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sam., 25/03/2017

Souffrance au travail : quand les salariés sont dans l'impasse - Marie Claire - Par Julia Kadri avec Sébastien HOF, psychologue du travail à Besançon.

90% des actifs pensent que la souffrance au travail a augmenté depuis 10 ans. Les Français qui en sont victimes dénoncent l'indifférence de leur hiérarchie face à leur mal-être. Décryptage.

Souffrir au travail serait-il le mal du siècle ? Vous avez sans doute déjà entendu parler de "burn out", un anglicisme devenu à la mode depuis quelques années pour qualifier une usure psychique et physique relative à l'activité professionnelle.

souffrance-travail_-_Photo_de_Poike.jpegMais si le "burn out" est effectivement un syndrome d'épuisement lié à la profession d'un individu, la souffrance au travail est bien plus large. Harcèlement, angoisse, détresse, ennui... Un lexique peu réjouissant qui qualifie pourtant de plus en plus la réalité des travailleurs. En effet, 90% des actifs pensent que la souffrance au travail a augmenté depuis 10 ans, d'après une récente étude réalisée par le groupe MGEN avec OpinionWay.

Le mal-être professionnel progresse-t-il réellement ?

"Avant, quand on était en souffrance au travail et qu'on le disait, ce n'était pas audible. Aujourd'hui, ça l'est", explique le psychologue du travail Sébastien Hof. Si les cas d'épuisement professionnel se multiplient, ce serait donc parce que le sujet est moins tabou qu'avant : "Il y a 20 ans, quand on était mal dans son métier on nous disait qu'on ne pouvait s'en prendre qu'à soi-même" ajoute le spécialiste. Bien que le "burn out" soit de plus en plus médiatisé, au point d'être devenu dans le langage courant un mot "fourre tout" englobant un panel de troubles liés au travail, il n'est aujourd'hui pas reconnu comme une maladie professionnelle. Il s'agit d'un processus de dégradation de l'individu par rapport à son activité, d'un syndrome.

Au-delà de l'évolution des mentalités, qui a poussé les langues des actifs en détresse à se délier, la hausse du mal-être au travail est bien réelle. "Je pense que les organisations changent, ce qui a une influence sur les conditions de travail. Ce n'est pas toujours bien vécu", indique Sébastien Hof. Un avis partagé par le psychologue clinicien spécialisé en psychopathologie du travail, Johan Pain : "Je pense qu'il y a une augmentation de l'épuisement autour du travail, notamment dans le secteur public. Il y a de nouveaux enjeux économiques qui amènent une nouvelle politique de RH déstabilisante".

Si les conditions de travail changent et que le mal-être des actifs augmente, les entreprises et les professionnels de santé s'en alarment-ils pour autant ?

Une hiérarchie jugée indifférente face à ces troubles

Selon l'étude menée en février dernier par le groupe MGEN, 71% des personnes en souffrance au travail déclarent que leur hiérarchie et que leurs services RH ont été indifférents à leur mal-être."Dire qu'il n'y a pas du tout d'intérêt de la part de la hiérarchie sur les questions de souffrance au travail n'est pas toujours vrai. Il y a des organismes qui prennent en compte, ou qui ont la volonté de prendre en compte ces souffrances", indique Johan Pain. Mais ce dernier reconnaît "qu'en termes de sensibilisation des organisations, il y a encore beaucoup de travail à faire car il y a une méconnaissance importante de ces problématiques".

De plus en plus d'entreprises se questionnent à propos du mal-être au travail. Les managers se trouvent eux-mêmes déstabilisés par rapport à cela, ne sachant pas toujours différencier la sensibilité d'une personne d'un réel épuisement professionnel. De cette méconnaissance, et même parfois de ce déni, peut découler une sorte d'indifférence face à la santé d'un salarié.

