la vue des inspecteurs, le directeur du magasin Leclerc ordonne à une chef de département de cacher une cinquantaine de salariés. Ceux-ci sont conduits dans une réserve. Ils se retrouvent dans le noir, avec interdiction de parler, sans savoir pourquoi ils sont là. « Quand j’ai vu les enquêteurs et la police sur le parking, j’ai paniqué, je savais qu’on ne respectait pas les amplitudes horaires » légales, a reconnu le directeur à la barre. « J’aurais dû réagir mais je ne l’ai pas fait, a admis, de son côté, la chef de département. J’ai suivi [les ordres] sans comprendre les enjeux. »

DIFFÉRENTES VERSIONS POUR UNE « FRAUDE MASSIVE »

Comment s’est passée la séquestration ? L’enfermement aurait duré de 20 à 60 minutes. Certains salariés ont affirmé que le local avait été fermé à clé, la chef de département disant, elle, qu’elle a maintenu la porte avec son pied. « C’était comme si on nous faisait passer pour des travailleurs clandestins », a souligné une salariée dans L’Est Républicain du 17 novembre 2011, ajoutant avoir été « suivie par une psychologue » ensuite.

Pour Sébastien Bender, avocat du directeur du magasin et de la directrice des ressources humaines (DRH), qui a plaidé leur relaxe, on ne peut pas vraiment parler de séquestration. « Le directeur n’a pas donné l’ordre d’enfermer les salariés mais de les cacher. Et personne ne s’est opposé à aller dans le local », affirme-t-il. Mais peut-on s’opposer aux ordres de son patron ? M. Bender a une autre explication : « Certains salariés ont dit qu’ils avaient pensé qu’ils allaient faire l’inventaire de la réserve, d’autres qu’il y avait le feu. Même dans la réserve, personne n’a demandé à en sortir. »

Des salariés ont pourtant indiqué s’être sentis « oppressés » dans le local. Mais M. Bender a un doute. « Une personne a déclaré avoir joué au foot dans la réserve. Il n’y a pas deux versions identiques. » De même, il y a plusieurs versions de la libération des salariés. Etait-ce après le départ des inspecteurs ? Ou bien, comme le dit M. Bender, « au bout d’un quart d’heure, quand le directeur a donné l’ordre de remettre les salariés dans les rayons par petits groupes », après avoir réalisé qu’il avait « fait une bêtise » ? Le tribunal devra trancher.

En tout cas, « c’est la première fois qu’on arrive à prouver une fraude massive, a souligné la direction du travail dans Libération du 20 octobre 2006. Mais à côté de ça, il y a quantité d’affaires qui n’aboutissent pas faute de preuves et parce que les gens qui viennent se plaindre d’heures sup non payées veulent rester anonymes. Les heures sup, c’est la grande plaie du secteur de la grande distribution (…). Il y a une chape de silence. »

Lire la suite sur le site du Monde

 

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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lun., 23/11/2015

THÉATRE : «Nobody», les vices du bureau

Cyril Teste dépeint la perversité et la violence du management contemporain, sous la forme d’une performance filmique minutée et anxiogène réussie.

Nobody ne se présente pas comme une pièce classique. Entre le public et la scène se dresse une paroi de verre. Derrière, un univers de bureaux, avec des employés et leurs ordinateurs portables, une salle de réunion, une photocopieuse. Au-dessus de la baie vitrée, un écran. Dès les premières minutes, Nobody annonce la couleur. Sur l’écran défile une sorte de manifeste, une charte en réalité : «Avec la performance filmique, nous projetons sur le plateau l’écriture d’un cinéma éphémère, qui n’existe que dans le présent du théâtre.» Après ce préalable un peu réglementaire, le spectacle commence derrière la vitre, tout en se prolongeant à l’écran. Les acteurs jouent à la fois devant le public et sous l’œil de caméras.

Tailleurs et chemises
Nous sommes plongés dans l’open space d’une entreprise de restructurations. Le personnage principal, Jean Personne, est un consultant apparemment brillant et sûr de lui, dont le public suit le cours des pensées par une voix off. L’univers apparaît policé, glacé, peuplé de tailleurs et de chemises bien repassées, de relations professionnelles feutrées. Les interprètes évoluent dans différentes situations : «case meeting», entretiens en binôme, accueil d’un stagiaire et même pot. La caméra se focalise sur un visage, une situation, un échange. Mais quand le viseur n’est pas sur eux, les acteurs continuent à jouer dans le hors-champ, conférant une intensité encore plus grande à l’ensemble.