La médecine du travail n’apparaît pas non plus comme une solution. Seuls 32% des interrogés auraient l’idée de parler de leur souffrance à leur médecin du travail. De plus, 71% disent ne pas savoir s’il existe ou non des dispositifs pour répondre ou pour prendre en compte des situations de souffrance. Selon Sébastien Hof, "les médecins du travail sont inondés par les problèmes de harcèlement, de burn out...". Mais le principal souci que décèle le psychologue se trouve dans le "timing" : "Les gens ont tendance à aller voir ces médecins quand c'est déjà trop tard, quand ils ont atteint le point de non retour". Pourtant, comme l'indique le site officiel du service public, le médecin du travail peut effectuer des visites à la demande de l'employeur, mais aussi -et surtout- à la demande du travailleur.

Apprendre à repérer les signes annonciateurs

"Tout le monde peut être touché par l'épuisement professionnel, peu importe le secteur d'activité", affirme Sébastien Hof. Comme 96% des Français, le psychologue estime que souffrir au travail peut arriver à tout le monde. Johan Pain tient quant à lui à apporter une précision : "Ce sont souvent les gens les plus investis qui craquent. Ceux qui veulent toujours bien faire sont plus impactés que ceux qui ont un certain recul, qui sont moins impliqués".

Mais comment et quand s'alarmer de son état émotionnel ? "A partir du moment où notre entourage nous dit 'tu es irritable, qu'est-ce qu'il t'arrive en ce moment ?', cela souligne un changement dans notre comportement, c'est un signe", souligne Sébastien Hof. "Il y a aussi d'autres indicateurs comme avoir la boule au ventre en allant travailler ou quand on a des troubles du sommeil, des maux de tête, une grosse fatigue. Ce sont des signes donnés par le corps qu'il faut écouter. Parfois ce n'est pas très perceptible, comme les maux de tête, mais c'est la récurrence qui doit être alarmante", complète le spécialiste.

Les problèmes de concentration, la dévalorisation de sa propre efficacité et de ses compétences ainsi que le désinvestissement professionnel sont "''autant d’indicateurs d’alerte pouvant laisser présager qu’un travailleur, ayant par exemple une attitude ou un comportement inhabituel, peut basculer dans un syndrome d’épuisement professionnel''", indique le "Guide d'aide à la prévention" établi par le Ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation, l'INRS et l'Anact.

Par Julia KADRI

Billet original sur Marie-Claire.fr - Julia Kadri

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mar., 14/04/2015

MAL-ETRE AU TRAVAIL : PRATIQUES PROFESSIONNELLES ET REGARDS TRANSVERSES - LE 29 MAI 2015 - FACULTE D’ANTHROPOLOGIE SOCIALE-ETHNOLOGIE DE L’UNIVERSITE DE BORDEAUX

Présidente de séance : Marion Boudey, étudiante en psychologie.

9H15-9H45 : François Daniellou, professeur d’ergonomie ENSC/Bordeaux INP : « Quand on ne peut pas faire bien son travail »

9H45-10H15 : Audrey Guidez, DRH Alliance Forêts bois : « Le décloisonnement vie privée/vie professionnelle comme source de déséquilibre et d’un potentiel mal-être au travail »

10H15- 10H30 : Pause

Président de séance : Michel Feynie, anthropologue, chargé de cours Université de Bordeaux :

10H30-11H : Anne Poulain Romanet et Mathieu Joerger CFDT Protection Sociale: « Les RPS dans l’entreprise : des maux aux plans d’actions » Expérience d’un groupe de travail.

11H-11H30 : Didier Gounet, médiateur : « Mal-être au travail : l’alternative médiation »

La parole aux artistes

11H30-12H15 : Luc Joulé, cinéaste : « C’est quoi ce travail ? Deux cinéastes filment le travail »

12H15-12H30 : Performance de comédiens en formation professionnelle au Théâtre en Miettes à Bordeaux

12H30- 14H : Pause repas

Tables rondes

14H : Table ronde 1 : « Mal-être au travail : Quelle transversalité possible entre professionnels ? » (45’+15’ de questions). Animateur : Didier Gounet, Médiateur.