Rapidement, l’atmosphère s’avère étouffante. Les collègues s’observent, se jaugent, se tirent dans les pattes. «Il avait toujours quelqu’un employé à voir si je travaillais efficacement», constate Jean Personne, qui pourtant se soumet à toutes les exigences du système et sacrifie sans états d’âme à l’injustice de la concurrence effrénée. «Je voulais tout faire tout bien pour éviter une restructuration.»

Le pire de la phraséologie managériale prend le dessus avec des expressions telles «chiffres de productivité», «poids mort pour l’entreprise». Le narrateur se crispe, semble perdre pied, revit des instants de sa vie privée, tente de se rebeller. Mais l’absurdité de ce théâtre social, c’est que la restructuration se joue aussi entre collègues, sans pitié. Nobody saisit les effets de la violence du système sur l’individu et le vide intérieur qui en résulte, sujets de prédilection du dramaturge allemand Falk Richter. «Je veux me barrer. Il y a quelque chose en moi qui hurle», dit Jean.

Lire la suite sur le site de Libération

Nobody m.s. Cyril Teste/Collectif MxM d’après les textes de Falk Richter.

  • PARIS :
    • Montfort Théâtre, 106 rue Brancion, 75015, jusqu’au 21 novembre ;
    • Festival Temps d’images#1, le Centquatre, Paris, les 8, 9 et 10 décembre à 21 h, le 12 décembre à 17 h et le 13 décembre à 15 h.
  • LILLE : Théatre du Nord, 4 Place Charles de Gaulle, Lille, du 27 novembre au 5 décembre ;

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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sam., 07/11/2015

Le travail : affaire de tous

Samedi 28 novembre 2015 : quatrième ATELIER du Réseau Pluridisciplinaire organisé avec l’association Penser ensemble le travail, Association de psychologues du travail et de praticiens en clinique du travail.

Après les 1res Rencontres Pluridisciplinaires du 6 décembre 2013 et les ateliers des 14 juin, 15 novembre 2014 et 14 mars 2015, les acteurs du réseau pluridisciplinaire vous invitent à poursuivre son développement

La commission pluridisciplinaire porteuse depuis un an de l’organisation des ateliers (anthropologue, avocat, psychologues cliniciens, psychologues du travail membres de PELT) est heureuse de vous convier au quatrième atelier pluridisciplinaire samedi 28 novembre 2015 à l’INJS, de 9 h 30 à 13 h 30 au 254 rue Saint Jacques, 75005 Paris.

Cet atelier sera centré sur les violences internes au travail: quelles actions de prévention ?
Le souhait est de penser et de partager la discussion à partir d’expériences concrètes.

Objectifs des ateliers :

  • Favoriser concrètement les conditions des échanges pluridisciplinaires sur nos actions.
  • Poursuivre ensemble la construction d’un réseau pluridisciplinaire

Programme, conditions d’accès et inscription sur le site du PELT (Penser Ensemble Le Travail)

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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mer., 28/10/2015

Souffrances au travail – Air France : le symptôme d’une détresse sociale

Les scènes de violence à Air France témoignent de la souffrance psychique des salariés. Un phénomène de plus en plus fréquent dans le pays.

Les images du DRH d’Air France, chemise arrachée, fuyant les employés ont fait le tour du monde. Scène navrante mais compréhensible pour les uns, injustifiable et inacceptable pour les autres, elle est devenue en quelques jours le symbole d’un dialogue social rompu. Et malgré eux, les salariés d’Air France, sont devenus les porte-parole du désarroi et de la colère des travailleurs.

Car, ce qui se passe actuellement à Air France est loin d’être propre à cette entreprise. La souffrance causée, ou aggravée, par le travail est présente dans de nombreuses sociétés et s’étale au grand jour sous différentes formes : séquestration de cadres dirigeants, sabotage, menace de faire exploser l’usine… « Tout cela fait malheureusement partie de la nécessité des salariés dans certains milieux professionnels de s’affirmer et de montrer à quel point ils n’en peuvent plus, explique Marie Pezé, psychanalyste et fondatrice des premières consultations « souffrance et travail ». Surtout, quand en interne, ils subissent une organisation du travail pathogène, des plans sociaux successifs et une réduction d’effectifs systématique sans jamais être écoutés ou entendus par la hiérarchie ».

Cris de souffrance
Ces actions extrêmes et radicales sont donc des appels à l’aide. « Autant de signaux d’alarme qu’il serait temps d’entendre avant que ce pays bascule dans des mécanismes de violences plus systémiques et qui déborderont l’entreprise », prévient l’ancienne experte auprès de la cour d’appel de Versailles.

Traduisant un mal profond de notre société, la souffrance psychique au travail, qui touche près de 500 000 personnes, est nourrie par de nombreuses peurs. « Une qui évidemment importante, c’est l’incertitude sur son emploi, le risque de le perdre et la crainte du chômage », relève Patrick Légeron, psychiatre et fondateur du cabinet “Stimulus”, sur le thème de la souffrance au travail (1).

Lire la suite sur le site Pouquoidocteur.fr

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(1) Le stress au travail, Editions Odile Jacob.

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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lun., 12/10/2015

M. Clemenceau et les grèves (révolution sociale et violence) – mars 1906

A la suite de la catastrophe de Courrières (catastrophe minière la plus meurtrière d’Europe, avec plus de 1500 morts), les mineurs se mettent en grève. Clemenceau, ministre de l’intérieur, réagit d’abord en allant rencontrer les grévistes, attitude gouvernementale suffisamment exceptionnelle à l’époque pour que Jaurès la salue. Bientôt, néanmoins, et durant toutes les années suivantes, Clemenceau s’appuiera sur l’armée pour réduire dans le sang tous les mouvements ouvriers. En ce 19 mars 1906, la grande crainte de Jaurès, outre le manque d’unité des grévistes, c’est que la violence patronale et politique conduise les mineurs à devenir eux-mêmes violents. Jaurès le sait, pour l’avoir toujours constaté : la violence des ouvriers est systématiquement utilisée comme prétexte pour écraser leurs combats et leurs revendications. Ce qu’il évoque dans son éditorial de l’Humanité du 19 mars 1906, intitulé « M. Clemenceau et les grèves ».

Jean Jaurès :

» Je me hâte d’ajouter qu’il est du devoir comme de l’intérêt des ouvriers eux-mêmes de seconder par la puissance calme de leur action l’effort du ministre vers une pratique nouvelle. Le succès de ces grandes grèves dépend de la force tranquille d’organisation, de la cohésion des prolétaires, de l’ensemble avec lequel ils se meuvent. Les violences individuelles contre les personnes et les biens ne peuvent que compromettre la victoire, et fausser le sens du combat. La révolution sociale ne se propose point de brutaliser les personnes, mais au contraire d’assurer la vie et la dignité de tous, et de ceux-là mêmes qui sont aujourd’hui des privilégiés, sous la loi commune du travail souverain. La révolution sociale ne consiste point à détruire ou à endommager les biens, les usines, les mines, les machines, mais à en transférer la propriété aux travailleurs groupés et affranchis.
Mais pour que les ouvriers puissent maintenir à travers les péripéties de la grève, une ferme méthode d’action réglée, pour qu’ils ne fournissent pas aux réacteurs sociaux le prétexte souhaité de faire intervenir à nouveau l’appareil militaire et d’en accabler la libre et vive action légale de la classe ouvrière, il faut que tous les prolétaires soient étroitement unis dans leur syndicat. Il faut qu’il y ait unité d’organisation prolétarienne, unité de décision, unité de mouvement. Quand donc la grande corporation des mineurs, qui est depuis plusieurs années coupée en deux, réalisera-t-elle son unité économique ? J’ai peur que la suite du mouvement qui vient de se produire ne démontre à tous les mineurs combien il est dangereux d’aller à ces grandes batailles avec deux corps d’armée qui se défient l’un de l’autre, avec deux états-majors syndicaux qui se combattent et s’excluent.
Mais aussi, si M. Clemenceau avait le temps de méditer à ces choses d’avenir, je lui demanderais une fois de plus : Que pensez-vous d’une organisation sociale qui ne laisse aux travailleurs, pour se défendre, d’autre ressource que la grève, c’est-à-dire la suppression volontaire de l’activité et de la richesse ? C’est une méthode barbare, et qui s’imposera tant que le capital et le travail seront séparés, tant que les grands moyens de production ne seront pas la propriété commune des travailleurs eux-mêmes et de la nation. C’est là l’ordre de problèmes où il faudra bien entrer maintenant. »

Via le site Jaures.eu qui propose de nombreux autres discours de Jean Jaurès

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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