Participants : François Daniellou, professeur d’ergonomie, Marike Grenouillet, Médecin au service de santé au Travail du CHU de Bordeaux, Jean Pierre Andrien, consultant RH, Mathieu Joerger CFDT Protection Sociale, Patricia Serres Assistante sociale Crédit Lyonnais.

15H : Table ronde 2 : « Le traitement du mal-être au travail dans les petites entreprises » (35’ + 10’ questions). Animatrice : Linda Gonzalez Lafaysse, Anthropologue, Maître de conférence Université de Bordeaux.

Participants : Bertrand Cousin, Directeur de Talence Pépinière, Jean-Paul Bergouignan, psychologue du travail, consultant, Gaétan Grafteaux, juriste, doctorant Université de Bordeaux, Christine Muller, Médecin du travail AHI 33.

15H45 : Pause

16H : Table ronde 3 : « Le traitement du mal-être au travail dans la fonction publique » (35’ + 10’ questions. Animatrice : Isabelle Biarnès Poulliat, responsable régionale insertion emploi.

Participants : Lionel Cenet, DRH Mairie de Mérignac, Christine Cuguillère, infirmière Police Nationale, Marie Desvaux, psychologue clinicienne du travail, Marie Murillo-Tentillier, Médecin de prévention, Centre de Gestion de la Fonction Publique Territoriale de la Gironde.

16H45 : Clôture de la journée

Comment participer ?

ENTREE LIBRE ET GRATUITE

Inscription obligatoire (Nombre de places limitées)

E-mail : jemetravail@orange.fr

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lun., 08/12/2014

Burn-out, déprime, stress : le travail, c’est la santé ?

Alors que les médecins s’inquiètent de la multiplication des cas de burn-out, Pierre-Yves Gomez analyse les causes du mal-être au travail.

Pierre-Yves Gomez est le directeur de l’institut français de gouvernement des entreprises. Co-initiateur du Courant pour une écologie humaine, il a récemment publié «Le Travail invisible. Enquête sur une disparition» (François Bourin, 2013).

Le travail n’est pas une variable d’ajustement, c’est le cœur de la vie sociale. Plutôt que comme un coût, le travailleur demande à être considéré avec bienveillance. Les premières Assises de l’écologie humaine, qui auront lieu à Paris le 6 et 7 décembre, aborderont la question du travail avec un regard positif.
Les Assises de l’écologie humaine sont ouvertes à tous ceux qui ont la conviction que la personne humaine doit être la mesure et la fin de toute action économique, sociale ou politique. Le point de vue de l’écologie humaine permet de porter un regard neuf sur un sujet devenu critique dans notre société menacée d’épuisement et de perte de sens.

Le travail a une dimension anthropologique fondamentale. Il permet au travailleur de fabriquer ce qui est utile à d’autres. Il l’intègre ainsi dans une vie sociale. Orienté vers un but, le travail manifeste l’intelligence humaine et sa capacité d’agir lorsque l’environnement le contraint, comme l’a admirablement montré Simone Weil dans son Journal d’usine. Travailler humanise. C’est pourquoi être empêché de travailler est pour beaucoup un drame. Mais le travail s’accomplit nécessairement dans des conditions matérielles particulières: une intensité et des rythmes, des objectifs et des cadences, des coopérations ou des compétitions. Il est alors possible que, au lieu que le travail soit un moyen de s’accomplir dans son humanité, les conditions du travail limitent les capacités et déshumanisent.

C’est dans ce dilemme que s’inscrit en grande partie le malaise de notre société. Depuis deux décennies, les conditions du travail se sont dégradées dans nos sociétés occidentales. Bien sûr, le travail est physiquement moins pénible et l’on travaille moins que par le passé. Mais l’activité humaine est devenue si divisée, si contrainte par des systèmes techniques, des normes et des contrôles financiers que le sens du travail se perd: le salarié ne voit plus le lien entre les performances souvent quantitatives exigées de lui et l’intérêt final pour le client…

Découvrez l’intégralité de la tribune de Pierre-Yves Gomez dans le Figaro du 5 décembre.

Lire la suite et suivre les liens sur le site du Figaro Vox

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie PEZE

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